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La poésie d’Awiakta

Par | 2018-05-23T17:06:50+00:00 29 juin 2014|Catégories : Blog|

Marilou Awiakta 

 

Poète, conteuse, essayiste, Marilou Awiakta est connue inter­na­tio­na­le­ment pour unir ses héri­tages Cherokee et Appalachien à la tra­di­tion scien­ti­fique occi­den­tale, la recherche ato­mique, et pour en faire un sup­port de son oeuvre qui tend à créer le res­pect pour la diver­si­té. Née à Knoxville, ses parents s’installèrent à Oak Ridge dans le centre fédé­ral de recherche ato­mique appe­lé “la ville secrète.” Elle y gran­dit entre 1945 et 1957. Puis, après des études d’anglais et de fran­çais à l’Université de Tennessee à Knoxville, elle fut offi­cier de liai­son civile et tra­duc­trice à la base aérienne Couvron de Laon de 1964 à 1967, avant de s’établir défi­ni­ti­ve­ment à Memphis avec son mari et ses enfants.

Ses oeuvres com­prennent de nom­breux articles et poèmes publiés en revues et antho­lo­gi­sés de nom­breuses fois. Elle a reçu en 1999 un doc­to­rat hono­ris cau­sa de Albion College (Michigan) et par­ti­ci­pé à plu­sieurs pro­jets pour la pro­tec­tion de l’environnement, notam­ment un film sur l’histoire du Tennessee Valley Authority (2008), et le pro­gramme “Selu Conservancy” à l’Université de Radford en Virginie. Ses ouvrages sont au pro­gramme de nom­breuses uni­ver­si­tés. De l’Alaska en Virginie, du Massachussets à la Géorgie, du Nouveau Mexique à la West Virginia, sans oublier le Tennessee, elle parle inlas­sa­ble­ment de thèmes éco­lo­giques et du res­pect pour les réseaux et réson­nances qui se tissent entre les com­mu­nau­tés humaines et la nature. Elle a publié trois livres :  Rising Fawn and the Fire Mystery [Rising Fawn et le mys­tère du feu], une nou­velle sur la dépor­ta­tion des Choctaw en 1833 ; Abiding Appalachia : Where Mountain and Atom Meet [En Appalachie : où la mon­tagne ren­contre l’atome], un recueil de poèmes sur sa jeu­nesse à Oak Ridge à l’âge du Projet Manhattan ; et son oeuvre maî­tresse, Selu : Seeking the Corn Mother's Wisdom, [Selu : En cher­chant la sagesse de grand-mère maïs], qui traite de la force vitale incar­née dans Selu. Cet ouvrage est tou­jours dis­po­nible depuis sa pre­mière publi­ca­tion en 1993 et a reçu de nom­breuses dis­tinc­tion (choi­si comme Quality Paperback Book Club Selection en 1994, avec la ver­sion audio du livre nom­mée pour un prix Grammy en 1995. Depuis, une phrase du livre est gra­vée au Capitole du Bicentennaire à Nashville, et un poème est ins­crit sur l’allée des Arts de l’University of California at Riverside. Ses poèmes ont paru pré­cé­dem­ment en fran­çais dans le jour­nal belge Le Journal des Poètes et la revue fran­çaise Poésie Première. Elle a reçu de nom­breuses dis­tinc­tions, dont le Jesse Hill Ford Award for Poetry en 1972 ; puis elle fut recon­nue par la National Organization for Women en 1983. Ensuite, une rapide suc­ces­sion de dis­tinc­tions tant pour son oeuvre que pour ses contri­bu­tions au déve­lop­pe­ment cultu­rel des Appalaches : en 1986, Abiding Appalachia and Rising Fawn and the Fire Mystery ont été sélec­tion­nés par l’USIA pour repré­sen­ter la lit­té­ra­ture amé­ri­caine dans une tour­née mon­diale, et, en 1988, l’association Memphis Women of Achievement lui décer­na son  Woman of Vision Award. En 1989, elle reçut le Distinguished Tennessee Writer Award et en 1991ses contri­bu­tions à la lit­té­ra­ture des Appalaches furent recon­nues par l’Appalachian Writers' Association. En 1999, Northeastern University lui décer­na  l’Award for Service to American Indian People et Carson-Newman l’Award for Educational Service to Appalachia. Enfin, en 2000, Shepherd College lui décer­na l’Appalachian Heritage Writer's Award.

 

Poèmes occa­sion­nels, poèmes de cir­cons­tances, tous ces poèmes ouvrent une vaste pers­pec­tive et posent des ques­tions impor­tantes sur l’avenir de l’humanité, ques­tions éthiques essen­tielles à la sur­vie de l’homme sur notre pla­nète terre. Dans le choix que nous pré­sen­tons ici, Awiakta, poète enga­gée qui se bat pour la jus­tice éco­no­mique et l’égalité eth­nique, nous donne le meilleur de son oeuvre. Plus encore, ces poèmes montrent les femmes dans des rôles divers, mais tou­jours essen­tiels, car elles se battent pour redé­fi­nir leur posi­tion dans la socié­té, pour chan­ger des sys­tèmes aveugles, pour affir­mer leur sexua­li­té, et pour assu­rer la sur­vie de l’espèce humaine. Tous ces poèmes sont un appel au cou­rage. Ils montrent la femme en tant que force vitale, épouse ordi­naire, vision­naire, mili­tante pour la paix, femme d’affaires, et rebelle. Les cir­cons­tances dans les­quelles ces poèmes ont été écrits, leur “généa­lo­gie,” pour­rait-on dire, est impor­tante. Ce sont des poèmes cre­dos sur des modes d’expression divers ; tou­te­fois, tous visent un pro­blème contre lequel ils se battent, que ce soit la guerre, l’indifférence bureau­cra­tique, la jalou­sie, l’oubli du rôle des femmes, le gâchis indus­triel, l’étroitesse cultu­relle, ou le consu­mé­risme tou­ris­tique. Ces poèmes sont por­teurs d’une leçon pro­fonde de res­pect envers autrui et envers la nature. En ceci, Awiakta effec­tue une révo­lu­tion en dou­ceur, prê­chant la recherche d’harmonie et de res­pect dans un équi­libre cos­mique, à tra­vers un réseau de vie qui reflète les lois sacrées du Créateur. Cette dis­po­si­tion propre à la tra­di­tion Cherokee, nous enseigne que le vrai cou­rage n’est pas de détruire, mais de construire, avec “cette ferme démarche de mon esprit /​ qui cherche l’unité /​ dans la force et dans la paix” (“Une Indienne marche en moi”).  

