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VIA CRUCIS

Par | 2018-05-24T15:34:00+00:00 13 septembre 2015|Catégories : Blog|

 

STATION 1

 

Le temps bran­dit sa hache
Au tran­chant s’ajoute la cognée

Rouge le sang
Incandescence de sa lave
Les crocs plan­tés du pré­da­teur
S’abreuvent d’innocence

Le noir ban­nit
Crêpe bran­di aux marges de la honte
Bras blancs par­mi les immon­dices
Bouches tétant le sein des fous

Rouge et noir
Jetés en pleine face
Brusquement
Au détour du che­min

Alors que l’arbre tend
Dans son poing noué de branches
La der­nière lumière
De ses feuilles

 

***


STATION 2

 

Entendez-les cogner à votre porte

Du froid  ils ont gar­dé l’hiver
Bras bleuis bal­lant le long des bustes

De l’aride  ils ont gar­dé la faim
Ventres mous             regards enté­né­brés

Dans les cuvettes sales
L’eau des morts

Au creux des mains
L’amère déses­pé­rance

 

Regardez-les avan­cer sur les routes

De pous­sière ils se sont vêtus
Des bêtes ils ont pris le crin
Des épines ont fait des cou­ronnes

Et rien de près ou de loin
Pour allé­ger leurs pas

 

***

 


STATION 3

 

La misère qu’ils portent
N’est pas celle du Monde

Petites croix ano­nymes
Pour quel Simon de Cyrène ?
Pour quel Golgotha ?

Crucifixions ano­nymes
Pour quel sau­ve­tage ?

À deux pas de là
On tue le veau gras

 

***

STATION 4

Ils vivent dans l’ouvert
Mais rien ne les emplit

Adossés à l’abîme
Pas incer­tains
Regards de bêtes

Farouches

Où est la main qui pro­tège ?
Où est la terre qui nour­rit ?
Où est la colombe qui apaise ?

Ils n’ont rien
Rien de près ou de loin

 

***

STATION 5

Qui sup­porte les pleurs de l’enfant ?

Entravés sont nos bras

Sur le che­min pour­tant il suf­fi­rait
De se bais­ser
De le his­ser sur la mule
De le por­ter à l’auberge
De lais­ser deux écus
De le confier à la confiance

Et de pour­suivre le che­min

 

***


STATION 6

Traces de mes paumes ardentes
Sur cette ultime étoffe
Qui te sert de lin­ceul

Prétention de mes mains vides
Sur ton corps déser­té

Folie de vou­loir t’accompagner
Par ce geste
Dessous la pierre froide

La sève remon­te­ra
Et les bour­geons se devinent sous l’écorce

J’ai peur d’oublier ton visage

 

***

 


STATION 7

Beauté absente
Souvenir de ce qu’elle fut

L’ocre peint le seuil
De ta porte au cou­chant

Mêlée aux larmes
Une pous­sière d’or
Colore tes joues

De l’Eden que reste-t-il
Depuis le jour où
Les biches se sont enfuies ?

 

***

 

 

STATION 8

Le vent baise les palmes
En chu­cho­tant

N’écoute que cela
Et si tu l’oses
Joins ta voix à la sienne

Prière ou chant
Qu’importe !

Capte si tu le peux
Le souffle qui te dresse
De ce lit de terre froide

Réchauffe-toi à cette haleine
Délie ton corps 

            et va

 

***

STATION 9

Poète myro­phore
Tu dis­tilles un chant subli­mé
Soustrait à la matière

Onction de mots contre l’oubli
Huile tiède sur mon front
Pour un der­nier pas­sage

Une odeur de tilleul
S’est oubliée dans le poème

Suffira-t-elle à embau­mer
Ces corps sup­pli­ciés
Ressurgis hors des fosses
Sur le papier gla­cé
De l’Histoire ?

 

***

STATION 10

                                                    À Etty

 

Que nous dit ce silence ?
Mutisme , pré­lude à l’ultime cri

De l’autre côté
Un champ de lupins bleus
Et des appels muets
Se déchirent sans larmes
Sur les barbes d’acier

Nos pauvres mots
Pourront-ils empê­cher l’oubli
De ceux à qui la voix reprise
Est tom­bée dans la boue ?

 

***

 

STATION 11

 

L’Etoile

                         le ber­ger

L’Etoile

                         le bour­reau

 

***

 

STATION 12

Aux pre­mières salves
Ils sont tom­bés
Sur le côté
Doucement
Recueillis par la terre

Sur leurs nuques cour­bées
Que le soleil avait dorées
La mor­sure fatale

Sous le ban­deau des pau­pières
De l’autre côté du regard
Quel ultime visage ?

 

***

STATION 13

La mort
A bri­sé la cruche vide

Le léger par­fum de l’Etre
S’est mêlé au Grand Tout

Dans nos mains
Des débris encom­brants
À enfouir

 

***

STATION 14

L’enfance est là
Qui bat sa coulpe
Dans ces corps exté­nués

N’en dou­tez pas

Il y a un rire
Sous ces regards brouillés

Il y a un rire
Dans ces poi­trines étroites

Il y a un rire

Qui dort
                    et qui attend

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