> Deux recueils de Gaspard Hons

Deux recueils de Gaspard Hons

Par | 2018-02-23T17:47:53+00:00 26 octobre 2012|Catégories : Critiques|

 

S’annonce l’éclosion
d’une fleur
née de ses seules contra­dic­tions

 

Gaspard Hons

 

Gaspard Hons nous conduit de roses incréées en proses mati­nales. Le recueil paru au Taillis Pré pro­longe ses Roses impro­bables, livre paru chez le même édi­teur en 2009 et gra­ti­fié du prix Robert Goffin. Celui paru chez Rougerie pro­longe la fidé­li­té de l’éditeur à l’un de ses (nom­breux) poètes aujourd’hui recon­nus. En lisant Gaspard Hons, on pense à ce qu’écrivait Octavio Paz, dans L’Arc et la Lyre, au sujet de la situa­tion du poète dans le monde et de cette même situa­tion du Poème en le poète : l’homme poète est le lieu même où se marient les contra­dic­toires, deve­nus alors com­plé­men­taires. Parce qu’ils l’étaient par nature mais que nous le savions plus. C’est du moins le che­min de recherche par­cou­ru par le poète au long de ses livres, che­min sym­bo­li­que­ment tra­duit par la pré­sence de la rose, assi­mi­lée à juste titre à ce que Breton nom­mait l’or du temps. Car la poé­sie de Hons, comme toute véri­table poé­sie, est tra­ver­sée par ce que l’on appelle com­mu­né­ment des influences. Le mot est cepen­dant mal choi­si et – nous sui­vrons encore Paz à ce pro­pos − mérite dans le cas des poètes vrais d’être rem­pla­cé par celui de dia­logue. La poé­sie est un dia­logue per­ma­nent entre poètes. Qu’ils soient vivants ou morts. Il est des pas­sés poètes qui parlent avec les vivants, et en tout cela vit la voix immé­mo­riale de la poé­sie. Une poé­sie comme mémoire de la créa­tion du réel. C’est pour­quoi le regard du poète sur ce qui l’entoure est sou­vent « per­ti­nent » : on voit mieux ce qui est par les yeux de qui voit ce qui est.

Ainsi :

 

le dis­cours du monde est seul, le rouge-gorge est seul, qui­conque est seul. Aurais-je sai­si le dis­cours du monde, il serait moins seul. Aurais-je sai­si le rouge-gorge serait-il moins seul ?

 

Le dis­cours du monde vou­drait cares­ser la beau­té, péné­trer la dou­ceur des four­rés, le dis­cours du monde s’en va mou­rir aux confins de la soli­tude, le dis­cours du monde se sou­vien­dra des cendres d’Auschwitz

 

[Petites proses mati­nales, p. 10]

    

Hons che­mine au cœur de ce que nous nom­mons volon­tai­re­ment la poé­sie des pro­fon­deurs, recher­chant à sai­sir la véri­té de l’être plu­tôt que le décor des appa­rences. On y res­sent l’amour par­fois dou­lou­reux et cepen­dant fra­ter­nel envers l’autre homme. La quête en inté­rieure, elle trace un sillon dans le réel de l’homme poète image de cha­cun des hommes. Dans la voix de Hons, on entend sou­vent l’écho de Heidegger ou de Celan, celui aus­si de sagesses venues d’orient. Un écho qui a muri, par­ti­ci­pant de la voix per­son­nelle du poète. Ici, l’homme est un temple dénu­dé par le siècle pas­sé, temple dont les pierres s’assemblent à nou­veau. Peu à peu. Deux très beaux ensembles qui condui­ront natu­rel­le­ment à décou­vrir l’ensemble de l’atelier du poète.