 “Un bien­fait n’est jamais per­du” s’inspire des contes de Charles Perrault, dont Awiakta étu­dia au lycée Cendrillon. Ce poème montre bien com­ment la femme mili­tante dépend de la femme sou­mise ; la mise en scène de la “bonne” et de la “mau­vaise” soeur montre clai­re­ment les rôles pas­sif et actif de la femme – rôles oppo­sés, indi­vi­sibles, et com­plé­men­taires, mais sépa­rés arti­fi­ciel­le­ment par les conven­tions sociales.“Oubliettes élec­tro­niques” montre un autre aspect de la confron­ta­tion entre tra­di­tion et moder­ni­té, entre l’individu et la machine. Il a été écrit à par­tir d’un fait divers dans le jour­nal de Memphis. La femme dont le mari est rayé de la liste élec­tro­nique des pri­son­niers est mili­tante et vic­time, tout comme l’héroïne de  “De l’authentique.” Ce poème est, dans la tra­di­tion amé­rin­dienne orale, com­po­sé à par­tir de bribes de conver­sa­tion enten­dues dans un maga­sin pour tou­ristes, et montre les dan­gers de la socié­té de masse, consu­mé­riste. “Avis de licen­cie­ment” montre Mère Nature en femme diri­geante qui uti­lise le lan­guage d’affaires ; ce poème est une réponse au maté­ria­lisme aveugle du monde des affaires et traite de la sur­vie de l’espèce humaine, mena­cée par l’aveuglement et la négli­gence des gens. Ce poème iro­nique, mode d’humour favo­ri des Cherokee, s’est éla­bo­ré au cours de nom­breuses années, en réponse aux catas­trophes nucléaires et éco­lo­giques de la fin du 20ème siècle. Avec  “Vision d’étoile” nous entrons dans le domaine cos­mique : le rap­port entre l’infiniment petit (le pho­ton issu de la fis­sion ato­mique) et l’infiniment grand – l’infini tem­po­rel et spa­tial. Ce poème met éga­le­ment en rap­port de façon spec­ta­cu­laire deux cultures très dif­fé­rentes : la vision Cherokee de l’univers et la fis­sion ato­mique de la science occi­den­tale.  “Requiem” fut écrit devant les champs de bataille de Verdun, après que Awiakta eut enten­du les récits de guerre des femmes des envi­rons de Laon. Alors que chaque vil­lage fran­çais a ses monu­ments aux morts, les acti­vi­tés des femmes pen­dant l’invasion et l’occupation nazie avaient pour but de défendre leur famille et leur com­mu­nau­té, tâche essen­tielle à la sur­vie de leurs vil­lages, mais qui attend tou­jours d’être recon­nue. Dans cette région trois fois enva­hie par les Allemands en trois-quarts de siècle, les femmes affirment la vie mal­gré les char­niers de la Grande Guerre et les atro­ci­tés de la Seconde Guerre Mondiale. La briè­ve­té de ce court poème le rend d’autant plus inten­sé­ment poi­gnant. “Des cendres naî­tra la paix” fut écrit pour un mémo­rial aux vic­times d’Hiroshima éle­vé à Memphis par la Conférence natio­nale de chré­tiens et juifs pour le 40ème anni­ver­saire de ce drame. Awiakta le lut en 1985 à l’endroit où Martin Luther King, Jr., tom­ba sous les balles d’un assas­sin au Lorraine Motel, à Memphis. Puis le poème fit le tour du monde sur le Bateau-Lyre qui par­tit du Havre en 1986 en por­tant une mis­sion de paix. Enfin, en 1998, il fut choi­si par le chef de la nation Cherokee pour son inau­gu­ra­tion, car il repré­sente le phoe­nix qui renaît de ses cendres ; cet oiseau mytho­lo­gique est l’un des sym­boles de la nation Cherokee.

Les poèmes “Out of Ashes Peace Will Rise,” “The Real Thing,” and “Mother Nature Sends a Pink Slip” sont repro­duits avec la gra­cieuse per­mis­sion des Editions Fulcrum, qui ont publié  Selu : Seeking the Corn Mother's Wisdom. Le poème “Star Vision” a paru dans  Abiding Appalachia : Where Mountain and Atom Meet et est repro­duit avec la gra­cieuse per­mis­sion de l’auteur, ain­si que les trois poèmes inédits, “Goodness is its Own Heart,” “Computer Oubliette,” and “Requiem.”

 

 

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Martine Morillon-Carreau

Martine Morillon-Carreau est née à Nantes en 1948. Après des études de droit elle part vivre aux Antilles pen­dant 8 ans. Revenue à Nantes en 1978, elle y a ensei­gné en tant qu’agrégée de lettres jusqu’en 2008. Elle est pré­si­dente de Poésie sur tout et rédac­trice de la revue 7 à dire et col­la­bo­ra­trice des édi­tions Sac à mots.

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