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José Bergamín, le poète

Par |2018-11-17T10:47:32+00:00 15 novembre 2016|Catégories : Essais & Chroniques|

 

 

José Bergamín, le poète, par Éric Pistouley 

 

Canto roda­do veut dire « galet ». Un can­to c’est un chant, et aus­si un caillou. Rodado : il a été rou­lé, char­rié dans les eaux vives et ne doit sa dou­ceur qu’à des chocs répé­tés que le tumulte et l’écume ont main­te­nu invi­sibles et inau­dibles.

Elle a l’air douce la poé­sie de José Bergamín, ses aspé­ri­tés ne se voient pas :

Tengo mie­do al silen­cio
y temo las pala­bras
que al decir­lo lo escon­den
como si lo cal­la­ran.

Me da mie­do esa hora
silen­cio­sa del alma
en que todo se hunde
porque todo se cal­la.

José Bergamín, La cla­ri­dad desier­ta, p.67

Ce qui donne en fran­çais : J’ai peur du silence, et je crains les phrases qui pour le dire l’étouffent comme si elles le tai­saient. Cette heure me fait peur, cette heure silen­cieuse de l’âme dans quoi tout s’abîme parce que tout se tait.

Les essais de José Bergamín sont déjà fami­liers au public fran­çais grâce aux tra­duc­tions de Florence Delay et d’Yves Roullière. La per­son­na­li­té lit­té­raire, poli­tique et reli­gieuse de cet auteur est excel­lem­ment évo­quée dans les actes du col­loque tenu à Nanterre en 2008, volume qui contient en outre les entre­tiens qu’André Camp avait menés avec Bergamín pour France culture en 1965.

Mais l’œuvre poé­tique, dont Turner a publié les sept volumes, n’a pas fait à ce jour l’objet de publi­ca­tions sub­stan­tielles dans notre langue. Yves Roullière, que j’avais contac­té en com­men­çant à tra­vailler sur ce dos­sier, res­tait d’ailleurs très dubi­ta­tif sur la pos­si­bi­li­té de bien la rendre en fran­çais. Il s’en dégage pour­tant une impres­sion de faci­li­té : le voca­bu­laire et la syn­taxe sont d’une rare sim­pli­ci­té. Quant aux  sujets, aux motifs : du début à la fin, il semble que ce soient les mêmes. Cette sorte d’ascèse ver­bale le dis­tingue des autres poètes de la géné­ra­tion de 27. Pas de réfé­rences d’histoire ni de varié­té de pay­sages, seule­ment des détails, des ins­tants… N’allons pas pour autant croire à une dila­ta­tion des petits riens. Pour la forme on serait proche de Guillevic et pour l’esprit dans la pos­ture de Ponge. Mais en disant cela je ne dis rien, je pose des pan­neaux indi­ca­teurs.

Les mêmes mots reviennent d’un vers à l’autre et d’un poème à l’autre comme des échos. Bien qu’ils soient banals : âme, flamme, cœur, main, vie, taire, répondre… il faut y voir la pre­mière dif­fi­cul­té qui s’oppose à la tra­duc­tion du fait de leur forte exten­sion séman­tique dans les deux langues, exten­sions qui ne coïn­cident pas sou­vent.

Pour autant, Jeanne Marie n’a pas été décou­ra­gée, elle assure avoir tra­duit en toute modes­tie. Je sens une jus­tesse dans ses choix, je vou­drais que l’on soit sen­sible à la géné­ro­si­té de sa démarche.

Dans ses essais, comme l’écrit Yves Roullière, Bergamín pro­cède « par de per­pé­tuels coq à l’âne, idéa­tions, calem­bours, contre­pieds, cela même qu’il théo­ri­sa (…) sous le terme de dis­pa­rates ». Sa poé­sie, par contre, avance d’un pas court, revient un peu en arrière, va de côté mais sans perdre son che­min ini­tial. C’est ras­su­rant, musi­cal et, si l’on tient compte des répé­ti­tions dont je par­lais plus haut, très vite ver­ti­gi­neux.

Chemin dis­cret. Peut-être une parole qui craint de faire fuir quelque chose, de voi­ler par une trop forte affir­ma­tion le véri­table pro­pos. Et en même temps l’énoncé, net, sans hési­ta­tion, a la sim­pli­ci­té tran­chante du pro­verbe. Ce sont des poèmes qui n’occupent pas beau­coup de place sur une page, mais en même temps le blanc qui les entoure n’a rien d’orgueilleux. Au bord du silence, mais — le para­doxe de la pre­mière strophe du poème en exergue, sans doute — on n’est jamais cer­tain qu’il s’agisse d’une dis­pa­ri­tion ou d’une appa­ri­tion.

