> TRAVERSÉES n°77, septembre 2015

TRAVERSÉES n°77, septembre 2015

Par |2018-10-18T09:51:46+00:00 16 mai 2016|Catégories : Revue des revues|

 

 

Chaque revue a son espace, sa dis­po­si­tion. C’est comme les cafés.

Deux invi­tés et puis… 150 pages de poé­sie (et autres divers genres) dont beau­coup d’auteurs ont déjà hono­ré nos colonnes vir­tuelles. Cette géné­ro­si­té pro­lixe est assez rare et mérite d’être sou­li­gnée, cer­tains poètes pou­vant, comme Philippe Mathy, livrer une série de 26 proses ins­pi­rées sur l’automne, ou Serge Muscat de « Mettre sa pen­sée à plat » en un essai de sagesse active et légère :  Surtout ne pas se regar­der. S’oublier en vivant sa pen­sée. Dès que l’on se regarde dans une glace, tout est per­du. Impossible de se voir et d’être en même temps.

Et Marina Poydenot :
        Quel est le nom de cet oiseau
        qui chante dans le tilleul
        comme une source tou­jours fraîche ? (…)

la suite réserve de belles sur­prises.

 

Un pre­mier dos­sier concerne Éric Brogniet. L’œuvre, nour­rie de mytho­lo­gie autant que de sciences dites exactes, est pré­sen­tée par Paul Mathieu avec conci­sion et clar­té : Au tra­vers d’images réso­lu­ment inno­vantes emprun­tées notam­ment aux sciences « exactes » — il fau­drait dire un jour tout ce que la poé­sie doit à la phy­sique et inver­se­ment — Belle /​ comme un boson de Higgs, la figure fémi­nine, avec entre ses lèvres son rubis /​ Son étoile de sang muet occupe une place cen­trale qui (…) affiche sa bles­sure de glaïeuls /​ Dans leur trou de ver­dure (…) Loin de se can­ton­ner à une simple car­to­gra­phie de l’éros, il pousse à réflé­chir au fon­de­ment de tout cela qui fait la vie.  Dans une orien­ta­tion plus bio et biblio­gra­phique, Patrice Breno longe l’œuvre « toute en contraste » qui cherche « à dis­cer­ner les valeurs essen­tielles qui aident à sur­mon­ter la dou­leur d’être ».

Suivi d’une dizaine de poèmes inédits com­po­sant une Rose noire d’antimatière :

A la nuit galac­tique, matrice des hautes éner­gies
         A la dévo­ra­tion qui nous englou­tit
(…)

J’appellerai sur toi l’orage
Tout en te pro­té­geant
Faisant de ta bles­sure un apai­se­ment

 

Un ren­contre avec Thomas Scotto montre la diver­si­té à l’œuvre dans ce comi­té de rédac­tion :

C’était un deuxième, un troi­sième étage peut-être. C’était très haut !
Pourtant, j’étais per­sua­dé que King Kong pas­se­rait son bras gigan­tesque  par la fenêtre pour me cap­tu­rer pen­dant la sieste. Rien de plus facile pour lui : il l’avait déjà fait quelques jours aupa­ra­vant dans une des publi­ci­tés pour les chaus­sure « André », au ciné­ma, avant Le livre de la Jungle.

Auteur et inter­view réjouis­sants et pro­fonds quand il faut.

Je me dis que tout auteur devrait faire un stage de deux ou trois ans dans le sec­teur « lit­té­ra­ture jeu­nesse ». Non, j’exagère bien sûr, ne me sen­tant aucune voca­tion maoïste. Allez, six mois, ça devrait suf­fire !

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