Stanley Kunitz, virtuose du langage

Par |2022-11-07T04:57:54+01:00 3 novembre 2022|Catégories : Essais & Chroniques, Stanley Kunitz|

Présen­ta­tion et tra­duc­tion Alice-Cather­ine Carls

Stan­ley Kunitz (1905 — 2006) fut l’un des grands poètes améri­cains du XXe siè­cle tant par sa longévité que par les hon­neurs qui recon­nurent son tal­ent. Entre sa pre­mière pub­li­ca­tion en 1930 et Pass­ing Through: The Lat­er Poems, New and Select­ed qui lui val­ut le  Nation­al Book Award for poet­ry à l’âge de 90 ans,  il fut nom­mé 22e poète con­sul­tant de la Library of Con­gress de 1974 à 1976 pour deux années con­séc­u­tives, puis 10e poète lau­réat des États-Unis en 2000. Ces deux hon­neurs suprêmes qui font des lau­réats les ambas­sadeurs de la poésie, le virent tou­jours en activ­ité à l’âge de 95 ans.

Son ser­vice comme poète-con­sul­tant et comme poète lau­réat de la Bib­lio­thèque du Con­grès à un quart de siè­cle de dis­tance, nous don­nent la mesure de la per­son­ne qu’il fut, et de son influ­ence sur la scène lit­téraire des États-Unis. Mais son influ­ence de men­tor et de mod­èle pour des cen­taines de jeunes poètes se fit égale­ment sen­tir à tra­vers deux organ­i­sa­tions de poètes-en-rési­dence qu’il fon­da: en 1968, le Fine Arts Work Cen­ter de Province­town, Mass­a­chus­sets, puis en 1976 le Poets’ House de New York. Ces deux insti­tu­tions sont tou­jours aujourd’hui de floris­santes pépinières de tal­ent, dans la tra­di­tion du poète qui con­sid­érait la poésie comme “le témoignage le plus indélé­bile des aven­tures de l’esprit.”

Stan­ley Kunitz lit The lay­ers, The Poet­ry Breaks.

Les nom­breux hon­neurs qui vin­rent couron­ner sa car­rière ne peu­vent effac­er une tra­jec­toire qui com­mença dans les dif­fi­cultés. De mère lithuani­enne et de père russe étab­lis aux États-Unis à la fin du XIXe siè­cle, Stan­ley Kunitz souf­frit de l’antisémitisme qui lui fer­ma l’accès à un doc­tor­at en let­tres à Har­vard. Soli­taire dans ses pre­mières années d’écriture poé­tique, voguant à con­tre-courant des modes, inspiré par le con­tenu méta­physique de John Donne et George Her­bert, son pre­mier appui lui fut offert par Yad­do à la fin des années 1920.

Ce pro­gramme de rési­dence pour les artistes fondé par un mécène en 1900 et dévoué aux expéri­ences artis­tiques, d’inspiration égal­i­taire et inter­na­tion­al­iste, sup­por­t­ant les artistes en sit­u­a­tion de fragilité poli­tique, aida Stan­ley Kunitz à pub­li­er son pre­mier livre, Intel­lec­tu­al Things, en 1930. Objecteur de con­science et paci­fiste, il servit pen­dant la Sec­onde guerre mon­di­ale dans une unité non-com­bat­tante de 1943 à 1945, puis enseigna de col­lège en uni­ver­sité pen­dant plusieurs années. Le suc­cès vint en 1959, date à laque­lle son troisième vol­ume, Select­ed Poems 1928–1958 fut couron­né par le Prix Pulitzer. En 1971, dans sa soix­ante-qua­trième annéee, il pub­lia The Test­ing-Tree où se trou­vent plusieurs poèmes dédiés à son père, dont “Le por­trait,” une référence au sui­cide de ce dernier. En 1985 il changeait de ton pour célébr­er la nature, Next-to-Last Things: New Poems and Essays. Auteur de 10 vol­umes de poésie, une pro­duc­tion jugée mod­este, il ne pub­li­ait que les poèmes qu’il con­sid­érait achevés et jetait tous ses brouil­lons. Auteur de dix vol­umes, une col­lec­tion mod­este selon cer­tains, Stan­ley Kunitz dis­ait en 1979 non sans humour que la rai­son pour laque­lle il avait tou­jours quelque chose à dire, est qu’il n’écrivait des poèmes que quand il en sen­tait le besoin urgent. De vivre en poésie était pour lui l’équivalent esthé­tique d’une prise de posi­tion poli­tique. Autre prise de posi­tion esthé­tique, plusieurs de ses recueils rassem­blaient des poèmes déjà pub­liés en y ajoutaient une poignée de nou­veaux poèmes. 