Elle se tient là, la poé­sie de Jose Bergamín. Moins sou­cieuse de décla­rer que de pla­cer la parole au plus juste. Une jus­tesse mobile, duc­tile, qui requiert une grande éco­no­mie de moyens rhé­to­riques, une poé­tique sobre qui se frotte au soleil, à l’abîme, comme dans ses meilleures après-midi l’art de com­battre les tau­reaux. Ah ! le « toreo » ! auquel il a consa­cré des écrits capi­taux : « … le tore­ro trouve son rythme, sa pause et sa mesure de façon magique, comme le poète et le pro­sa­teur lorsqu’ils écrivent » (in « Le toreo, ques­tion pal­pi­tante », tra­duit par Yves Roullière, Les fon­deurs de briques, 2012, p.154) .

Bergamín parle quelque part de la simi­li­tude des passes de la tau­ro­ma­chie. Leur côté répé­ti­tif ne le gênait pas. On pour­rait, sans en dire du mal, qua­li­fier ses poèmes de ren­gaines. J’ai fait lire à mon ami Xavier Garcia-Larrache un poème que je ne connais­sais qu’en lec­ture silen­cieuse ; il a tout de suite pla­cé les accents, les syn­copes, les reprises de souffle, les a incar­nés puis a dit natu­rel­le­ment recon­naître l’inspiration popu­laire des coplas, ces airs anda­lous qui ont for­gé la langue de Bergamín. Sans par­ti­tion, ses vers en appa­rence si peu expres­sifs chantent dès qu’un natu­rel les déclame. C’est ce qui fait que leur côté répé­ti­tif n’est jamais las­sant.

Ce retour du même est moins obses­sion­nel qu’excavateur. Le retour et le retour­ne­ment des mêmes expres­sions, leur remise sur le métier, loin de finir en épure, ont su, comme c’est le cas pour les saintes Écritures, conser­ver dans ces vers d’apparence très calmes toute la ten­sion de la vie humaine, de sa rai­son et de ses pas­sions. Chez Bergamín, la langue est taillée facette après facette comme elle l’a été par ces siècles d’exégèse et de répé­ti­tion qui ont conduit à la per­fec­tion lyrique de la litur­gie catho­lique.

Bergamín ne construit pas un style per­son­nel, son écri­ture est comme une œuvre col­lec­tive (mais ten­due) que le mot de tra­di­tion résu­me­rait un peu vite. Il a com­men­cé à publier de la poé­sie alors que ses essais lui assu­raient déjà beau­coup de recon­nais­sance (et d’ennuis), à l’âge où on se fiche d’être sin­gu­lier et où le dire se veut simple célé­bra­tion… je n’aurais pas le culot de (faire) croire que je sais de quoi !

É.P.

 

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3 poe­mas

de José Bergamín

tra­duits en fran­çais.

par Jeanne Marie

 

 

Suena tu voz lo mis­mo que un lamen­to

Suena tu voz lo mis­mo que un lamen­to
o que un gri­to per­di­do en lejanía ;
como una luz que hiere el hori­zonte
y lo abre a sole­dades infi­ni­tas.

Es penum­bro­sa cla­ri­dad el sosie­go
de la tarde. La lumbre mor­te­ci­na
de tu alma pelea con las som­bras
del tiem­po, que la cubren de ceni­za.

Los ecos del silen­cio has­ta tu oído
unos pasos leja­nos aproxi­man.
Y es otra muda voz la de la sangre
que en tu can­sa­do corazón pal­pi­ta.

(de Del Otoño y los Mirlos, 1975, écrit en 1962)

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Ta voix résonne comme une plainte

Ta voix résonne comme une plainte
ou un cri per­du dans le loin­tain ;
comme une lumière qui blesse l’horizon
et l’ouvre à d’infinies soli­tudes.

Obscure clar­té dans la tran­quilli­té
du soir. La lueur mou­rante
de ton âme lutte contre les ombres
du temps, qui la couvrent de cendres.

Les échos du silence à ton oreille
approchent des pas loin­tains.
Et c’est une autre voix muette, la voix du sang
qui dans ton cœur fati­gué pal­pite.

(De l’automne et des merles)

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Ponme tus manos en los ojos

Ponme tus manos en los ojos
para guiarme como a un cie­go
por el fan­tas­mal labe­rin­to
de mi oscu­ri­dad y mi silen­cio.

Igual que cuan­do éra­mos niños
y jugá­ba­mos a per­der­nos
por lar­gos pasillos y alco­bas
de un enorme caserón vie­jo.

