> Je compte les écorces de mes mots de Sylvie-E Saliceti

Je compte les écorces de mes mots de Sylvie-E Saliceti

Par |2018-08-18T20:44:20+00:00 16 octobre 2013|Catégories : Blog|

Les poèmes de Sylvie-E. Saliceti sont nés au bord de fosses creu­sées dans une sablière et rebou­chées sur les corps des Juifs fusillés là. Sylvie-E. Saliceti l’explique dans un magni­fique et ter­rible avant-pro­pos : « Je me dis qu’ici les morts attendent. Un petit signe. N’importe lequel. […] Les arbres ont pous­sé sur les corps. Ni pré­nom. Ni date. Pas même un écri­teau. » La nature qui a repris pos­ses­sion de la sablière semble tour à tour indif­fé­rente et à l’écoute.

Les clo­chettes de la fleur
ne tintent plus –
la forêt écoute les morts
 

Comme Antigone, Sylvie-E. Saliceti ne sup­porte pas que les morts n’aient pas eu droit à une sépul­ture. Comme Scholastique Mukasonga, elle a écrit des textes-sépul­tures. Les nou­velles du recueil inti­tu­lé L’Iguifou, comme les deux livres pré­cé­dents de Scholastique Mukasonga, sont des tom­beaux de papier, les lin­ceuls dont l’auteure n’a pas pu parer les siens, morts au Rawanda. Sylvie-E. Saliceti a cher­ché des « mots-lin­ceuls ». Pour ce faire, elle a d’abord écou­té.

Plus petite qu’une pau­pière
d’oiseau – ma bouche
se tait pour écou­ter
 

Et dans un autre poème :
 

alors je me suis assise
près d’eux – les impro­non­cés dont
les pré­noms dor­maient
sous nos chaus­sures
les impro­non­cés
sous les arbres

 

Puis les mots sont venus : ces poèmes et les phrases de quelques témoins (des phrases trou­vées dans les archives ou recueillies auprès de per­sonnes encore en vie). Dans l’un de ses textes, Sylvie-E. Saliceti convoque une femme qui a écrit aus­si après la Shoah :

 

comme Rose Ausländer
j’ai comp­té les étoiles des mots –
elles étaient enve­lop­pées d’écorces
et gisaient par terre
dans le bois

 

Ceux qui ont lu Rose Ausländer savent que la poé­sie peut aider à sur­vivre. La nature a été l’autre sou­tien de Rose Ausländer : les arbres et la lumière. Les sou­ve­nirs aus­si : ceux d’une enfance heu­reuse dans la com­mu­nau­té des has­si­dim – les Juifs d’Europe de l’Est.

 

Il y a de cela bien des anni­ver­saires
quand la terre était encore ronde
(pas angu­leuse comme main­te­nant)
 

(extrait de Enfance I)
 

Le recueil de Sylvie-E. Saliceti nous invite à relire ces poèmes.

               

 

 

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