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Cravate-la la mouquère

Par |2018-10-20T17:50:02+00:00 17 mai 2013|Catégories : Blog|

 

Lorsque j’étais enfant j’avais un oncle bou­cher
Il habi­tait en Bretagne dans un joli vil­lage
Les beaux dimanches d’été l’oncle nous emme­nait à la plage
Dans sa rouge bétaillère à claire-voie
Mon frère les cou­sines tous les enfants du voi­si­nage
Et moi mon Dieu quel émoi
La bétaillère sen­tait l’urine la bouse de vache
Le pipi de veau la crotte brune
De porc mélan­gés à la paille jaune
Il n’y avait pas d’agneau pas de loup non plus
Pas de chèvre éna­mou­rée pas de Monsieur Seguin
Mon oncle bou­cher dans ta bétaillère
Seulement les enfants
L’oncle à l’avant condui­sait en silence les yeux fixés sur le che­min
sablon­neux mon­tueux rocailleux qui ser­pen­tait au creux des dunes
Mais les enfants n’en avaient cure
Du loup-garou et de l’agneau pas­cal
Et de l’odeur de pisse et de caca des bêtes
Car l’air par­fu­mé de la plage au loin était si fort si fort
De varech sec de ciel mal fini et de bécots d’embruns
de sel bleuâtre nuage gris soleil nuage blanc
et rochers gris comme des sar­raus
De brouillard et de pluie par­fois aus­si
Dans la bétaillère tan­dis que l’oncle condui­sait on chan­tait
nous autres à l’arrière 
Cravate-la la mou­quère !
Allez savoir pour­quoi qui com­prend
Le cœur des enfants
C’est Trabaja la mujer bien enten­du
Que l’on chan­tait c’est enten­du
Parfois les jours de la semaine l’oncle m’emmenait à l’abattoir
pour y voir tuer les petits veaux sans mère
les vaches les porcs toute la cou­vée
Et une fois la jument
Sans son pou­lain avec tout son sang
Qui rigo­lait sur le ciment
Oh ! la belle la grande rivière toute rose
De dia­mant brut dégor­geant
Moi qui fai­sais silence
Et je ne chan­tais plus

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