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AFRIQUE(S)

Par | 2018-05-20T14:17:06+00:00 16 février 2013|Catégories : Blog|

 

Matin

 

Une ampoule
baigne un
petit lit touf­fu
de son tulle jaune
et sale une forêt
de tecks nuages
empri­son­nés bras
ten­dus vers le ciel.
Des enfants çà et là
mêlent aux roches
leurs rires aux tis­sus
éta­lés l'éclat de leurs
regards. L'eau moi­rée
d'un ruis­seau de ses
aiguilles d'or tisse
sur ses pupilles
sa bouche et tout
son corps expo­sé
ce que le vent
d'un coup dis­sipe
en plein ciel de
for­tune.

 

 

La ville

 

Tel un bœuf au labour
le vent raye la terre
sèche à l'infini.
Le regard happe
les boules d'épines
les lam­beaux de
pous­sière pâle
que le soleil ronge
en un bal­let stri­dent.
Il aper­çoit la ville au loin
éclat de craie sur
l'horizon trem­blant
halo rouge coif­fé de
pal­miers immé­mo­riaux.
Ses narines sa bouche
ses pou­mons en plein ciel
pal­pitent de bon­heur.

 

 

Zénith

 

À l'ombre fen­due
d'un pal­mier sécu­laire
chèvres noires et
haillons de laté­rite
attendent patiem­ment
qu'au loin roule
le feu.
Bourré de
rires hagards un
camion talon­né par
un nuage de sang
tra­verse l'univers
écra­sé
des boules d'épineux
empor­tées par
le vent. À sa bouche
cra­que­lée
perle brillante et
pure une goutte
de sel que la soif
enflam­mée dans
l'air sec polit.

 

Paysage

 

Il arrache ses vête­ments
et les jette dans le fleuve.
Il arrache sa peau et la
jette dans le vent. Il
arrache ses muscles
ses nerfs et ses ten­dons
nacrés et les enfouis
dans le sable. Il casse
un à un ses os et
allume un feu de joie.
Il brûle ses der­nières
pen­sées. Ses mains
volètent dans l'air du
matin et ses yeux se
posent sur un pay­sage
de rêve dans lequel
s'enfonce un petit
che­min ver­doyant. 

 

La poule

 

Dans la pous­sière rouge
un vélo dévide au rythme
grin­çant du péda­lier un fil
tor­sa­dé pris dans la den­telle
des flam­boyants des filaos
ou l'ombre arron­die des
larges feuilles de teck.
Un homme en pagne de
terre agrip­pé au gui­don
d'une main cris­pée retient
les lourds sacs de bois
à che­val sur le porte-bagage
sur­mon­tés d'une poule au
cou pelé ins­pec­tant la
forêt. Au bord de la piste
un enfant joue avec un
petit singe. Dans les hautes
branches des macaques
observent la scène
toutes dents acé­rées.

 

 

Le vil­lage

 

Hutte à moi­tié cachée
tor­chis de laté­rite et
de palmes tres­sées
bou­gain­vil­liers en feu
à l'ombre épaisse et
noire la fumée d'une
pipe dents d'une vieille
femme accrou­pie ridée
dra­pée de temps les
yeux dans le man­guier
fruits lourds et fond
de ciel ten­du sur le
vil­lage écra­sé de
cha­leur. Il avance à
pas lents crai­gnant
de tout bri­ser le
som­meil des enfants
le mur­mure des grands
arbres le cri d'un invi­sible
oiseau. Un petit cochon noir
bataille sur le seuil avec
un papier gras suc­cu­lent
et juteux.

 

 

Nuit

 

Fumée des aca­cias en
plein cœur du cou­chant
lames de nuages noirs
posées sur l'horizon pour
conte­nir la mort et le feu
et l'esprit des forêts sur
les braises solaires. Chant
lan­ci­nant des femmes
rythme des peaux frap­pées
sol vibrant sous les talons
en lignes au cla­que­ment
des mains les oiseaux se
sont tus la vie enfin s'éveille.
D'un coup la nuit est là
les regards s'illuminent
les insectes paradent sous
la lampe-tem­pête la musique
se dilate et glisse vers le fleuve.
Sur un lit de feuillage il
contemple le ciel
sillon­né de pos­sible.

 

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