> feux de rampe

feux de rampe

Par | 2018-02-18T08:03:25+00:00 11 mai 2014|Catégories : Blog|

 

suite pour Jean-Paul Daoust

 

réver­bé­ra­tion de l'enfance
dans les marées de l'âge

d'une même voix, poser les conti­nui­tés
 

oscil­ler entre deux amé­riques
pas­ser sans encombre la fron­tière
et témoi­gner encore des anciens feux

ne se sen­tir à demeure
que dans les limites de la peau

ou perdre
ou pré­voir de mar­cher sur la glace
rire der­rière les lunettes noires
gar­der un œil sur le poème à venir
et la hau­teur des col­lines arbo­rées

rien à gas­piller
tout à don­ner
faire accueil
une part de désordre et l'autre d'organisation
consi­dé­rer l'espace libre et la page blanche

s'inviter par­tout comme le fait le vent

des hori­zons d'îles
un ou l'autre mous­tique aga­çant
bien­tôt l'orage vien­dra laver
c'est debout que sur­gissent tou­jours les paroles
pour celui qui se tient à l'ancre ou l'autre qui regarde au loin

en marau­deur sou­ve­rain
s'augmenter de l'improbable

refu­ser n'appartient pas au contrat
une voix offerte tra­ver­se­ra les cam­pagnes recu­lées, les forêts peu­plées d'ours, les ports aux bateaux échoués

nos pay­sages sont indé­lé­biles et à l'écoute, brins ten­dus et grains pour la récolte
les mur­mures gardent droit de cité

nos soifs ne démé­nagent pas
elles s'étanchent au plus proche de nos images
dans l'ordre de la cou­leur du ciel
et l'exigence conti­nue de la syn­taxe

obtem­pé­rer aux regards
mais pour quelles conquêtes, quelles car­to­gra­phies ?
prendre la main d'un désastre
et le mener au plus haut des vocables
 — reve­nir vain­queur, quelques heures après l'aurore

faire tou­pie de qui vou­drait tour­ner
offrir la courbe à qui vou­drait entou­rer
lais­ser venir celui qui désire étreindre

certes la nuit pèse
mais le jour pour­suit ses exer­cices
asso­cier le geste aux espé­rances
nouer l'ordre d'un vieillis­se­ment, d'une dépen­dance aux sai­sons

trier ce qui sera légumes
et ce qui engendre l'indulgence

il n'y aura pas besoin du micro­phone
du sou­ve­nir de venise
d'une veste aux cou­leurs écla­tantes

il y aura des cendres pour mar­quer la date
l'écho d'une ancienne scène
un rire enjoué pour l'engagement dans l'instant

conti­nuer à sou­rire
et juger encore la pro­fon­deur des alcôves

nom­mer ce qu'il reste d'illusion dans un nuage

ne pas quit­ter les feux de la rampe
avoir des océans meur­tris et de la paille tres­sée
un ver­sant céli­ba­taire expo­sé à l'ombre
affi­cher des bou­quets de roses pleins les yeux
mettre toutes ses antilles dans le coca

gou­ver­ner l'incandescence
avec une bien­veillance non­cha­lante

venir, comme tous les mots, en contre­bande
maquiller l'âme moderne

aban­don­ner sur un banc du parc
le jour­nal d'hier et ses tié­deurs pas­sées

rim­baud ne parle plus, ne crie plus, ne pleure plus
dan­ser à sa mémoire et goû­ter à des cho­co­lats noirs

un bal intime au bord du fleuve

les cha­grins ne connaissent pas de com­munes mesures, ni les conqué­rants des terres sté­riles.
celui qui dort main­te­nant sera de quart durant la pro­chaine tem­pête.
apprendre à construire un feu, pro­té­ger l'évidence et les légendes, exer­cer une len­teur oppor­tune.
sur les mar­chés, se repaître d'épices, d'herbes, de pois­sons encore pal­pi­tants.

