De Pierre Jean Jouve à Michèle Finck, l’histoire d’une transmission

Par |2026-09-06T10:32:13+02:00 6 septembre 2026|Catégories : Focus, Michèle Finck|

Lors d’un entre­tien que Michèle Finck m’a accordé le 17 décem­bre 2021, l’autrice reste pro­fondé­ment attachée à l’œuvre de Pierre Jean Jou­ve qu’elle con­sid­ère comme fédéra­trice pour sa pro­pre créa­tion et cet entre­tien me paraît revêtir un intérêt fon­da­men­tal pour mieux com­pren­dre l’œuvre d’une poète essen­tielle à notre paysage poé­tique contemporain.

Michèle Finck con­naît en pro­fondeur l’œuvre jou­vi­enne et elle insiste sur trois points dont elle se sent par­ti­c­ulière­ment proche : la poésie et son lien à la musique ; la place de la poésie étrangère et de la tra­duc­tion ; l’inconscient et la mys­tique. Le lien Eros et Thanatos qui la touche pro­fondé­ment dans les vers jou­viens, requiert moins son intérêt dans les romans et peut même l’irriter à la longue :

Je ne saurais pas bien expli­quer pourquoi. Peut-être parce que dans les poèmes, ce lien est sou­vent juste sug­géré, alors que dans les romans il tend à m’apparaître plus lourd et pesant, trop insis­tant, voire fas­ti­dieux. Dans l’œuvre de Jou­ve, j’aime la dic­tion (poèmes) plus que la fic­tion (romans). Et mon intérêt pour les romans a peu à voir avec les intrigues romanesques. Ce que j’aime, c’est quand dans l’horizontalité de la prose romanesque survient une brèche, une ver­ti­cal­ité d’où monte soudain la voix du poème. Quand dans la prose s’ouvre la crypte du poème. Point n’est besoin à Jou­ve, pour ouvrir ces cryptes, de ver­si­fi­ca­tion. La voix du poème hèle soudain le lecteur du tré­fonds de la prose (Entre­tien avec Béa­trice Bon­homme, 17 décem­bre 2021.)

Michèle Finck, Vivre, écrire : dia­logues sur la poésie, Le Bateau Fan­tôme, août 2025, 174 p., 18 €.

Elle com­prend la phrase poé­tique jou­vi­enne comme un « phrasé », en ter­mes de tra­vail, exigeant de la matière sonore et ryth­mique de la langue. Le mot « rigueur », lui sem­ble très juste à pro­pos de la phrase de Jou­ve. Il y a même quelque chose de math­é­ma­tique dans la phrase jou­vi­enne, au sens où musique et math­é­ma­tique sont consubstantielles :

J’aimerais, oui, dit-elle, être l’héritière de cette justesse dans la rigueur math­é­ma­tique et musi­cale de la phrase de Jou­ve. Mais une héri­tière néan­moins cri­tique vis-à-vis d’un cer­tain dan­ger inhérent à la phrase jou­vi­enne : dan­ger d’une phrase qui risque tou­jours d’être trop ouvragée, trop belle, trop musi­cale, par rap­port au monde de la souf­france indi­vidu­elle et his­torique qui est le nôtre aujourd’hui, et qui exige plus de pau­vreté dans la langue, plus d’âpreté, de rugosité dans le tra­vail de la matière sonore (Entre­tien, op. cit.).

Michèle Finck, musi­ci­enne elle-même et musi­co­logue, pense qu’il existe cer­taine­ment entre elle et Jou­ve une forme de fil­i­a­tion aus­si forte que souter­raine : « une fil­i­a­tion, explique-t-elle pour ain­si dire sot­to voce et qui passe essen­tielle­ment par la ques­tion de la musique ». Ce qui la touche tout de suite dans cette œuvre, c’est la façon dont Jou­ve, par­lant de son ado­les­cence dans En Miroir, se place sous le signe d’un univers imag­i­naire sonore. Plusieurs phras­es dans En Miroir comptent par­ti­c­ulière­ment pour l’autrice et elle les met en exer­gue : « De l’âge de douze ans à l’âge de vingt-cinq, j’improvisai sur le piano pen­dant plusieurs heures par jour »1. Pour Jou­ve, comme pour elle, dans l’enfance et l’adolescence, l’appel des sons plus que des mots a posé les prémiss­es de la voca­tion poé­tique. Ce qui la mar­que égale­ment, c’est que, dans En Miroir, Jou­ve se dise, à la fois Saül, le mélan­col­ique, et David, le guérisseur :

Lorsque, après une grave opéra­tion subie à l’entrée de l’adolescence, je fus abat­tu par la crise dépres­sive pen­dant quelques années […] alors le développe­ment de l’improvisation au piano fut con­sid­érable […]. Tel Saül écoutant la harpe de David, je me sec­ourais moi-même.2

Ce dia­logue, au plus pro­fond de l’être de Jou­ve, entre Saül et David, la touche infin­i­ment. Michèle Finck voit égale­ment ce qui pour­rait ne sem­bler qu’une anec­dote comme un véri­ta­ble signe, peut-être de recon­nais­sance ou d’élection à tra­vers le temps :

Il y a longtemps, j’ai déniché par hasard un exem­plaire du Tombeau de Baude­laire, dédi­cacé par Jou­ve lui-même, avec son écri­t­ure fine et mauve pâle. Je me suis plu à croire que ce n’était pas le hasard mais le des­tin qui remet­tait dans mes mains ce livre de Jou­ve, soulig­nant par là quelque chose comme une fil­i­a­tion. (Entre­tien, op. cit.).

Cette fil­i­a­tion en passe entière­ment par Yves Bon­nefoy qui en est l’intercesseur :

Dès nos pre­mières ren­con­tres en 1982, Yves Bon­nefoy a com­pris tout de suite l’importance du lien de la poésie et de la musique pour moi et m’a par­lé de Jou­ve, que je ne con­nais­sais aupar­a­vant que de nom. (Entre­tien, op. cit.)

Cer­taines cita­tions du Nuage rouge de Bon­nefoy con­sacrées à Jou­ve mar­quent ain­si Michèle Finck, en par­ti­c­uli­er celle où le poète de Dou­ve com­prend la musique pour Jou­ve dans son triple rap­port fon­da­men­tal à « l’éros », à « la mort » et à « l’art »3 :

Délivrant l’éros de l’esprit de pos­ses­sion, la mort de sa qual­ité néga­tive, étant l’art délivré de soi, elle (la musique) rejoint quelque­fois plus qu’aucun poème la présence – et Jou­ve l’a com­pris qui s’est lais­sé con­duire par elle4.