Tú apoya­bas contra mi espal­da
el blan­do empuje de tu cuer­po
mien­tras me cega­ban los ojos
la suave pri­sión de tus dedos.

Me guia­bas para per­derme
en el tene­bro­so mis­te­rio,
sin­tien­do nues­tros cora­zones
que latían al mis­mo tiem­po.

Por los ilu­so­rios cami­nos
que inven­ta­bas, me ibas per­dien­do,
paso a paso, gozo­sa­mente,
en la noche de nues­tro jue­go.

Desde entonces viví soñan­do
con aquel infan­til infier­no
por el que tus manos de niña
me guia­ban para per­der­nos.

(de La cla­ri­dad desier­ta, 1973 — écrits entre 1964 et 1968)

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Pose-moi tes mains sur les yeux

Pose-moi tes mains sur les yeux
pour me gui­der comme un aveugle
dans le laby­rinthe fan­to­ma­tique
de mon obs­cu­ri­té et de mon silence.

Comme lorsque nous étions enfants
et que nous jouions à nous perdre
dans les longs cou­loirs et les alcôves
de l’énorme demeure ancienne.

Tu appuyais contre mon épaule
la molle pous­sée de ton corps
tan­dis que mes yeux s’aveuglaient
sous la douce pri­son de tes doigts.

Tu me gui­dais pour me perdre
dans le téné­breux mys­tère,
je sen­tais nos cœurs
qui bat­taient en même temps.

Par les che­mins illu­soires
que tu inven­tais, je me per­dais,
pas à pas, joyeu­se­ment,
dans la nuit de notre jeu.

Depuis lors j’ai vécu en rêvant
à cet enfer infan­tile
dans lequel tes mains de fillette
me gui­daient pour nous perdre.

(de La clar­té déserte)

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 Como quien oye llo­ver

Como quien oye llo­ver
te pido que oigas mis ver­sos :
con aten­ción tan pro­fun­da
como se escu­cha el silen­cio.

Como se escu­cha a los árboles
cuan­do los menea el vien­to,
y caer, como hojas secas,
las horas muer­tas del tiem­po.

Como el cre­pi­tar sono­ro
de las lla­mas en el fue­go,
y en los cie­lo, el cal­la­do
arder de los astros muer­tos.

(de Apartada orilla 1971-1972, publié en 1976)

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Comme celui qui entend pleu­voir

Comme celui qui entend pleu­voir
je te prie d’entendre mes vers :
avec une atten­tion aus­si pro­fonde
comme on écoute le silence.

Comme on écoute les arbres
quand le vent les agite,
et que tombent, comme feuilles sèches,
les heures mortes du temps.

Comme le cré­pi­te­ment sonore
des flammes dans le feu,
et dans les ciels, la muette
ardeur des astres morts.

(de Rive éloi­gnée)

 

Ces trois poèmes de José Bergamín font partie de l’anthologie bilingue sur les poètes de la Génération de 27’ de Jeanne Marie à paraître en 2017, cet extrait est publié en primeur, avec l’aimable autorisation des Éditions Paradigme © Copyright/​droits réservés, Los caminos del alma/​Les chemins de l’âme.

 

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Trois autres poèmes et leurs tra­duc­tions inédites :
 

 

Tiembla la lla­ma
y su refle­jo en el agua.
Tiembla tu som­bra en el aire
y la luz en tu mira­da.

Con lejanía de can­to
tiem­bla el son de la cam­pa­na.
Tiembla la voz del tor­rente
y su eco en la mon­taña.

Tiembla la ola en la espu­ma
al desha­cerse en la playa.
Y tiem­blan sobre la are­na
 las huel­las de tus pisa­das.

Tiemblan todas las estrel­las
cuan­do las apa­ga el alba.
Y tiem­bla la oscu­ri­dad,
sin­tién­dose des­ve­la­da.

En el aho­ra y el hoy
tiem­bla el ayer y el maña­na.
Y tiem­bla la eter­ni­dad
en el momen­to que pasa.

Tiembla el susur­ro del vien­to
en las arbo­le­das altas.
Y el par­le­ro andar del río
tiem­bla en la cor­riente cla­ra.

Tiembla en tu pelo un sol­lo­zo
de oscu­ro llan­to sin lágri­mas.
 El día y la noche tiem­blan
 al encon­trarse en tu cara.

La sole­dad de los cam­pos
tiem­bla en un piar de pája­ra,
con estre­me­ci­do vue­lo,
con estre­me­ci­das alas.

Tiembla la rama en el árbol
y la hoja tiem­bla en la rama.
Yo sien­to que está tem­blan­do
en mi corazón, tu alma.

