> Arpa, n°114, octobre 2015

Arpa, n°114, octobre 2015

Par | 2018-02-22T11:25:16+00:00 8 janvier 2016|Catégories : Revue des revues|

 

 

Belle livrai­son de la revue diri­gée par Gérard Bocholier.

Sous le signe du pas­sage, une ving­taine de pages sont consa­crées à Pierre Dhainaut :

À la nuit il emprunte
sa source, son souffle,
le poème lim­pide.

Cette lim­pi­di­té qui vient à notre ren­contre fait le bien autour d’elle. Autrefois on aurait par­lé de bonne nou­velle, mais le poète sait sûre­ment que les ruses de l’égoïsme déjouent et tra­hissent ces mots tant dits (je pense à son recueil, L’autre nom du vent, 2014).

Dans un entre­tien pas­sion­nant avec Marc Fontana, Pierre Dhainaut revient sur son par­cours avec une luci­di­té sans conces­sion ni remords. Il parle des « forces hos­tiles (qui) sont innom­brables, au dehors comme en nous (et) nous contraignent au sac­cage ». Moins mora­liste que lut­teur de l’intériorité il ajoute que cer­taines intui­tions conte­nues dans son pre­mier recueil, Le poème com­men­cé, il les avait jugées naïves. Son écri­ture a depuis tra­ver­sé la noir­ceur, en l’oppressant, mais celle-ci aspi­rait en même temps, à mon insu à cette parole qui troue l’impasse et découvre un air frais. Aussi ses réponses font-elles renaître des mots comme « ouvrir », « épa­nouir ». Ainsi que la grâce du « oui ». Autant de mots en « qui reten­tit la syl­labe qui empêche le poème de se res­treindre à un objet ver­bal ». Je ne sais si les moins de trente ans mesurent la por­tée de ces paroles dans l’oreille de qui a connu cer­taine dic­ta­ture cri­tique des années 1970.

Ce qui fait dire à notre ami Pierre Maubé dans le bref et vif essai qui suit cet entre­tien que la poé­sie de Pierre Dhainaut est sou­riante : « l’inquiétude se tisse à la séré­ni­té, indis­so­ciables elle habitent tout sou­rire ».

Aux doigts l’écorce,
les mots du poème
vont jusqu’à l’aubier

Heureux appel à se lais­ser tra­ver­ser par les mots, à lais­ser notre écorce dur­cie écou­ter le bat­te­ment de l’aubier. L’aubier c’est déjà du bois, du bois jeune et gor­gé de sève, du bois for­mé ; son fil est souple et accueillant… Une cer­taine célé­bra­tion du cageot par un autre poète en avait d’une autre manière sou­li­gné l’importance.

*

Faiblesse et force de l’homme tra­versent aus­si le poème de Jacques Robinet :

Nous t’avons per­du
mais ta nuit fra­casse la nôtre
pour découdre nos ban­de­lettes
et nous crions en notre éveil

Comment trans­for­mer défaite
en vic­toire quand le moindre souffle
nous égare ?

 

Parmi les beaux et per­ti­nents textes de Karim De Broucker, d’Emmanuelle Sordet, de Pierre Alix, rete­nons ces vers robo­ra­tifs de Cécile A. Holdban :

                  C’était une période où Dieu se tai­sait.
                  Quelle main ras­sem­ble­ra
                  les frag­ments lais­sés par la nuit ?

Dieu se tai­sait.

Un bel article d’Isabelle Raviolo parle des Éclaircies de Josette Ségura et de leur « poé­tique du dépouille­ment ». « Grappes patientes, mûries de soleil », sa poé­sie « invite à reve­nir au plus intime, et, depuis ce fond, à regar­der le monde s’épanouir à la lumière des sai­sons ». « Le sacré », écrit-elle encore, « ne s’inscrit plus dans un au-delà ou un para­dis per­du, mais dans l’instant pré­sent ».

Les contri­bu­tions cri­tiques de Colette Minois (sur la désaf­fec­tion du grand public pour la poé­sie), d’Yves Humann sur Réginald Gaillard, affirment à leur façon l’importance spi­ri­tuelle et phi­lo­so­phique de l’écriture poé­tique d’aujourd’hui.

*

Qu’à cela ne tienne
N’y aurait-il qu’une étoile
À per­cer notre nuit noire

Il est par­fois des vers sans inouïe ni fra­cas­sante nou­veau­té et qui ont le don de la jus­tesse ; qui ne donnent pas de rêve ni de réponse mais, musi­ca­le­ment, accordent notre temps. Alors bien­ve­nue à Jean-François Yvernogeau dont c’est la pre­mière publi­ca­tion en revue.

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