La façon dont Bon­nefoy s’est emparé, dans Le Nuage rouge, d’une cita­tion d’En Miroir de Jou­ve pour la mod­i­fi­er, rap­proche aus­si Michèle Finck de Jou­ve. Je cite Yves Bon­nefoy com­men­tant la parole jou­vi­enne : « Obtenir une langue de poésie qui se jus­ti­fiât (je puis glos­er : qui fît son salut) comme chant »5.  De telles cita­tions, redou­blées par les paroles de Bon­nefoy sur Jou­ve et la musique lors d’entretiens, ont fait que la poète s’est ensuite pré­cip­itée en librairie pour acquérir plusieurs œuvres de Jou­ve et les lire avec pas­sion. Michèle Finck ajoute qu’elle partage la « dis­tance »6 vis-à-vis de Jou­ve exprimée par le poète du Nuage rouge : « Pro­fondé­ment étrangère à Bon­nefoy (et à moi-même) demeure la pen­sée jou­vi­enne de la sex­u­al­ité entachée des notions chré­ti­ennes de « faute » et de « nature souil­lée »7. Par ailleurs, la poète est aus­si mar­quée par un entre­tien qu’elle a eu avec Yves Bon­nefoy, le 8 juin 1994 :

Si Bon­nefoy m’a red­it avoir accordé beau­coup de prix, à l’époque de Dou­ve et de Hier rég­nant désert, au tra­vail jou­vien sur la matière sonore en par­ti­c­uli­er dans « Le Com­bat de Tan­crède et de Clorinde », il m’a dit aus­si avoir été « déçu » lorsque Jou­ve lui a déclaré faire désor­mais peu de cas de la ten­ta­tive musi­cale à l’œuvre dans ce poème. Et lorsque dans mon pre­mier livre de poèmes, L’ouïe éblouie, j’ai moi-même écrit un poème inti­t­ulé « Il Com­bat­ti­men­to »8, j’ai pen­sé certes avant tout à Mon­tever­di mais aus­si à ce que Bon­nefoy m’avait dit de ce poème de Jou­ve. (Entre­tien, op. cit.)

L’écrivaine établit pour­tant une dif­férence entre sa pro­pre récep­tion de Jou­ve et celle vécue par Bonnefoy :

Je me risque à intro­duire aus­si une dif­férence majeure entre le rap­port de Bon­nefoy à Jou­ve et le mien pro­pre : On peut sans doute par­ler, à l’époque de Dou­ve, d’une fas­ci­na­tion de Bon­nefoy pour Jou­ve (et les cri­tiques ont été quelques-uns à met­tre en relief la par­en­té phonique de « Dou­ve » et de « Jou­ve » qui m’avait frap­pée d’emblée). Pour moi, je crois qu’il n’y a jamais eu de fas­ci­na­tion à l’égard de Jou­ve mais une admi­ra­tion plus dis­tan­ciée pour quelques grands textes et poèmes pré­cis. (Entre­tien, op. cit.)

C’est avant tout l’intensité et la force du rap­port entre poésie et musique que la poète retient de l’œuvre de Jouve :

Il n’a pas seule­ment par­lé des rela­tions entre poésie et musique, il les a incar­nées au plus haut degré dans une langue poé­tique qui n’appartient qu’à lui. Il a créé dans la langue française, grâce à la musique, une langue étrangère inouïe jusque-là. Il ne s’est pas con­tenté de par­ler de la musique en poète aver­ti mais il a tra­vail­lé, en par­ti­c­uli­er dans Don Juan de Mozart et Wozzeck d’Alban Berg, par­ti­tion en main. C’est une exi­gence que j’ai cher­chée à pren­dre en charge à mon tour, lorsque j’ai lu, par­ti­tion sous les yeux et écoute de dif­férentes inter­pré­ta­tions dans l’oreille, ces deux œuvres jou­vi­ennes qui m’ont impres­sion­née d’emblée. (Entre­tien, op. cit).

Dans En Miroir, elle est pas­sion­née par les pages liées à la musique de Mozart, indis­so­cia­bles de l’espace archi­tec­tur­al de Salzbourg et d’un chef d’orchestre de chair et de sons (Bruno Wal­ter, en 1935). En même temps, elle décou­vre les admirables poèmes de Jou­ve con­sacrés à la musique : les poèmes de Matière céleste (« Tem­po di Mozart », de Kyrie (« Mozart dans la fos­se com­mune »), de Mélo­drame « (« Tombeau de Berg »), de Moires (« Lulu et « Chant de la terre » : 

Je pour­rais en citer d’autres qui m’émeuvent au plus pro­fond. Par exem­ple ces vers du poème Mozart : « Il a plu, fin d’orage. O divine gaîté / Apaise ces gens aux yeux fer­més dans toutes les salles de con­certs du monde »9. Ou ce vers de « Lulu I » : « Pourvu que tout le son la creuse du dessous ».10  Je me suis sou­v­enue de ces poèmes de Jou­ve dédiés à Lulu, cette « fleur du mal »11 , quand j’ai écrit, dans Sur un piano de paille12 (Entre­tien, op. cit).

La poète est égale­ment sen­si­ble au poème de Jou­ve dédié à l’une des dernières œuvres de Berg : le con­cer­to pour vio­lon dit « A la mémoire d’un ange », qui com­mé­more la fille morte d’Alma Mahler. Ce qui l’émeut par­ti­c­ulière­ment, c’est l’intrusion du choral de Bach « Es ist genug » dans la par­ti­tion de Berg et dans le texte de Jou­ve (« Seigneur c’est assez ») qui élar­git la mémoire musi­cale du poème et resserre les liens entre la musique et la prière, soubasse­ment de l’œuvre de Jou­ve : cette con­sub­stan­tial­ité de la musique et de la prière, elle la ressent elle-même avec inten­sité, et elle tra­vaille ses pro­pres poèmes. D’ailleurs, si elle a con­sacré le pre­mier poème du pre­mier mou­ve­ment de son livre La Troisième main (com­posé de cent poèmes dédiés à la musique) à la can­tate de Bach Ich habe genug13, c’est avec la mémoire du moment où Jou­ve cite lui-même « Ich habe genug » dans « Mémoire d’un ange ».

 

Michèle Finck,  Con­nais­sance par les larmes, extraits lus par l’au­teure, 2018.

