> J’ai été cette journaliste de guerre… (5/​9)

J’ai été cette journaliste de guerre… (5/​9)

Par | 2018-05-22T04:19:37+00:00 28 mars 2013|Catégories : Blog|

 

Les mots sont pri­vés du sens par ici,
Ils vont et viennent par bribes ;
Assouan aux arbres en fleurs, ins­tan­ta­nés du vert tur­quoise
De la rivière, du vert mos­quée , satin de la rivière
Au cou­cher du soleil, des blocs de pierre fon­dus en deux,
Des ouvriers qui amènent des pierres
Et construisent  ensuite des temples, des reliefs gra­vés d’une Reine
Atteinte d’éléphantiasis,
La Reine Hatshepsout pour qui son amant sculp­tait des pierres,
D’immenses obé­lisques sur cette terre aride, ce soleil violent
Qui donne nais­sance à toutes choses, et puis la sueur, sueur froide
Et les chiens du désert, tor­tu­rés par la faim et la colère, ils sont
Les âmes res­sus­ci­tées des ouvriers qui vivaient  et mou­raient pour la
Reine et pour le soleil, et pour cette terre ami­don­née qui donne la vie
Avant de la reprendre,  et les jours qui ren­voient les miroirs, réfrac­tion
De la pluie froide. Mirage  de l’eau qui peut coû­ter la vie,
ou le prix d’une pel­li­cule Kodak et d’un verre d’eau,
route miroi­tante qui ne mène nulle part ou à un pan­neau
mal éclai­ré  annon­çant une auberge grais­seuse,
où  les enfants arabes affa­més vendent des bis­cuits à cin­quante piastres,
et puis demandent des ciga­rettes, image de l’Astor square à New York
où ils vendent  des vête­ments, des gâteaux puis men­dient une ciga­rette,
la vie qui vaut un jeton de métro ici,
simples mirages de sur­vie,
mirages de cet aqua-sable lunaire et puis le soleil, les blocs
de pierre de civi­li­sa­tions dis­pa­rues qui ont gran­di et ont brillé
comme le soleil et sont tom­bés dans l’empire Kodak, dans l’oubli
de la colo­ni­sa­tion occi­den­tale,
les maîtres-archi­tectes  qui ont gra­vé leur propre vie dans ces pierres
qui ne nous racon­te­ront pas cette his­toire, avec leurs cou­leurs bâtardes
et leurs images de gloire, images d’Ankhs noirs
et de la sagesse du Troisième Œil, voi­là les villes de la boue et de la mort,
les villes qui ne vous répondent pas si vous ne les secouez pour arra­cher leur cœur,
qui n’est qu’un mirage après tout, et une oasis pleine d’eau irréelle,
un faux des­cen­dant d’Isis ; L’œil- qui- pro­tège observe tes mou­ve­ments,
tu bouges dan­sant, avec grâce comme une dan­seuse orien­tale qui
pré­co­nise la foi, cha­toyante, tou­jours cha­toyante dans l’air, cette cha­leur,
ce voile pro­vo­quant retombe sur des corps et des visages puis s’évapore dans l’air,
air chaud, soleil hideux, ciel bleu tur­quoise, les cha­cals,
ou peut-être les dieux de la route, ces minces divi­ni­tés marchent le long
de la route qui demeure jau­nâtre, blanche et frêle,
avec les rythmes des tablas
et ceux des très petits tam­bours, la route appa­raît et dis­pa­raît
par bribes, et voi­là l’air qu’on ne res­pire pas, la pous­sière
qu’on avale, l’eau  absente que l’on ne peut pas boire, les pilules qui rem­pla­ce­ront
la nour­ri­ture au siècle pro­chain, le Diable dégui­sé en Dieu, l’odeur de viande séchée et
de pain souf­flé, les lésions de peau répan­dues sur les cadavres,
des dési­rs momi­fiés qui tra­versent les siècles, la vie s ‘en va,
et le faible espoir :
dans la pro­chaine civi­li­sa­tion la vie serait meilleure,
elle doit l’être.
Mais le temps s’effiloche et conti­nue, entre dans le nou­veau siècle,
En com­mu­nion, une fois que tu as déchif­fré tout cela, le reste devient facile,
La façon dont  le Caire a été construit,
Edfou et Comombo,
En sor­tant du ventre du Dieu Crocodile et du
Dieu de la fer­ti­li­té, Min,  qui ont  ren­du
Tout ce qu’a été sacri­fié sur l’autel de la faim.

 

Traduit par Geneviève Huttin

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