> Ecouter le silence, de Paul Pugnaud

Ecouter le silence, de Paul Pugnaud

Par |2018-11-19T04:08:12+00:00 5 avril 2013|Catégories : Critiques|

 

« Écouter le silence » regroupe des poèmes inédits de Paul Pugnaud écrits au cours de l'année 1982. Les édi­tions Rougerie ont publié une dou­zaine de livres du poète dis­pa­ru en 1995 ain­si qu'un choix de poèmes en 1996, aux mêmes édi­tions est annon­cée la publi­ca­tion d'un autre ensemble d'inédits «  les poèmes de l'année 1983 ».

 

«  Comment écou­ter le silence
au milieu des jours et des nuits.
Vaincu par les cris de la terre … »

 

Questionnement et écoute d'une terre, d'un rivage dont le poète ne nous révèle aucun site repé­rable , ne nous livre aucun nom de lieu recon­nais­sable. Dans le pay­sage  où « les mon­tagnes se réduisent au niveau de la mer » , le poète vit « sui­vant le rythme de la terre/​ Et le reflux d'une marée » appa­rente  har­mo­nie car les élé­ments ; pierre, terre, eau, ciel… sont sans cesse en mou­ve­ment, ils agissent et se trans­forment

 

 « Les coteaux s'ébranlent et marchent
jusqu'aux loin­tains
Ils pié­tinent les hommes …»

 

Les galets qui s'abattent
ont réveillé les cris
des nuages bles­sés. »

 

Les poèmes de Pierre Pugnaud sont tra­ver­sés par « le chant des pierres rou­lant vers les abîmes » par «  les arbres déra­ci­nés » ils sont par­cou­rus d'images évo­quant les voyages, les tra­ver­sées dans le temps et l'espace. « Rapide voyage au-delà de l'espace fami­lier » ils sont por­teurs de visions et de rêves «  des rivages apaisés/​ où les roseaux vibrent encore » ou «  d'un autre pays/​ où la vie devient sem­blable /​ A la pro­messe de l'été… » . Voyages, départs, rêves, la poé­sie de Paul Pugnaud répond à un appel pour fran­chir les bar­rages, les murailles et les falaises pour aller au-delà « d'un hori­zon mal des­si­né ». et sur­tout pour résis­ter « à la ter­reur de l'oubli ».

Cependant cette poé­sie d'attente et d'écoute d'un homme «  ouvert à toutes les sen­sa­tions » ne révèle aucune cer­ti­tude, n'énonce aucune sen­tence au contraire elle dit la soli­tude, le doute et les espé­rances du poète qui s'aventure « sur les che­mins où per­sonne ne passe » , « che­min incon­nu » qui accueille le voya­geur puis s'efface,  che­min par­cou­ru avec le constant désir d'aller au-delà du temps mesu­ré, au-delà de « l'étendue des mots en drai­nant les sources qui cheminent/​ Invisibles sous la lumière … »

Poète qui s'interroge sur le pou­voir des mots qui «  fai­blissent ou s'effacent », des «  rumeurs (qui) ne répondent pas », «  des voix qui tentent de nous rete­nir » mais qui sait que devant tant d'errance et d'égarements  «  par­mi tant d'objets immo­biles /​ Le cœur bat invisible/​ les cou­leurs de la terre s'allument … »

Élan vital d'un poète qui n'a jamais dévié sa route mais a su don­ner à son écri­ture une réso­nance par­ti­cu­lière en accueillant les mots dans leur sim­pli­ci­té, au plus près pos­sible de leur sens pre­mier  parce qu'

 «  aucun sym­bo­lisme ne peut rem­pla­cer la réa­li­té des choses.. »

 

Texte de Georges Drano paru dans Autre Sud N° 7 Décembre 1999

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