Un autre poème de Jou­ve, qui compte beau­coup pour l’auteure, est « Chant de la terre »14, qu’elle entend tou­jours dans le dip­tyque qu’il forme, à ses oreilles, avec le poème d’Yves Bon­nefoy « A la voix de Kath­leen Fer­ri­er »15, égale­ment dédié à « L’Adieu » du Chant de la terre de Mahler16. Elle se déclare extrême­ment sen­si­ble au fait que Jou­ve ne com­mence pas ce poème par des mots, mais par une portée de notes : la lente descente en tenue de notes — mi ré / ré do — » inscrite sous le titre. Mais ce qui l’interpelle sans doute le plus dans ce poème, c’est la rival­ité jou­vi­enne avec la musique qu’on entend en sous-œuvre et qui l’a lais­sée stupé­faite. Tout sem­ble se pass­er comme si les quelques notes ter­mi­nales du Chant de la terre atteignaient un absolu auquel Jou­ve sent qu’il ne peut pas se hauss­er, même dans l’acception la plus forte de la poésie définie dans En Miroir : « Je pro­po­sai à la Poésie une cathar­sis de l’âme par son chant »17. Antécé­dence et préséance de la musique indis­so­cia­bles, dans ce poème « Chant de la terre », de ce que Jean Starobin­s­ki n’hésite pas, dans sa pré­face pour Œuvre18, à nom­mer « jalousie » à l’égard du musi­cien. Ain­si l’autrice nous explique :

J’ai eu la chance de pou­voir par­ler plusieurs fois avec Jean Starobin­s­ki19 de Jou­ve et la musique. Il n’est jamais par­venu à me ren­dre com­préhen­si­ble la « jalousie » jou­vi­enne à l’égard de la musique, face à laque­lle je demeure sans voix. (Entre­tien, op. cit)

Certes, la dou­ble et insis­tante répéti­tion du con­di­tion­nel passé (« J’aurais voulu ») est l’incarnation de cette douleur du poète devant la supré­matie de la musique : « Ce con­tre­point du mal­heur de la terre / (…) / J’aurais voulu l’avoir en ma créa­tion : / J’aurais voulu… » Les points de sus­pen­sion qui suiv­ent le con­di­tion­nel passé et qui déchirent le vers en son milieu soulig­nent l’intensité de la rival­ité entre poésie et musique chez Jou­ve. La présence cachée et insi­dieuse du nom pro­pre « Mahler » dans les soubasse­ments du sig­nifi­ant du vers (« mal­heur de la terre », « Mahler ») exac­erbe encore la dom­i­na­tion du « sphinx » mahlérien. 

Là s’arrête la prox­im­ité men­tale et sen­si­ble de Michèle Finck avec les poèmes de Jou­ve sur la musique. Il lui appa­raît tout à fait impos­si­ble d’approcher son rap­port à la musique en ter­mes jou­viens de « jalousie » et rival­ité. Il lui sem­ble qu’il y a, dans « Chant de la terre » de Jou­ve, ce qu’on pour­rait appel­er, avec les mots de Harold Bloom, une « anx­iété de l’influence »20 vis-à-vis de la musique, qui lui reste totale­ment étrangère.  Toute­fois, Michèle Finck, met­tant en per­spec­tive son pro­pre tra­vail, souligne, chez Jou­ve comme chez elle, ce lien natif entre la musique, la prosodie, le rythme :

D’ailleurs j’aimais quand Yves Bon­nefoy met­tait en relief la scan­sion des vers de Jou­ve. Par exem­ple, il aimait réciter un vers de « La femme noire » de Sueur de sang, en faisant ressor­tir l’accentuation : « Et le mau­vais mari c’était moi encore ».
La poésie de Jou­ve, c’est pour moi avant tout une matière sonore et ryth­mique orig­i­nale. J’avouerais même que je ne com­prends pas tous les poèmes de Jou­ve. Cela ne m’empêche pas de les lire, tou­jours avec l’oreille, atten­tive avant tout à cette matière sonore et ryth­mique tout à fait unique dans la poésie française. Pour moi, la poésie est fon­da­men­tale­ment musique du sens. C’est même, selon moi, une déf­i­ni­tion de la poésie. Jou­ve est l’un des poètes qui a con­tribué à m’amener à cette déf­i­ni­tion : elle exige du lecteur-audi­teur une ouïe grande ouverte. (Entre­tien, op. cit) .

On aura com­pris que la fil­i­a­tion de Michèle Finck à Jou­ve en passe par la musique et par l’intermédiaire de Bon­nefoy. Pour la poète, dans ses deux essais sur la musique, Jou­ve n’est pas tant cri­tique musi­cal (mal­gré les notions musi­cologiques et tech­niques qui abon­dent) que poète. Elle lit Don juan de Mozart et Wozzeck d’Alban Berg comme des rêver­ies sur la musique, comme de longs poèmes en prose.

Par-delà son admi­ra­tion au Don Juan de Mozart de Jou­ve, Michèle Finck prend cepen­dant vis-à-vis de cette inter­pré­ta­tion jou­vi­enne quelques dis­tances. Elle se sent quelque peu étrangère aux inter­pré­ta­tions stricte­ment psy­ch­an­a­ly­tiques de Jou­ve pour qui la stat­ue du Com­man­deur est à la fois la « mes­sagère de la volon­té divine »21 et l’incarnation du « père ». Elle est surtout éloignée de l’interprétation jou­vi­enne de la fig­ure mater­nelle : « une mère inac­ces­si­ble que Don Juan veut pos­séder, et qui seule lui don­nerait le calme et le repos »22. Elle se sent plus proche de l’interprétation de Mozart par Yves Bon­nefoy, dans « Mozart en son point du monde »23, qui sub­stitue à l’alliance jou­vi­enne d’éros et thanatos une alliance entre éros et agapè.  

Ce qui retient encore l’attention de l’écrivaine, c’est le lien de Jou­ve à l’opéra, dans l’acception définie au cours du chapitre « Opéra » de En Miroir, c’est-à-dire d’une inten­si­fi­ca­tion par le théâtre et la vocal­ité du rap­port entre la poésie et la musique :

Lorsqu’un troisième terme est entré en jeu, l’action dra­ma­tique au théâtre, l’union de Musique et Poésie a pris des pro­por­tions entière­ment dif­férentes et s’est approchée d’un rap­port par­fait.24

Dès que, dans la poésie comme dans le roman, il y va d’opéra, la langue de Jou­ve se met à brûler. Et c’est cette incan­des­cence qui touche la poète.

