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A celle qui s’avance

Par | 2018-05-24T09:46:45+00:00 1 juin 2012|Catégories : Critiques|

Auteur d’un pre­mier recueil paru chez Caractères en 2010, Bruno Mabille ne nous est pas incon­nu. Il nous est arri­vé de croi­ser sa poé­sie dans la belle revue Arpa diri­gée par Gérard Bocholier, en son récent numé­ro 103 par exemple.

Le pre­mier sen­ti­ment qui vient en ter­mi­nant ce recueil est une cer­ti­tude, celle de lire un poète dont les che­mins de la voix sont en train de se construire. Une voix jeune, pleine de cet élan qui condui­ra à affir­mer une poé­sie. Long, long che­min qui se fabrique en che­mi­nant. La poé­sie est une aven­ture et à l’évidence Mabille avance au cœur de ses ter­ri­toires, conti­nents incon­nus. Il se rac­croche sans doute, et c’est notre deuxième sen­ti­ment, à des hori­zons connus. On pense à d’autres poètes habi­tués de la Blanche Gallimard, Bonnefoy par exemple, dans le ton et la sobrié­té des images. Plus géné­ra­le­ment à toute la tra­di­tion de la poé­sie énon­cée devant l’aimée. Entre Joie et Douleur. Il y a quelque chose ici de l’amour majus­cule, celui que l’on croise chez Jean de La Croix.

Cela donne une sorte de sen­ti­ment « clas­sique », « Gallimard ». Mais ce n’est pas une cri­tique, au contraire. À celle qui s’avance est à sa place, et ce n’est pas rien.   

Que cha­cun en juge à la lec­ture :

La voi­ci qui s’allonge et se cabre
plus nue encore qu’une amou­reuse
plus éche­ve­lée aus­si
et d’une peau si claire
qu’on la dirait lac­tée
toute nim­bée d’étoiles.

Plus loin :
 

Peut-être aurions-nous pu
tout sim­ple­ment
habi­ter la beau­té du jour
et nous lais­ser aller
à la caresse du vent

mais nous n’avons su
que bran­dir le poing
et lan­cer des pierres
en direc­tion du soleil.

Ou encore :

Comme l’étoile
qui met le temps de la lumière
pour appa­raître
n’est-on pas déjà né
avant de naître

il faut long­temps scru­ter la nuit
pour qu’à nos yeux se dévoile
ce qui n’était au fond
qu’une ombre en puis­sance.

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