cir­cons­tances ter­ra­quées
faire de l'affection une veille pro­lon­gée

les soli­taires se parlent en argot

peut-être pas tant l'histoire qu'une suite d'anecdotes
une chro­nique enfouie dans des agen­das oubliés
tou­jours à reprendre
demain sera clair et le bar accueillant

quoi que l'horloge indique, les heures font des haltes
les ins­tants acca­parent, gor­gés d'essors
encore un mot pour le poème, une visite médi­cale, un pro­jet de voyage
s'écarter d'une jeu­nesse

blanc de page

d'une même main à la table du scribe
reve­nir vers l'infini, recom­men­cer l'horizon

éta­blir la légi­ti­mi­té d'une fougue

lais­ser der­rière soi

des épaves de lunes
quelques découpes d'organdi
une infante fati­guée sur un lit de for­tune

le monde errant n'a nul besoin de nombre ni de cla­meurs
l'hospitalité s'alimente à sa propre source

ce qui vien­dra naî­tra avec le sen­ti­ment de l'irruption
qui sait, peut-être, l'idée d'un vol­can
et puis des cendres et des fumées
la manière majeure de brû­ler

il fau­dra don­ner un répit au sen­ti­ment des flammes
une sta­bi­li­té aux pas­sions consu­mantes

tour­ner la page
arri­ver au bout du livre ou avoir épui­sé le cahier
ne gar­der de la parole que ce qu'elle répan­dait d'éphémère
se sou­ve­nir du per­pé­tuel et de l'amoncellement

bleu intré­pide
poing ver­ti­cal

remettre l'expérience conquise sur le métier

dénon­cer l'imposture et les impré­ca­tions trem­blantes
les songe-creux et les trou­bleurs de fête
ces heures qui suivent l'élection ou pré­cèdent un tour­ment

être poète pour des len­de­mains fer­tiles
et les ver­tus actives du verbe, les lotis­se­ments de l'écoute
ni absoudre ni dis­cul­per
debout tou­jours dans l'imminence du ciel

le velours rouge pèse­ra encore son poids de rideaux
et les larmes glis­se­ront par gra­vi­té sur des joues pré­ve­nues

ce qui pal­pite ici a déjà échap­pé aux tra­gé­dies

s'étendre dans un décor loin­tain
trou­ver richesse d'un temps de fouilles, d'un acca­ble­ment dis­trait
dor­mir sous les cou­ver­tures et les encou­ra­ge­ments
prendre un miel ou un alcool
rendre grâce

ne rien dépa­reiller dans les éblouis­se­ments

disons
un cou­lis de fram­boises dis­po­sé sur la neige
un hiver sou­te­nu
des mois pas­sés sans oser la paume
une rete­nue
et pour­tant jusqu'en mai

plus tard, ajour­ner les ven­danges
consi­dé­rer les scin­tille­ments
entas­ser pour pré­ve­nir ou annon­cer

rebelle qui don­ne­ra de la voix
il se trouve ici des réserves insoup­çon­nées de paroles
à l'équidistance des cour­toi­sies et de la rumeur

matin pâle, matin pâle
ne m'attends pas

en pei­gnoir et tête haute
se tenir sur le seuil des deve­nirs

il n'y a jamais de retard à exis­ter
l'exactitude for­mule ses repré­sen­ta­tions
les gloires recou­sues pro­cèdent d'anciens pré­textes

pour essen­tielle nour­ri­ture
dis­pen­ser un par­fum de voix

niveau du lac
lisse comme le tam­bour calme d'un des­tin

sur­vivre
dans les longs poèmes ou un bref mémen­to
aug­men­ter l'ardeur d'un désir

les mer­veilles ne pro­duisent pas d'effets de manche
la patience envi­sage tous les pro­diges

se sou­le­ver
dans la fraî­cheur par­ti­sane
et dans l'admiration du monde

 

 

bruxelles, sep­tembre 2013
 

Sommaires