Nous traiterons, main­tenant, d’un sec­ond point : le dia­logue de Jou­ve avec les poésies étrangères, dia­logue mis par­ti­c­ulière­ment en exer­gue par Michèle Finck, qui est, elle-même, com­para­tiste :  

Avec la poésie anglaise qu’il a traduite. Michael Lons­dale, que j’ai ren­con­tré en 1987–89, me dis­ait que la tra­duc­tion des Son­nets de Shake­speare par Jou­ve était de loin la meilleure, pour qui veut lire ces Son­nets à haute voix. Il m’en a expliqué la rai­son selon lui : les tra­duc­tions des Son­nets de Shake­speare par Jou­ve sont les seules qu’on entend non seule­ment par l’oreille mais aus­si par tous les pores de la peau. (Entre­tien, op. cit.). 

Michèle Finck, ger­man­iste, est égale­ment sen­si­ble au dia­logue de Jou­ve avec la poésie de langue alle­mande, qui plus est avec la plus irra­tionnelle et her­mé­tique : Hölder­lin. Les tra­duc­tions jou­vi­ennes des Poèmes de la folie de Hölder­lin, même si elles ten­dent mal­heureuse­ment à s’écarter un peu trop du texte orig­i­nal, se lisent par­fois moins comme des tra­duc­tions que comme des réécri­t­ures, ces tra­duc­tions jou­vi­ennes de Hölder­lin frap­pent par leur den­sité, leur musi­cal­ité, leur respect du pro­fond secret inhérent à ces poèmes de la folie : 

Enfin, je dirais que j’ai été très touchée par une remar­que de Jou­ve au détour d’un « sou­venir » recueil­li dans Sac­ri­fices. Par­lant de Rilke, il écrit : « Nous avions quelque chose en com­mun »25. Moi-même très proche de Rilke, je suis sen­si­ble à ce « quelque chose en com­mun » entre Jou­ve et Rilke, qui résonne cer­taine­ment aus­si, dans son énigme même, à tra­vers mes pro­pres livres de poèmes. Je partage avec Jou­ve cette néces­sité pri­mor­diale de sor­tir de la seule poésie française grâce aux lec­tures de la poésie étrangère et aux tra­duc­tions. « En poésie », écrit Man­del­stam, « les fron­tières nationales tombent (…) et les forces vives de la poésie se répon­dent d’une langue à une autre par-delà l’espace et le temps »26. Jou­ve le savait, et c’est aus­si sa grandeur pour moi. (Entre­tien, op. cit.)

L’apport jou­vien en ce qui con­cerne l’inconscient et son évo­ca­tion inspirée retient égale­ment tout l’intérêt de la poète. Michèle Finck est ain­si frap­pée par la pré­face de Sueur de sang et par l’évocation si intense de l’inconscient : « Incon­scient, Spir­i­tu­al­ité, Cat­a­stro­phe », dont cer­taines phras­es sont restées gravées en elle. Elle attache, en ce sens, une impor­tance par­ti­c­ulière aux travaux de Jou­ve sur Baude­laire car ce dernier, qui tient la place d’une sorte d’inconscient du poète, lui sem­ble avoir libéré en quelque sorte Jou­ve de sa fas­ci­na­tion paralysante pour la musique et l’avoir fait accéder à la poésie :

Il m’apparaît claire­ment que c’est Baude­laire qui est seul par­venu à délivr­er Jou­ve de sa fas­ci­na­tion extrême envers la musique, capa­ble de se ren­vers­er en « anx­iété de l’influence » vis-à-vis de la musique. Le texte d’En Miroir le dévoile sans ambiguïté. Baude­laire per­met de dépass­er la rival­ité entre la poésie et la musique, qui aurait pu tuer le poète en Jou­ve (Entre­tien, op. cit)

Michèle Finck est, enfin, touchée par le chem­ine­ment mys­tique de l’œuvre de Jou­ve, pen­sant par­ti­c­ulière­ment au poème « Mys­tique » de Sueur de Sang : « Finale­ment sous l’atroce bleu ciel / Face à face avec Dieu /(…)/ Et de tes yeux tombait la per­le rose de la beauté »27. C’est ce mys­tère jou­vien qui la fascine, « mys­tique » et « mys­tère » étant proches éty­mologique­ment. On pour­rait, dit-elle, plac­er en épigraphe des livres de Jou­ve l’assertion de Rim­baud dans « Parade » des Illu­mi­na­tions : « J’ai seul la clef de cette parade sauvage » :

L’hermétisme de Jou­ve n’est pas un her­métisme pour l’hermétisme, au sens où on peut par­ler d’art pour l’art. Si Jou­ve est par­fois her­mé­tique, c’est parce le sens de l’existence se dérobe à l’être humain et que la vie est sem­blable à un hiéro­glyphe indéchiffrable. C’est parce que la vie est si mys­térieuse que l’hermétisme de Jou­ve est indis­so­cia­ble d’une poésie du mys­tère, du secret, du silence, de l’exploration de la frange entre dici­ble et indi­ci­ble (Entre­tien, op. cit.).

Chez Michèle Finck, l’importance de la poésie jou­vi­enne, de sa ryth­mique et de sa musi­cal­ité est fédéra­trice tout comme son attrait pour la poésie étrangère et son pas­sage par la tra­duc­tion.  Michèle Finck, avant tout poète, musi­ci­enne et com­para­tiste, se focalise sur la poésie dans ses liens à la musique et l’ouverture à d’autres langues. Pierre Jean Jou­ve, trans­mis par un inter­mé­di­aire, Yves Bon­nefoy, joue ain­si, assez tôt dans la créa­tion de Michèle Finck, un rôle absol­u­ment déter­mi­nant et fécondant.

 

Pierre-Jean Jou­ve, Matière céleste dans Hélène, lu par l’auteur. 

Notes

[1] Pierre Jean Jou­ve, En Miroir, Paris, Mer­cure de France, 1954, p. 18.

[2] Ibid., p. 19.

[3]  Michèle Finck souligne : « Il faut rap­pel­er briève­ment le sens de l’opposition entre « l’art » et « la poésie » qui struc­ture toute l’œuvre de Bon­nefoy : « l’art » est pour lui sol­idaire d’une ontolo­gie de la forme, d’un désir de pro­duc­tion d’un objet ver­bal auto­suff­isant ; « la poésie », au con­traire, se voudrait une ontolo­gie de la « présence » qui excède les signes. »

[4] Yves Bon­nefoy, Le Nuage rouge, Paris, Mer­cure de France, 1977, p. 264.

[5] Ibid, p.264.

[6] Ibid., p. 243.

[7] Ibid., p. 241.

[8] Michèle Finck, L’ouïe éblouie, Mon­téli­mar, Voix d’encre, 2007, p. 138–139.

