> Women, une anthologie de la poésie féminine américaine du XXe siècle

Women, une anthologie de la poésie féminine américaine du XXe siècle

Par |2018-11-21T19:21:53+00:00 10 mai 2015|Catégories : Critiques|

 

Poésie fémi­nine ou fémi­niste ? L’anthologie des poètes femmes amé­ri­caines du XXe siècle penche du côté du fémi­nisme. Ou, pour le moins, d’une forme d’engagement et de reven­di­ca­tion iden­ti­taire. Voilà d’abord des femmes qui jettent, pour la plu­part, un regard acide et sans com­plai­sance sur l’american way of life et sur le rôle qu’on y entend leur assi­gner (de pré­fé­rence ména­gères et consom­ma­trices). Pas de doute là-des­sus : on est ici, dans la majo­ri­té des cas, du côté d’une cer­taine poé­sie dite mili­tante. Avec, bien sûr, de larges variantes dues aux sen­si­bi­li­tés par­ti­cu­lières des unes et des autres, et notam­ment de la part de ces auteurs d’envergure dont la palette d’expression touche à de nom­breux domaines dif­fé­rents de la vie. On pense à Sylvia Plath (1932-1963) ou à Gertrude Stein (1874-1948), poètes les plus fameuses de cette antho­lo­gie.

Dans une très belle pré­face, Olivier Apert touche bien du doigt « l’alliance secrète, la com­mu­nau­té éparse qui ras­semble la parole sen­sible de ces femmes » pour­tant « d’origine, de situa­tion, de renom­mée dif­fé­rentes ». Selon lui, il y a chez elles « cette façon de tout ris­quer, de tout dire au mépris des conven­tions, des car­rières » et « cette impi­toyable nomi­na­tion-dénon­cia­tion des men­songes humains ».

Et tout com­mence sou­vent, explique Olivier Apert, par ce qu’il appelle « l’hainamoration » du père où « s’épanouissent les pré­misses de la fémi­ni­tude ». Il suf­fit, par exemple, de lire le poème « Daddy » de Sylvia Plath. « Daddy, j’ai du te tuer/​Tu es mort avant de m’en lais­ser le temps – /​Lourd comme le marbre, un sac plein de Dieu,/ Statue macabre, un orteil gris/​Enorme comme un phoque de Frisco ».

Il y a plus. Ces femmes, bri­sant le tabous, n’hésitent à faire état de leurs transes amou­reuses ou de leur vie sexuelle (« la glue de l’ardent désir », écrit  Jean Valentine, née en 1934). « Mon bas-ventre tres­saille comme une truite/​et encore je ne connais que tes yeux et des avant-bras de mécano/​Yeah, mais qu’en est-il de cette sacrée vieille sensation/​de décharge élec­trique : ne l’avais pas res­sen­tie depuis des années », écrit Elinor Nauen (née en 1953).

Sous l’insolence et la trans­gres­sion, pointe en réa­li­té la colère et l’exaspération. « J’ai juré de ven­ger toutes les femmes mortes pour rien, les femmes/​mises en cage » (Alta, née en 1942). Cette colère « entre en sym­pa­thie avec les ghet­tos au pou­voir mino­ri­taire – Indiens, noirs, homos, tran­sexuels », note encore Olivier Apert et elle tisse les fils d’une « contre-his­toire ».

                                                                                                    

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