Ceci mon­tre non l’absence d’inspiration, mais au con­traire, la volon­té pour le poète de soulign­er la con­ti­nu­ité de sa ligne poé­tique, d’établir le rythme bâtis­seur de ses tran­si­tions, imposant de lire son oeu­vre poé­tique à tra­vers toutes les péri­odes de sa longue car­rière de 75 ans.

Dans une vie si pleine de nom­breuses respon­s­abil­ités poé­tiques d’activiste, d’enseignant, et d’administrateur, Stan­ley Kunitz trou­va le temps de vivre et de faire ce qu’il aimait et ce en quoi il croyait. 

Stan­ley Kunitz, Touch me, Poet­ry Everywhere.

Tra­duc­teur de poésie russe (Ivan Drach, Andrei Voz­ne­sen­sky, Anna Akhma­to­va), édi­teur de la col­lec­tion poé­tique de Yale Uni­ver­si­ty Press, mem­bre du jury de nom­breux prix de poésie, il se vit décern­er la Médaille nationale des Arts en 1993, et fut pen­dant de nom­breuses années Chance­li­er de l’Académie des Poètes améri­cains et mem­bre de l’Académie Améri­caine des Arts et Lettres.

Toutes ces activ­ités ne lui firent pas oubli­er sa voca­tion de jar­dinier, et il était aus­si célèbre pour son jardin de bord de mer de Province­town que pour ses poèmes. Par­mi ses dis­tinc­tions, il faut citer le prix Peace Abbey Courage of Con­science qui lui fut décerné en 1998 pour avoir con­tribué à la libéra­tion de l’esprit humain par sa poésie. Enfin, il faut citer son tra­vail de sou­tien des librairies, tout d’abord comme édi­teur de la Wil­son Library Bul­letin entre 1928 et 1943, par lequel il cri­ti­quait la cen­sure pra­tiquée par les bib­lio­thèques. Un de ses arti­cles inspi­ra une Charte des Droits qui sert tou­jours à l’Association améri­caine des bib­lio­thé­caires de doc­u­ment fon­da­teur de la lib­erté intel­lectuelle des bibliothèques.

La poésie de Stan­ley Kunitz est tout d’abord un témoignage sur lui, car, comme toute bonne poésie, elle nous ren­voie la sen­si­bil­ité du poète à tra­vers laque­lle nous pou­vons sen­tir ce qui le préoc­cupe et com­ment il voit le monde. Stan­ley Kunitz fut un chroniqueur de son temps, de son envi­ron­nement, de sa pro­priété du Con­necti­cut, et de New York. Très proche de la nature et de la mer, il les décrit avec une chaleur con­tagieuse. L’amour est aus­si un thème qui lui est cher et qu’il salue plutôt dans l’absence, la nos­tal­gie du désir. Il mêle sou­vent des références à la Bible, comme “cet autre jardin” qu’est le par­adis, le com­para­nt à son jardin lui aus­si habité par des ser­pents. Enfin, il est sen­si­ble à l’univers sonore, que ce soit le chant des cigales, la poésie d’autres poètes, ou la musique. Ancrés dans la réal­ité, ses poèmes mènent vers un autre monde, celui de l’imaginaire, de la perte, et des grands espaces, mais aus­si celui du passé, plus par­ti­c­ulière­ment celui de ses racines famil­iales. Enfant d’immigrants, il a un besoin pres­sant de trou­ver sa place dans le nou­veau monde, ce qui lui donne la lib­erté de suiv­re en pen­sées les oies cana­di­ennes migrant en automne vers les pays chauds. Son ancrage solide dans la réal­ité fait la force de ses juge­ments sur les courants poé­tiques du XXe siè­cle, qu’il lit et inter­prète de la même façon dont le touch­er d’un ser­pent lui fait sen­tir “le trem­ble­ment de la créa­tion.” Nul mieux que lui ne con­nais­sait la poésie du XXe siè­cle sur laque­lle il  por­tait un regard libérateur.

Stan­ley Kunitz lit The por­trait, The Poet­ry Breaks.