[9] Pierre Jean Jou­ve, Les Noces, Œuvre I, in Œuvres com­plètes, Edi­tion établie par Jean Starobin­s­ki, Paris, Mer­cure de France, 1987, p. 95–96.

[10] Pierre Jean Jou­ve, Moires, Œuvre I, o. c., op. cit, p.1045.

[11] Ibid.  p. 1047.

[12] Michèle Finck, Sur un piano de paille, Lac Noir, Arfuyen, 2020, p. 133.

[13] La Troisième main, Lac Noir, Arfuyen, 2015, p. 13.

[14] Pierre Jean Jou­ve, « Chant de la terre », Moires, Œuvre I, o. c., op. cit., p.1062.

[15] Yves Bon­nefoy, « A la voix de Kath­leen Fer­ri­er », Poèmes, Paris, Poésie/ Gal­li­mard, 1982, p. 159.

[16] Michèle Finck a con­sacré une étude détail­lée à ce dip­tyque. Voir son livre Poésie mod­erne et musique / ‘’Vor­rei e non vor­rei » / Essai de poé­tique du son,Paris, Cham­pi­on, 2004, p. 281 – 310.

[17] Ibid., p. 42.

[18] Jean Starobin­s­ki, Pré­face à Jou­ve, Œuvre I, o. c., op. cit., p. XIX.

[19] Michèle Finck a ren­con­tré Jean Starobin­s­ki en par­ti­c­uli­er lors des col­lo­ques annuels organ­isés par Yves Bon­nefoy à la Fon­da­tion Hugot du Col­lège de France.

[20] Harold Bloom, The Anx­i­ety of influ­ence, A the­o­ry of poet­ry, Oxford Uni­ver­si­ty Press, 1973.

[21] Ibid., p.162.

[22] Ibid., p. 78.

[23] Yves Bon­nefoy, « Mozart en son point du monde », Dessin, couleur et lumière, Paris, Mer­cure de France, 1995.

[24] Pierre Jean Jou­ve, En Miroir, o. c., op. cit., p. 185.

[25] Pierre Jean Jou­ve, « Sou­venir », in Sac­ri­fices, Mont­pel­li­er, Fata Mor­gana, 1986, p. 55–57.

[26] Ossip Man­del­stam, De la poésie, Paris, Gal­li­mard, 1990, p. 146.

[27] Sueur de sang, in Œuvre I, o. c., op. cit., p. 274.

Présentation de l’auteur

Michèle Finck

Michèle Finck, née en 1960 en Alsace, est poète et auteur d’essais sur la poésie. Elle a pub­lié trois livres de poèmes : L’Ouïe éblouie (qui réu­nit vingt ans de poésie, Voix d’encre, 2007) ; Bal­bu­cien­do ( Arfuyen, 2012) ; La Troisième Main (Arfuyen, 2015, Prix Louise Labé). Elle a pub­lié aus­si plus d’une dizaine de livres d’artistes. En 1988, elle a fondé, avec le cinéaste-pein­tre Lau­ry Granier, l’association cul­turelle Udnie qui a réu­ni des poètes et des artistes de toutes dis­ci­plines. Elle a écrit le scé­nario du film de Lau­ry Granier, La momie à mi-mots (moyen-métrage, 1996) pour lequel elle a été aus­si assis­tante de réal­i­sa­tion et s’est impro­visée actrice (aux côtés de Car­olyn Carl­son, pre­mier rôle, Jean Rouch, Philippe Léo­tard). Par­al­lèle­ment à l’écriture poé­tique, elle a traduit des poètes alle­mands (Trakl, Rilke).

 

 

 

Michèle Finck

Elle a aus­si  con­sacré un livre à Yves Bon­nefoy (Yves Bon­nefoy : le sim­ple et le sens, José Cor­ti, 1989, réédi­tion Cor­ti, 2015) et plusieurs essais aux rap­ports de la poésie avec les arts : avec la danse ( Poésie mod­erne et danse : Corps pro­vi­soire, Armand Col­in, 1992) ; avec la musique ( Poésie mod­erne et musique : « vor­rei e non vor­rei », Cham­pi­on, 2004, Epipha­nies musi­cales en poésie mod­erne, de Rilke à Bonnefoy/ Le musi­cien panseur, Cham­pi­on , 2014) ;  et avec les arts visuels ( Gia­comet­ti et les poètes : « Si tu veux voir, écoute », Her­mann, 2012). Anci­enne élève de l’Ecole Nor­male Supérieure (Ulm/Sèvres), elle enseigne depuis 1987 à l’Université de Stras­bourg où elle est actuelle­ment pro­fesseur de lit­téra­ture com­parée (lit­téra­tures européennes). 

 

Autres lec­tures

Michèle Finck, l’élégie balbutiée

Avec Bal­bu­cien­do, Michèle Finck, poète rare, signe chez Arfuyen son sec­ond recueil, après L’Ouïe éblouie paru en 2007 chez Voix d’encre. Une biogra­phie min­i­male : Michèle Finck enseigne et apprend, écrit et déchire, joue et […]

Michèle Finck, Connaissance par les larmes

Cer­tains livres ont le pou­voir de sur­vivre au moment de leur lec­ture et de pour­suiv­re avec entête­ment leur chemin en nous jusqu’à nous forcer à les repren­dre. Con­nais­sance par les larmes est de […]

Sotto voce pour les variations lacrimosa de Michèle Finck

Vari­a­tion poé­tique, d’après le recueil  de Michèle Finck (Arfuyen, 2017)   chair qui fut royale déchue depuis l’origine sans retour le mûrisse­ment de la pour­ri­t­ure en nous n’est pour­tant pas de notre […]

Michèle Finck, Sur un piano de paille

Les langues En essayant de rassem­bler ici, comme on le ferait d’une javelle, les éten­dues en étoile du dernier livre de Michèle Finck, j’ai cher­ché une for­mule. C’est ain­si que j’ai cru oppor­tun de […]

Michèle Finck, La Voie du large

J’écoute donc je suis Le nou­veau livre de Michèle Finck pour­suit une aven­ture poé­tique qui engage le poème dans une recherche de soi, en creu­sant à même sa pro­pre his­toire jusqu’aux réso­nances de […]

Michèle Finck, La Voie du large

J’écoute donc je suis Le nou­veau livre de Michèle Finck pour­suit une aven­ture poé­tique qui engage le poème dans une recherche de soi, en creu­sant à même sa pro­pre his­toire jusqu’aux réso­nances de […]

Michèle Finck, de La Voie du large au prix Apollinaire

Pour par­ler de ce livre, le six­ième pub­lié par Michèle Finck aux édi­tions Arfuyen (depuis Bal­bu­cien­do,  en 2012,), je me deman­derai d’abord com­ment une sin­gu­lar­ité d’existence, ouverte au monde mais liée à soi, […]

