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à chaque jour suffit son poème

Par | 2018-06-21T01:08:00+00:00 3 novembre 2012|Catégories : Blog|

 

soir tom­bant – un feu
veille sur les vagues arrê­tées
du champ d’asperges

*

pai­sibles le soir
s’échevèlent les fumées
– sar­ments et bois morts

*

sciant le lau­rier
sec – effluves intem­pes­tifs
de cui­sine d’été

*

bois ren­tré – oiseaux
nour­ris – deux trois mots trou­vés
: matin bien rem­pli

*

au dedans chuinte
la braise tan­dis que dehors
tout s’agite muet­te­ment

*

les feuilles du bam­bou
der­rière la vitre embuée : un
lavis ani­mé

*

lourde si lourde
la tête de la jacinthe
qu’elle bute contre la vitre

*

tant qu’elle embau­mait
sans faute on la regar­dait
la jacinthe bleue

*

quand la lampe s’allume   
– vert le bruit du vent dans le
bos­quet de bam­bous

*

à chaque rafale
les feuilles mortes remontent leur chute
le long des vitres

*

sur l'asphalte givré
sinu­soïde lente
l'écureuil tran­si

*

douces éphé­mères
se ruant sur le pare-brise
– un cau­che­mar blanc

*

pluie sur la neige –
à l’abri des­sous l’auvent
les mésanges en grappe

*

sous l’effet des pluies
le mur s’éboulant a pris
la sala­mandre

*

comme il tremble mon chien
sous ma main tan­dis que passe
la troupe des mar­cheurs

*

sui­vant le sen­tier
un chas­seur aboie après
une horde de gre­lots

*

le para­pluie rouge
de ber­ger entre les pins
rac­com­pagne l’ami

*

à l’écart des foules
ma soli­tude néan­moins
aspire à se vouer

*

au déclin du jour
du mon­ti­cule de cendres
s’approche le rouge-gorge

*

le bra­sier éteint
fouaillé par la grêle se fend
d’une nou­velle fumée

*

fumée mon­tante
du bois vert – fumée ram­pante
des braises rani­mées

*

heure où tout se pose…
assis les chiens face au vide
regar­dant sans voir

*

ni suite ni pro­jet
– à chaque réveil s’ébauche
le visage du jour

*

sans tâche point d’ennui
pour autant : qu'à accueillir
ce qui se pré­sente

*

près du feu de bois
double com­pa­gnie : Issa
et mon chat – pure joie

*

griffe aiguë dent longue
ce modèle réduit de tigre
me fait les yeux doux

*

pleine lune – lumière pâle
et gla­cée – me voi­ci bonne
pour une nuit blanche

*

ah ! douce insom­nie
page noire où scin­tille la voie
lac­tée des mots…

*

je rêve que j’écris
un haï­ku ou bien j’écris
un haï­ku en rêve ?

 

*

(…)

– haï­ku, 2004-2011
(inédit, extrait)

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