Au fil du temps, mais surtout après 1958, le style de Stan­ley Kunitz changea. D’intellectuels, ses vers dev­in­rent plus libres, plus courts, plus directs, et son lan­guage acquit ce “car­ac­tère uni­versel du mes­sage poé­tique qui révèle “l’attitude immé­di­ate et non-prob­lé­ma­tique du poète envers le lan­gage” dont par­le Jacek Gutorow dans son essai “Let­tres de Pologne : À pro­pos de la tra­duc­tion poé­tique.” (https://www.poetryinternationalonline.com/letter-from-poland-on-translating-poetry/) Cette spon­tanéité de l’expérience poé­tique est quelque chose de très rare en poésie; si le courant passe immé­di­ate­ment, cela ne rend pas la poésie “facile” pour autant et et si la tra­duc­tion est plus aisée, elle n’en demande pas moins de soins. Dans un de ses derniers entre­tiens avec Mark Wun­der­lich en 1997, Stan­ley Kunitz par­lait de ses poèmes comme “plus intimes, plus con­ver­sa­tion­nels”… “naturels, lumineux, pro­fonds, con­cis, austères.” C’est de ce dia­logue entre le moi intérieur et le quo­ti­di­en, entre la vie et la mort, de cette dif­férence entre les strates et les déchets que naît la poésie, comme le dit le poète dans “Lay­ers”. Dans un autre entre­tien avec Chris Busa en 1982, Stan­ley Kunitz cite la phrase de Paul Valéry selon laque­lle la poésie est un lan­gage dans le lan­gage, un lan­gage au-delà du lan­gage, “un méta-médi­um, métabolique, métaphorique, méta­mor­phique.” Pour lui, une oeu­vre poé­tique totale mon­tre les trans­for­ma­tions du poète et de son univers d’anecdote en légende.

Les poèmes ci-dessous ont été choi­sis pour leur vir­tu­osité lin­guis­tique. Ils provi­en­nent du vol­ume The Col­lect­ed Poems (Nor­ton, 2000, 285 p.) et sont repro­duits dans l’ordre de leur com­po­si­tion, afin de mieux mon­tr­er la pro­gres­sion du style et des thèmes chers au poète. La pen­sée philosophique qui sous-tend l’instantané leur donne une incom­pa­ra­ble flu­id­ité qui est d’autant plus dif­fi­cile à traduire que Stan­ley Kunitz emploie un lan­gage sim­ple mais capa­ble d’évoquer de nom­breuses asso­ci­a­tions. Cette danse entre les mots et la pen­sée requiert un tra­vail d’orfèvre des mots, afin de don­ner en tra­duc­tion la même sou­p­lesse et d’établir les mêmes asso­ci­a­tions tout en respec­tant l’économie des mots. Les asso­ci­a­tions faites par le poète sont tou­jours des références au monde con­cret, aux secrets de la nature et de la chimie. Cette vir­tu­osité peut ne com­pren­dre que deux vers, ou bien elle peut s’étendre sur une dizaine de vers très courts, leur césure indi­quant la flex­i­bil­ité de la pensée.

 

EAGLE 

The dwin­dling pole,
Tall per­pen­dic­u­lar in air,
Atten­u­ates to be a bird
Poised on a sphere.

No flag projects
This ten­sile grace, this nee­dle-word,
Only, in rigid atti­tude,
The ball, the bird.

Metal­lic time
Has caught an eagle, trapped the beat
Of rush­ing wings, ensnared in bronze
His taloned feet.

Invad­er of
The thun­der, nev­er will you fly
Again to pluck the blaz­ing heart.
Shall I ? Shall I ?

 

L’aigle

Le mât qui s’amenuise,
À la ver­ti­cale, en hau­teur,
S’atténue en un oiseau
Per­ché sur une sphère.

Ce n’est pas un dra­peau qui pro­jette
Cette grâce ten­due, ce mot-aigu­il­lon,
Mais, dans une pose rigide,
Une sphère, un oiseau.

Le temps du métal
A attrap­pé un aigle, piégé le bat­te­ment
Des ailes frémis­santes, coulé ses griffes
Dans le bronze.

Toi qui perces le
Ton­nerre, jamais plus ne vol­eras-tu
Pour sauver le coeur en flamme.
Et moi ? Dois-je le faire ?

∗∗

SO INTRICATELY
IS THIS WORLD RESOLVED 

So intri­cate­ly is this world resolved
Of sub­stance arched on thrust of cir­cum­stance,
The earth’s organ­ic mean­ing so involved
That none may break the pat­tern of his dance ;
Lest, devi­at­ing, he con­found the line
Of rea­son with the des­tiny of race,
And, alter­ing the per­ilous design,
Bring ruin like a rain on time and space.

Lover, it is good to lie in the sweet grass
With a dove-soft nim­ble girl. But O lover,
Lift no destroy­ing hand ; let for­tune pass
Unchal­lenged, beau­ty sleep ; dare not to cov­er
Her mouth with kiss­es by the gar­den wall,
Lest, crack­ing in bright air, a plan­et fall.

∗∗

Ce monde est agencé avec une telle finesse

Ce monde est agencé avec une telle finesse
De sub­stance lancée sur l’arc des cir­con­stances,
La sig­ni­fi­ca­tion organique de la terre est si imbriquée
Que nul ne peut bris­er le dessin de sa danse ;
Sauf si en déviant il con­fond la ligne
De la rai­son avec la des­tinée de sa race
Et, changeant le périlleux des­sein
Tel une pluie ruine le temps et l’espace.