Michèle Finck, L’arrière-silence

Au cœur de ce livre, comme sa matrice pal­pi­tante, son aimant aigu, deux faits que la poète emprunte à son his­toire per­son­nelle.  Deux his­toires qui vien­nent de régions dif­férentes de son exis­tence, la […]

Michèle Finck, L’arrière-silence

Pré­cau­tion de lec­ture. Il s’agit du pre­mier ouvrage que je lis de Michèle Finck. Mes remar­ques et impres­sions sont sus­cep­ti­bles d’évoluer à mesure que je con­naî­trai mieux son œuvre. […]

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Béatrice Bonhomme

Béa­trice Bon­homme, poète, direc­trice de revue, cri­tique lit­téraire, est pro­fesseure à l’Université Côte d’Azur. Spé­cial­iste des XX e et XXI e siè­cles, elle a créé, en 1994, avec Hervé Bosio, la Revue NU(e), revue de poésie et d’art qui a con­sacré de nom­breux numéros à la poésie con­tem­po­raine et paraît désor­mais en ligne sur POESIBAO. Elle est respon­s­able de La Société des lecteurs de Pierre Jean Jou­ve et a fondé, en 2003, un axe de recherche dédié à la poésie, POIEMA, au sein du CTELA. Elle a pub­lié études, arti­cles et ouvrages sur la poésie mod­erne et con­tem­po­raine dont Mémoire et chemins vers le monde et Pierre Jean Jou­ve, la quête intérieure, mais aus­si de nom­breux Actes dans le cadre de col­lo­ques qu’elle a dirigés à Cerisy. Le prix Léopold Sédar Sen­g­hor lui a été décerné en 2016 par le Céna­cle Européen – sa recherche ayant con­tribué à la recon­nais­sance de la poésie con­tem­po­raine – et, en juin 2019, le Prix Vénus Khoury-Gha­ta pour son livre : Dia­logue avec l’Anonyme. Citons ses derniers livres de poèmes Les Boxeurs de l’absurde (L’Étoile des lim­ites, 2019), Pros­es écorchées au fil noir (Col­lo­di­on, 2020) et Monde, genoux couron­nés (Col­lo­di­on, 2023) qui a reçu le Prix Mal­lar­mé. Un livre sur l’œuvre poé­tique de Béa­trice Bon­homme Le mot, la mort, l’amour chez Peter Lang est paru en 2012. Deux revues Poésie- sur-Seine et Coup de soleil lui ont été con­sacrées (2020–21). Bib­li­ogra­phie Créa­tion Direc­tion de la Revue NU(e), revue de poésie et d’art depuis 1994 Direc­tion de l’Association des lecteurs de Pierre Jean Jou­ve. Mem­bre du Pen-Club français Mem­bre de Prix de poésie : Prix Louise Labé Prix du poète résis­tant Prix Vénus Khoury-Gha­ta Dis­tinc­tions : Prix Léopold Sédar Sen­g­hor, par le Céna­cle Européen, 2016 Prix Vénus Khoury Gha­ta, 2019 Prix Mal­lar­mé 2023 Livres de créa­tion • L’Âge d’en haut, Lavaur, éd. Traces, 1991. Deux Gravures de Mario Vil­lani. In Absen­tia, Plouzané, éd. An Amz­er, 1993. Pré­face de Jacques Lep­age. Dessins de François Thier­ry. • Le Pas de la Clé, La Tronche, éd. La Vague à l’âme, 1994. Dessin de François Thier­ry sur la cou­ver­ture. • Lieu-dit du bout du monde, Colomiers, éd. Encres vives, 1994. • Jeune homme mar­ié, nu, suivi de L’Univers n’en sait rien, Nice, éd. NU(e), « Poèm(e) », 1995. • Sauvages, Paris, éd. Moires, 1997. Illus­tra­tion de Tris­tan Bastit. • Le Des­sai­sisse­ment des Fleurs, Cherves, éd. Rafaël de Sur­tis, « Pour une terre inter­dite » 1997. Pré­face de Daniel Leuw­ers. Illus­tra­tion de Mario Vil­lani. • Jour­nal de l’absence ini­tiée, Colomiers, éd. Encres vives, 1998. • Poumon d’oiseau éphémère, Paris, éd. Moires, 1998. Illus­tra­tion de Tris­tan Bastit. • Les Gestes de la neige, Coaraze, éd. l’Amourier, 1998. Pré­face de Salah Stétié. Fron­tispice et gravure orig­i­nale d’Henri Mac­cheroni. • Sabre au clair, Cannes, éd. Tipaza, 1998. Dessin orig­i­nal de Jean-Claude Le Gouic. • La Grève Blanche, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 1999. Séri­gra­phie d’Alberte Garib­bo. • Le Nu bleu, Coaraze, éd. l’Amourier, 2001. Pré­face Bernard Var­gaftig. Pho­togra­phies Sonia Guerin, Jean-Marie Riv­el­lo, Béa­trice Bon­homme, dessin Mario Vil­lani. • Nul et non avenu, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2002. Séri­gra­phie de Claire Cuenot. • L’Âge d’en haut, réédi­tion aug­men­tée, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Tris­tan Hordé. • Jeune homme mar­ié, nu, réédi­tion aug­men­tée, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Salah Stétié. • Poumon d’oiseau éphémère, réédi­tion aug­men­tée, Colo­mars, éd. Mélis 2004. Pré­face de Bernard Var­gaftig. • Pho­togra­phies, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Serge Mar­tin. • Cimetière étoilé de la mer, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Claude-Louis Com­bet. • La Mai­son aban­don­née, Colo­mars, éd. Melis, 2006. Post­face de Bernard Var­gaftig. Pas­tels de Chris­tine Charles. • Muti­la­tion d’arbre, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2008. Pré­face de Bernard Var­gaftig. Cou­ver­ture et page de garde, pein­ture, auto-por­trait de Mario Vil­lani. • Pas­sant de la lumière, Jegun, éd L’Arrière-Pays, 2008. Auto­por­trait de Mario Vil­lani. • Kaléi­do­scope d’enfance, Nice, éd. de la revue NU(e), avril 2012 d’après un spec­ta­cle de lanterne mag­ique. Pein­tures de Stel­lo Bon­homme. • Vari­a­tions du vis­age et de la rose, Jegun, éd. L’Arrière-Pays, 2013. Fron­tispice de Stel­lo Bon­homme. • L’Indien au boucli­er, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, novem­bre 2013. Fron­tispice de Stel­lo Bon­homme, dessin de Patrice Vil­lani sur la dernière page. • Dia­logue avec l’Anonyme, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2018. Fron­tispice de Claire Cuenot. • Deux paysages pour, entre les deux, dormir, Cana­da, Hal­i­fax, éd. VVV, 2018. Palimpses­te de Michaël Bish­op. • Les Boxeurs de l’absurde, Four­ma­gnac, éd. L’Étoile des Lim­ites, 2019. • Pros­es écorchées au fil noir, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2020. • Monde, genoux couron­nées, Mers-sur Indre, éd. Col­lo­di­on, 2022. Livres avec des artistes • L’Embellie, 1998. Nice, Pho­togra­phies de Hen­ri Mac­cheroni. • Sabre au Clair, Cannes, éd. Tipaza. 