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Jean-Luc Maxence, Tout est dit ?

Par |2020-04-06T05:28:26+02:00 6 avril 2020|Catégories : Critiques, Jean-Luc Maxence|

Pour défier le temps et les rides
Et les hiron­delles fati­guées de ais­sance
Pour défier le sui­cide de nos gosses
Et les tra­hi­sons des faux-frères de l’ombre sans loge­ment
Pour défon­cer les yeux des salauds au fur et à mesure
Et saluer le soleil de l’amitié et la panne de l’horloge
(…)
Marions-nous cet été
Marions-nous jusqu’à la mort !

 

 

Viendrait un âge, pour les poètes comme pour toute per­sonne publique, de déli­vrer des sen­tences pré­su­mées sages. Conclure, avec l’ambition d’entrer dans une antho­lo­gie des der­niers mots célèbres. Un conseil : refer­mez le recueil et reve­nez lon­gue­ment sur le point d’interrogation du titre. Tout est dit ? Prononcez-le comme il sied, en dres­sant votre voix vers les aigus. Posez-la, cette ques­tion, aux oreilles déli­cates qui pré­fèrent l’atone, posez-la aux villes cha­toyantes, posez-la au ciel ! Tout est dit ? Vraiment ?

Le livre com­mence par une « inter­dic­tion de mou­rir ». En grandes capi­tales, comme une grande peine qui fan­fa­ronne en disant « même pas mal ». Manière d’exprimer le mélange inex­tri­cable de vieillesse, de fra­gi­li­té et d’ardeur : Ô ma douce toute vio­lente devant le Feu… Jean-Luc Maxence récal­citre, toni­true :

Jean-Luc Maxence, Tout est dit ?
Le nou­vel Athanor, 2020, 64 pages, 15€.

Paris pue le car­ton-pâte
L’espoir et poi­tri­naire…

 

Mais sans jouer pour autant le vieillard ron­chon, car il sou­haite une vraie jeu­nesse aux sui­vants, une belle jeu­nesse :

 

Alexis
N’écoute per­sonne
Ne crois pas
N’écoute que le vent
Ne cherche qu’en toi-même
La route ascen­dante

 

À ceux qui rêvent de nous endor­mir à coup de séda­tion et de fins de vie apai­sées, le poète oppose le pas-sage, une étroite porte où la colère se frotte au désir et au sen­ti­ment du temps. Où le rire lui aus­si joue des coudes par­mi les peurs et les empor­te­ments :

 

C’est peut-être Madame la mort qui fait une carte bleue (…)
Je ne sais plus rien du bon Dieu et de son fis­ton

 

Foin des envo­lées juvé­niles, loin des nos­tal­gies débiles : retour au tra­gique ! La révolte de l’homme contre sa condi­tion d’homme qui est la condi­tion-même de son huma­ni­té. Écoutez cette nique au des­tin :

 

Nous n’avions peur de rien
Ni du soleil ni du diable
Ni d’être trois à nous aimer

 

D’ailleurs, ces mots de « soleil », de « diable », d’« aimer », j’ai l’impression de les relire, rafraî­chis, sour­dant du grand affa­dis­se­ment de la langue qui avait fini par me gagner !

 

L’eau n’est plus au ren­dez-vous des bap­têmes
Pour sau­ver le monde et mon amour
Le para­digme inédit du petit matin
Fait chan­ter la source des Chevaliers du Soleil.

 

C’est un des der­niers poèmes. Son titre : De quelle source parle-t-on ?

Présentation de l’auteur

Jean-Luc Maxence

Textes

Jean-Luc Maxence, né en 1946, est un poète, écri­vain et édi­teur fran­çais. Il dirige une asso­cia­tion natio­nale de pré­ven­tion des toxi­co­ma­nies, le Centre Didro (Paris) et est pré­sident de la délé­ga­tion fran­çaise de l’Association Européenne de Psychanalyse (www​.aep​si​.it).

Il dirige le Nouvel Athanor. Il a publié plu­sieurs recueils de poé­sie ain­si que des essais sur la toxi­co­ma­nie, les écri­vains séro­po­si­tifs ou encore des études sur René Guénon ou Carl Gustav Jung. En tant qu’éditeur, il a fait paraître des antho­lo­gies de poé­sie mys­tique (1999) et maçon­nique (2007).

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Eric Pistouley

Débuts lit­té­raires au Temps qu’il fait : Une poé­tique du livre, un essai qui explore l’instant où, avant d’en lire la pre­mière ligne, on prend un livre dans ses mains. Quand finit l’objet ? Où com­mence le texte ? Histoires de fron­tières, de pas­sages, de che­vau­che­ment, de jeu entre des ter­ri­toires. Suivi d'un clone de la Religieuse por­tu­gaise, Lettres de Ré, d'une bluette sous pseu­do et diverses col­la­bo­ra­tions dont celle depuis bien­tôt dix ans avec la revue Espace(s).