(Rimas, Paris 1958)

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Tremble la flamme
et son reflet sur l’eau.
Tremble ton ombre dans l’air
et la lumière dans ton regard.

Dans le loin­tain d’un chant
tremble le son de la cloche.
Tremble la voix du tor­rent
et son écho dans la mon­tagne.

Tremble la vague dans l’écume
en s’échouant sur la plage.
Et tremblent sur le sable
les traces de tes pas.

Tremblent toutes les étoiles
quand l’aube les éteint.
Et tremble l’obscurité,
se sen­tant dévoi­lée.

Dans le main­te­nant et l’aujourd’hui
tremble l’hier et le len­de­main.
Et l’éternité tremble
dans le moment qui passe.

Tremble le chu­cho­te­ment du vent
dans les hautes futaies.
Et le pas chan­tant du fleuve
tremble dans le cou­rant clair.

Tremble dans tes che­veux un san­glot
de pleur obs­cur sans larmes.
Le jour et la nuit tremblent
en se retrou­vant sur ton visage.

La soli­tude des champs tremble
dans un pépie­ment d’oiseau,
d’un vol fré­mis­sant,
d’ailes fré­mis­santes.

Tremble la branche sur l’arbre
et sur la branche tremble la feuille.
Et je sens que tremble
dans mon cœur, ton âme.

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TÚ que sabes tan­tas cosas,
Dime por qué vue­la el pája­ro ;
Por qué cre­cen las espi­gas ;
Por qué rever­dece el árbol.

Por qué se alum­bran de flores
En pri­ma­ve­ra los pra­dos.
Por qué no se cal­la el mar.
Por qué se apa­gan los astros.

Por qué es sono­ro el silen­cio
En la sole­dad del cam­po :
Y el agua corre a escon­derse
Entre su risa y su llan­to.

Por qué el vien­to avi­va el fue­go
Cuando no puede apa­gar­lo.
Por qué el corazón se duerme
Si el alma sigue soñan­do.

(de La cla­ri­dad desier­ta)

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Toi qui sais tant de choses,
dis-moi pour­quoi l’oiseau vole ;
pour­quoi les épis gran­dissent ;
pour­quoi l’arbre rever­dit.

Pourquoi s’illuminent de fleurs
les prai­ries au prin­temps.
Pourquoi la mer ne se tait pas.
Pourquoi les astres ne s’éteignent.

Pourquoi le silence est sonore
dans la soli­tude de la cam­pagne :
et l’eau court se cacher
entre son rire et ses pleurs.

Pourquoi le vent avive le feu
quand il ne peut l’éteindre.
Pourquoi le cœur s’endort
si l’âme rêve encore.

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Ando per­di­do
como si no fue­ra yo.
Todo lo veo muy cla­ro,
pero con mis ojos no.

Siento que estoy dan­do voces,
pero nin­gu­na es mi voz.
Cuando des­pier­to, se lle­na
de som­bra mi corazón.

(de Esperando la mano de nieve : (1978-1981), Madrid : Turner, 1985)

_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​

Je vais per­du
comme si ce n’était pas moi.
Je vois tout clai­re­ment,
mais pas avec mes yeux.

Je sens que j’élève la voix,
mais aucune voix n’est la mienne.
Quand je m’éveille, il s’emplit
d’ombre, mon coeur.

 

©José Bergamín, tres poe­mas, tra­duc­tion inédite Jeanne Marie©

 

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JOSÉ BERGAMĺN Madrid 1895-San Sebastian 1983. Ecrivain, acteur, scé­na­riste, dra­ma­turge et poète, il reçoit une édu­ca­tion à la fois reli­gieuse et com­mu­niste qui marque son exis­tence. Jeune homme, il ren­contre Juan Ramón Jiménez, qui publie ses articles et ses pre­miers poèmes, et Miguel de Unamuno dont l’inspiration sera fon­da­men­tale dans sa car­rière lit­té­raire. Fidèle à ses idées sur la culture, il fonde une école à Malaga. Ses posi­tions radi­cales pen­dant la Guerre Civile le forcent s’exiler pen­dant le fran­quisme dans les pays d’Amérique Latine puis en France. Ses idées poli­tiques l’accompagneront, en dépit des cir­cons­tances. Son oeuvre est vaste et variée. Parmi ses recueils de poé­sie : Rimas y sone­tos reza­ga­dos (Santiago de Chile y Madrid, 1962), Duendecitos y coplas (Santiago de Chile y Madrid, 1963), La cla­ri­dad desier­ta (Málaga, 1973), Del otoño y los mir­los (Barcelona, 1975), y Apartada orilla (Madrid, 1976).

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