1998. Illus­tra­tions de Jean-Claude Le Gouic avec une pein­ture orig­i­nale, livre fer­mé par un galet peint en jaune. • Femme de tulle et de pierre posée sur du papi­er, Nice, éd. NU(e), juin 1999. Gravure bleue répétée avec vari­a­tions de tirage par Serge Popoff. • Une Pierre dans le front, Nice, éd. NU(e), sep­tem­bre 1999. Encre de Serge Popoff, col­lée au papi­er col­lant par les soins de Serge Popoff, • Les Chevaux de l’enfance, Nice, éd. NU(e), mai 2000 avec cinq Gravures de Serge Popoff. • Frag­ments d’un désert, Nice, éd. NU(e), févri­er 2001 avec des pho­togra­phies de Françoise Ver­nas-Mau­noury. • L’Incendie de l’enfance, Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thier­ry Lam­bert pour son édi­tion de livres objets : « Le Galet ». Pas­tels de Thier­ry Lam­bert. • La Fin de l’éternité, Nice, éd. NU(e), 3 mars 2002 avec neuf Pho­togra­phies de Danielle Androff. • Bleu équili­bre sans filet, Nice, éd. NU(e), 7 avril 2002. Cinq gravures pleine page et une gravure dou­ble page. Cou­ver­ture : gravure dou­ble page de Serge Popoff. • Le Pre­mier Bleu. Éclate­ments bleus des fron­tispices de lumière, Nice, éd. NU(e), 2002. Six pas­tels pleine page de Arnaud Lami­ral. • Mémoire et méta­mor­phose dans l’œuvre de Serge Popoff, Nice, éd. NU(e), 2002. Neuf gravures de Serge Popoff, celle du colophon étant de Sonia Popoff. • La Faille de Terre, Nice, éd. NU(e), 2002, Livre en tis­su, 7 « feuilles » teintes et peintes, Le texte est man­u­scrit sur le tis­su par le poète et débor­de sur la pre­mière page (cou­ver­ture) et la dernière page (cou­ver­ture). • Pier­res Tombales, Nice, 2002. Livre en argile, en forme de boîte avec 15 « pages » en argile une « page » de titre et 2 « pages » de garde reliées ensem­bles à la fin. Fab­riqué par Marie José Arman­do. • Une toile d’oiseaux, Tours, Le livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, vol­ume de la col­lec­tion « Pli », automne 2002. Sept exem­plaires avec un dessin orig­i­nal de Mario Vil­lani. • Une toile d’oiseaux, Tours, Le livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, vol­ume de la col­lec­tion « Pli », automne 2002. Sept exem­plaires tous avec des gravures orig­i­nales noires et blanch­es, avec un col­lage de tis­sus bleu et vert de Serge Popoff. • Uni­tas mul­ti­plex suivi de Aleph, Nice, 25 jan­vi­er 2002.Trois dessins pleine page, et un dessin orig­i­nal sur la cou­ver­ture de Mau­rice Peirani. • 18 Route de Mail­let à Cluis, Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thier­ry Lam­bert pour son édi­tion de livres objets : « Le Galet », sep­tem­bre 2004. Qua­tre gravures de Mau­rice Cohen. • Gran­ité de la pierre. Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thier­ry Lam­bert pour son édi­tion de livres objets : « Le Galet », 2004. Cinq pas­tels de Thier­ry Lam­bert. • La Claire, Reynès, éd. de l’eau, 20 juin 2004. Avec deux gravures en manière-noire d’Albert Woda. • Présence de la pierre, Sauvet­erre du Gard, éd. de la Bal­ance, 2004. Avec des aquarelles de Mireille Brunet-Jail­ly. • Signes, Nice, Les ate­liers Art­val, sep­tem­bre 2005, avec des textes de Béa­trice Bon­homme, Arnaud Vil­lani et Gérard Ruck­er et des acryliques sur Arch­es de Gérard Alto. + un orig­i­nal sur Arch­es. • Laiss­er couler le bleu de l’encre pour répar­er le gris des choses, Nice, sep­tem­bre 2006. Trois exem­plaires avec Youl. Le livre, fab­riqué par Youl, se présente dans une dis­po­si­tion en accordéon avec un ruban bleu col­lé sur un car­ton noir. • Tu fêtes l’anniversaire des fleurs avec ta générosité cou­tu­mière, Nice, sep­tem­bre 2006. Trois exem­plaires avec Youl. Le livre, fab­riqué par Youl, se présente comme un par­chemin roulé autour d’un bâton, puis inséré dans un roseau évidé (40x9cm). • La Fleur de vin, la Fleur de sang, Nice, sep­tem­bre 2006. qua­tre exem­plaires avec Youl. Le livre, fab­riqué par Youl se présente comme une seule grande feuille car­ton­née blanche pliée en deux sur laque­lle est col­lée une feuille de papi­er trans­par­ent par­cou­rue de qua­tre ficelles de cordes et cou­verte des dessins et col­lages de Youl. • Ves­tiges, Nice, 2007. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl. • Aigrettes lumineuses, Nice, 2007. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl. • Caméléonne, Nice, 2007. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl. • Une épure, Nice, 2008. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl. • La Mai­son du poète oublié, Nice, 2009. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl. • Sur la trace légère de quelques oiseaux, La Rochelle, com­posé et achevé d’imprimer par Alain Thomas en févri­er 2006, A&T édi­tions. sept dessins de François Gar­ros. • L’Incendie pré­caire, Nice, éd. NU(e), octo­bre 2007 avec sept acryliques de Clau­dine Rovis. • Dans les silences du Passeur, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Pli », novem­bre 2007. Pas­tels de Clau­dine Rovis. • Fron­tières de ta vie, La Rochelle, A&T édi­tions, 2008. Il a été tiré de cet ouvrage vingt- six exem­plaires numérotés de 1 à 26. Illus­tré de sept pein­tures orig­i­nales de François Gar­ros. • Mas­cara pan­i­ca, tra­duc­tion en espag­nol d’un poème de Béa­trice Bon­homme. Revue Amas­tra- N‑Gallar, d’Emilio Arauxo, Gali­cie, 2008. • Pré­car­ité de la lumière, Lan­guidic, Mor­bi­han, Press­es numériques des édi­tions de la Canopée, 2009, col­lec­tion Le Passeur, dirigée par François Ran­nou. Enrichi de col­lages (exem­plaires en rouge, jaune et vert) et de per­fo­ra­tions de Thier­ry Le Saëc. • Une ligne de mémoire érigée dans l’absentement du blanc, Mont­pel­li­er, éd. À tra­vers, 2016. Cinq pein­tures de Jacques Clauzel. • Paysage, Nice, éd. d’Alain Freixe 2017. Gravure de Serge Popoff. • Let­tre-poème Tamis­age, Rennes, éd. La Riv­ière Échap­pée, « Babel heureuse », deux­ième série, 2018. • L’Être, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Dernier vers », 2020. Aquarelles de Giraud Cauchy. • Le Cœur de la brodeuse, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Au-dessous du vol­can », 2020. Col­lages de Jean-Noël Bachès. • Stèles de la lumière, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Les Immé­mo­ri­aux », 2020. Réc­its, Nou­velles, Théâtre • La Fin de l’éternité (théâtre), Nice, éd. NU(e), 2002. • El Fin de la Eternidad, Tra­duc­tion en espag­nol pour la créa­tion de la pièce à Grenade. Grana­da, 2009. • Pour fêter une enfance, (réc­it), Nice, éd. NU(e), 2002. Pho­togra­phies, col­lec­tion per­son­nelle de Béa­trice Bon­homme. • Dernière ado­les­cence (réc­it), Nice, éd. NU(e), 2002. Pho­togra­phies, col­lec­tion per­son­nelle de Béa­trice Bon­homme. • Marges (jour­nal), Nice, éd. NU(e), 2002. Pho­togra­phies, col­lec­tion per­son­nelle de Béa­trice Bon­homme. • Nou­velles d’Aurora, (nou­velles), Nice, éd. NU(e), 2005. Textes et voix dans des films • Poumon d’oiseau éphémère (2007). • Kaléi­do­scope d’enfance (2012). • Le Point du jour (2016). Tra­vail avec un com­pos­i­teur  Ste­fan Wirth, à par­tir du texte Poumon d’oiseau éphémère Ouvrages et revues con­sacrés à l’œuvre de Béa­trice Bon­homme • Ilda Tomas et Peter Col­lier, Béa­trice Bon­homme Le mot, la mort, l’amour, Bern, Peter Lang, 2013, 437 pages. • Revue Bleu d’encre numéro 36 (direc­tion Claude Don­nay) « Béa­trice Bon­homme », Press­es de la Mai­son de la poésie d’Amay, Hiv­er 2016, p. 1 à 25. • Revue Poésie sur Seine numéro 101 con­sacré à Béa­trice Bon­homme (direc­tion Pas­cal Dupuy), Saint-Cloud, novem­bre 2020, p. 1 à 31. • Revue Coup de soleil, Poésie et Art, numéros 108/109, « Spé­cial Béa­trice Bon­homme » (direc­tion Michel Dunand), Annecy, juin 2020, 76 pages. Arti­cles • Geneviève Guetemme, « Pas­sant de la Lumière, un texte pho­tographique de Béa­trice Bon­homme » in French Forum, Vol­ume 37, Nos1 et 2, (dir. Philippe Met) 2012, p. 195–222. • Myr­i­am Watthee-Del­motte, « Faire recon­naître l’absent ; poésie et rites mor­tu­aires chez Béa­trice Bon­homme in Bau­douin Decharneux, Cather­ine Maig­nant et Myr­i­am Watthee- Del­motte, Esthé­tique et spir­i­tu­al­ité I : Enjeux iden­ti­taires, Fer­nel­mont, Édi­tions Mod­u­laires Européennes, 2012, p. 231–243. • Myr­i­am Watthee Del­motte, « Les tombeaux lit­téraires : du rite au texte » Esthé­tique et spir­i­tu­al­ité II : Cir­cu­la­tion des mod­èles en Europe, in Bau­doin Decharneux, Cather­ine Maigant et Myr­i­am Watthee-Del­motte, EME, 2012, p. 289–306. • Michaël Bish­op, « Béa­trice Bon­homme, dis­jonc­tion, irré­ductible, agapé » in Dystopie et poiein, agnose et recon­nais­sance, seize études sur la poésie française et fran­coph­o­ne con­tem­po­raine, Ams­ter­dam-New York, NY 2014, Rodopi, Chi­as­ma no 34, p. 141–151. • Ilda Tomas, « Béa­trice Bon­homme Caresse et Carence : l’absence infinie » in Arc–en-ciel Etudes sur divers poètes, Peter Lang, 2014, p. 28–39. • Fran­ca Alaimo e Anto­nio Melil­lo, Il Cor­po, l’Eros, Antolo­gia di testi poet­i­ci, Giu­liano Ladolfi Edi­tore, « Béa­trice Bon­homme », 2018, p. 37–39. • Arnaud Beau­jeu, « Béa­trice Bon­homme-Vil­lani, une voix en clair-obscur », Site Poez­ibao, 2018, 16p. • Fan­ny Berdah, Poétique(s) du bleu en poésie con­tem­po­raine ? Les exem­ples du Ciel pas d’angle de Dominique Four­cade, d’une His­toire de bleu de Jean-Michel Maulpoix, du Nu bleu de Béa­trice Bon­homme et de Bleu fauve de Zéno Bianu, Mas­ter 2 sous la direc­tion de Olivi­er Gal­let, Paris, Sor­bonne, 2020. • Michaël Bro­phy, « Une voix posée sur le monde : la poésie de Béa­trice Bon­homme » in NU(e), Poèt(e)s, Site Poez­ibao, 2021, p. 135–145 Sur la Revue NU(e) • La Revue NU(e), 10 entre­tiens sur la poésie actuelle, Brux­elles, Édi­tions de la Let­tre Volée, 2013, 145 pages. • NU(e) : une revue, des voix, la poésie, Une esthé­tique de la ren­con­tre sous la direc­tion de Marie- Joque­viel-Bour­jea, Édi­tions Her­mann, coll. « Ver­tige de la langue », 2019.
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