> Jacques Viallebesset, Sous l’étoile de Giono

Jacques Viallebesset, Sous l’étoile de Giono

Par |2018-10-16T18:37:50+00:00 1 novembre 2014|Catégories : Critiques|

 

La poé­sie de Jacques Viallebesset est de celles dont nous affir­mons qu’elle est « des pro­fon­deurs », poé­sie ten­due vers l’étoile, toute en res­pi­ra­tion, à cha­cun des ins­tants du réel, entre le haut et le bas – et réci­pro­que­ment. Par delà les voiles du réel, vers et par l’étoile, en même temps que sous son regard. C’est de voyage dont nous par­lons ici, et quel voyage ! Oui, quel voyage que cette péré­gri­na­tion super­be­ment « illus­trée » par le des­sin de cou­ver­ture de Diane de Bournazel : le poète /​ végé­tal flot­tant dans le vide des uni­vers végé­taux, entou­ré et che­mi­nant vers l’étoile. Nous défen­dons la poé­sie de Jacques Viallebesset depuis le pre­mier jour ou le pre­mier recueil, et nous pen­sons que le poète est de ceux qui posent l’un de ces regards en recours (au Poème) dont le contem­po­rain a aujourd’hui grand besoin. C’est de ce réel là, véri­table poé­sie concrète, tant elle dévoile le réel du réel, dont nous avons véri­ta­ble­ment besoin, et non des petits jeux de mots et autres tristes magouilles à la mode. La poé­sie est un état de l’être, pas du tou­risme ver­bal. En poé­sie, on fait le Poème. Et l’on est fait par lui. C’est d’édification de l’être dont il s’agit. Le reste… du bla­bla. On se demande alors ce qui pousse Viallebesset à pla­cer sa poé­sie sous « l’étoile de Giono » ? Car l’étoile, tout de même, ce n’est pas rien en termes de sym­bole ! Alors… Giono ? Le poète est un trans­pa­rent qui cite Giono d’emblée, les choses sont alors fort claires :

« Si, quand tu seras un homme, tu connais ces deux choses : la poé­sie et la science d’éteindre les plaies, alors tu seras un homme » (Jean Giono).

N’est-ce pas ? Et ici, en Recours au Poème, com­ment ne pas être en accord avec cette vision des mondes, celle-là même que défend en sa poé­sie le poète Jacques Viallebesset ? Et com­ment ne pas pen­ser à cette autre phrase, d’un très vieil homme/​poète ayant tra­ver­sé le siècle pas­sé et ses hor­reurs, vieil homme pour lequel nous avons tant d’affection, n’en déplaise aux imbé­ciles illet­trés qui paraissent se repro­duire (étran­ge­ment) dans le milieu de la poé­sie : « Nous sommes tous nés de l’agonie de l’étoile. Des nau­fra­gés du temps et de l’espace. Et seul le verbe peut nous aider à retrou­ver l’éclat défunt de cette étoile ». Armand Gatti. Autre grand poète, autre grand bon­homme dont nous repar­le­rons bien­tôt du côté de Recours au Poème édi­teurs, ce lieu où nous allons réédi­ter sa « poé­sie de l’étoile » (mer­ci aux amis Faber, Gonot et Cantat) ; l’étoile, jus­te­ment. Celle des anar­chistes aris­to­crates : car toute anar­chie est une aris­to­cra­tie, un lieu de che­va­le­rie, et seuls ceux qui ont oublié d’ouvrir un livre (numé­rique, papier ou sur peau de banane, peu importe) depuis des décen­nies peuvent igno­rer cela. Il n’est pas de liber­té sans état de l’être aris­to­cra­tique. On lira « noblesse » quand nous écri­vons « aris­to­cra­tie », qu’importe… Ici, nous n’avons pas voca­tion à soi­gner des névroses. Il y a des lieux authen­tiques pour les révo­lu­tions, et ces lieux sont ceux de l’authentique poé­sie, des poètes authen­tiques. C’est pour­quoi nous aimons l’étoile de Gatti autant que celles de Viallebesset et de Giono. L’étoile des poètes authen­tiques est sim­ple­ment cette étoile qui vit en ces poètes, qu’on lui donne le nom d’âme ou de vie qu’importe ! Et qu’importent les petites conjec­tures et petits égos du quo­ti­dien devant la poé­sie et l’étoile ! Car, écrit Viallebesset en avant-dire :

 

« Adolescent, j’ai été fas­ci­né par des repro­duc­tions de la série de tapis­se­ries de Jean Lurçat, Le chant du monde, déni­chées je ne sais où. C’était toute une cos­mo­go­nie fan­tas­tique, une véri­table sym­pho­nie de l’univers, où la terre, le feu, l’air et l’eau dia­lo­guaient avec les étoiles dans un chant de cou­leurs, où la vie tout entière vibrait de mille taches d’or et le titre, à lui seul, me trans­por­tait. Lorsque je décou­vris à la devan­ture d’un libraire un livre por­tant ce titre, je l’achetai aus­si­tôt. J’ouvris les pre­mières pages et je sus, tout de suite, que « le pays où l’on n’arrive jamais » exis­tait, à por­tée de main et du regard. Il était là, dans ces pages à la langue drue, à l’écriture trem­pée dans la sève des arbres, dans les gouttes de rosée d’un brin d’herbe, peu­plé de per­son­nages forts, purs, pétris d’idéal. Je m’identifiai très vite à ces hommes vaga­bonds, sal­tim­banques et artistes qui arpen­taient ce pays deve­nu mien. Jean Giono a été pour moi ce que Bobi est pour les per­son­nages de Que ma joie demeure, un pro­fes­seur d’espérance. Ses mots n’ont pas seule­ment struc­tu­ré mon ima­gi­naire, ils ont effec­tué en moi oeuvre alchi­mique en me trans­mu­tant. »

L’état de l’esprit poé­tique, cela se joue dans cet état de l’esprit là. Est-ce si com­pli­qué à… com­prendre ? Non, sans aucun doute : cela demande sim­ple­ment d’être véri­ta­ble­ment et non fac­ti­ce­ment ouvert à l’autre. Et cet état de l’esprit, eh bien !, cela donne ce poète là, que vou­lez vous :

 

J’aurais vou­lu être celui-là qui vient
Porteur d’une joie d’être à par­ta­ger
Avec tous les humains qui saignent
De leurs rêves lourds d’espoirs bles­sés
Je porte en moi les sucs de la terre
La danse de flamme du sang au cœur
Ma poi­trine se gonfle du vent des astres
J’halète de la sève de tout ce qui vibre
Frémit pal­pite et vit au rythme des sai­sons

Je vou­drais être celui-là qui vient
Un arc-en-ciel doux dans les tem­pêtes
Un mag­ma de joie monte de mon ventre
Je t’ai retrou­vée et te tresse dans mes bras
Tes yeux font chan­ter toutes les sources
La joie est là bruis­sant dans ton feuillage
Bourgeon tendre gor­gé de résine vivante
Tu es en moi comme le noyau dans son fruit
Ma joie ne demeu­re­ra  que si elle est tienne. 

 

Jacques Viallebesset, vous êtes des nôtres. Car vous êtes ce poète au corps empli de l’étoile, celle-là même qui agis­sait un Giono. Comme elle agis­sait un Char ou un Juarroz. Or, les étoiles dansent, nous le savons bien, nous, qui les regar­dons sans cesse, et les des­sins de Diane de Bournazel le montrent assez. Eh bien… poètes et lec­teurs de poèmes : entrons dans la danse de ce beau recueil !

 

 

 

 

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