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Ecrire, et autres poèmes

Par | 2018-02-19T12:44:59+00:00 20 mars 2017|Catégories : Blog|

 

 

Écrire

 

 

L’écriture, qui vient après, peut être
la minu­tieuse contem­pla­tion de ce qui reste 
sous les cendres d’un incen­die et sous les cendres 
de toutes les images pour le dire. 
Ce qui reste d’un éblouis­se­ment
et de l’irradiation conti­nue.

La pas­sion sûre et le silence des sala­mandres.

 

 

 

 

Rhizome

 

 

J’écris ces mots à l’abri des dunes, quelque part dans le Delta du Rhône. 
Tout y est par­fai­te­ment à sa place ain­si que dans les psaumes :
d’une joie déta­chée de la fleur sur le sel, à l’inquiétude de mou­rir
sans avoir su faire révé­rence à la mesure de cet uni­vers.

Je serais une morte déce­vante, embar­ras­sant l’espace 
de sou­pirs, sup­pliant le temps de lui reve­nir
pour com­prendre l’équilibre avant d’en mou­rir.

Pour l’heure j’aime, et les vir­gules et les lys des dunes.

 

 

 

Blanc

 

 

Le jour approche où nous for­me­rons 
des roses de lin blanc sur une épine d’acacia.
Bandelettes déchi­rées au bas des lin­ceuls,
nouées en signes, au milieu de plus rien.

 

 

 

De terre

 

 

J’aime les soirs quand la terre est retour­née à cru, 
gros­sière et gor­gée de l’or du soleil qui se couche 
dans son lit brun d’oreillers et de cou­ver­tures.
J’éprouve alors comme un grand rire.
Mais en larme à la pre­mière fraî­cheur 
quand les sua­vi­tés de la terre deviennent inté­rieures,
emprun­tant leurs images à la glaise et à la sau­va­gine. 
C’est la pen­sée de la four­rure et des belles cou­ver­tures,
quand le délire sen­suel tend une main aveugle, au soir triste.
[Mais Rimbaud reve­nez plu­tôt voir et dire, qu’est-ce cela ?]
Ou peut-être un délire pour mineur auri­fère sup­pu­tant le magot,
les doigts jaunes, prê­tant un inté­rêt angé­lique 
aux pro­prié­tés voi­sines des cya­nures et du mer­cure, 
et disant : 
je vous en paye­rai moi des four­rures avec ça !

[Horrifiée]
Couchons-nous là, féroces de nos rêves, au réveil qui ver­ra midi ?

 

 

 

Perfumare (n°48?)

 

 

Dans les che­mins du bord des champs, les sureaux noirs 
ont au petit matin un très lourd par­fum de saine crasse
qui monte accor­dé à la den­si­té sourde du feuillage, 
avec de temps en temps une nuance fleu­rie, aus­si­tôt regret­tée
mais presque mel­li­flue, l’énoncé d’une menace tendre. 

C’est la longue nuit des bêtes qui parle dans le remugle étoi­lé.

 

 

 

 

 

 

 

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