Amant, qu’il est doux de s’étendre dans l’herbe
Avec une fille leste et douce colombe. Mais ô amant,
Ne lève pas de main meur­trière ; ne défie pas le des­tin 
Qui passe, laisse dormir la beauté ;  retiens-toi de cou­vrir
Sa bouche de bais­ers sous le mur du jardin,
Sinon une planète tombera en craquant dans la lumière.

∗∗

ORGANIC BLOOM 

The brain con­structs its sys­tems to enclose
The steady para­dox of thought and sense;
Momen­tous­ly its tis­sued mean­ing grows
To solve and inte­grate expe­ri­ence.
But life escapes closed rea­son. We explain
Our chaos into cos­mos, cell by cell,
Only to learn of some insid­i­ous pain
Beyond the lim­its of our chart­ed hell,
A guilt not men­tioned in our prayers, a sin
Con­ceived against the self. So, vast and vaster
The plas­mic cir­cles of gray dis­ci­pline
Spread out­ward o include each new dis­as­ter.
Enor­mous floats the brain’s organ­ic bloom
Till, burst­ing like a fruit, it scat­ters doom.

∗∗

Flo­rai­son organique

Le cerveau con­stru­it ses sys­tèmes pour inclure
Les solides para­dox­es de la pen­sée et des sens ;
Dont les sig­ni­fi­ca­tions tis­sées crois­sent phénomé­nale­ment
Pour résoudre et inté­gr­er l’expérience.
Mais la vie échappe à la pure rai­son. Nous expliquons
Notre chaos en cos­mos, cel­lule par cel­lule,
Mais nous ne décou­vrons qu’une insi­dieuse douleur
Au-delà des lim­ites de notre enfer cod­i­fié,
Une cul­pa­bil­ité absente de nos prières, un péché
Con­tre nous-même. Ain­si, de plus en plus large­ment
Les cer­cles plas­miques de la dis­ci­pline grise
S’étendent pour inclure chaque nou­veau désas­tre.
L’énorme flo­rai­son organique du cerveau flotte
Avant d’éclater comme un fruit et de dis­siper le désastre.

∗∗

THE APPROACH TO THEBES 

In the zero of the night, in the lip­ping hour,
Skin-time, knock­ing-time, when the heart is pearled
And the moon squan­ders its uran­ian gold,
She taunt­ed me, who was all music’s tongue,
Philosophy’s and wilderness”s breed,
Of shift­ing shape, half jun­gle — cat, half-dancer,
Night’s woman-petaled, lion-scent­ed rose,
To whom I gave, out of a hero’s need,
The dolor of my thrust, my rid­dling answer,
Whose force no less­er mor­tal knows. Dan­ger­ous ?
Yes, as ner­vous ora­cles fore­told
Who could not guess the secret taste of her.
Impos­si­ble wine! I came into the world
To fill a fate; am pun­ished by my youth
No more. What if dog-faced log­ic howls
Was it art or mag­ic mul­ti­plied my joy?
Nature has rea­sons beyond true or false.
We played like meta­physic ani­mals
Whose free­dom made our knowl­edge bold
Before the trag­ic cur­tain of the day:
I can bear the dis­hon­or now of grow­ing old.

Blind­ed and old, exiled, dis­eased, and scorned—
The verdict’s bit­ten on the brazen gates,
For the gods grant each of us his lot, his term.
Hail to the King of Thebes!—my self, ordained
To sat­is­fy the impulse of the worm,
Bemum­mied in those famous inces­tu­ous sheets,
The blood­i­est flags of nations of the curse,
To be hung from the bal­cony out­side the room
Where I encounter my most fla­grant source.
Chil­dren, grand­chil­dren, my long pos­ter­i­ty,
To whom I bequeath the spi­ders of my dust,
Believe me, what­ev­er sor­did tales you hear,
Told by physi­cians or men­da­cious scribes,
Of beard­less fol­ly, con­san­guineous lust,
Foment­ing pesti­lence, rebel­lion, war
I come pre­pared, unwant­i­ng what I see,
But tied to life. On the roy­al road to Thebes
I had my luck, I met a love­ly mon­ster,
And the story’s this: I made the mon­ster me.

∗∗

En approchant de Thèbes

Dans le zéro de la nuit, à l’heure-jonction,
Temps-peau, temps-tam­bour, où le coeur est de nacre
Et la lune gaspille son or uranien,
Elle me hêla, elle qui était la langue de la musique,
La lignée de la philoso­phie et de la jun­gle,
De forme changeante, mi-féline, mi-danseuse,
Femme-pétale de la nuit, rose au par­fum de lion,
À laque­lle je don­nai, par besoin héroïque,
La dolence de mon élan, ma réponse-devinette,
Dont aucun vil mor­tel ne con­naît le pou­voir. Dan­gereuse ?
Oui, comme le prédi­s­aient les nerveux ora­cles
Inca­pables de devin­er son arôme secret.
Vin impos­si­ble! Je suis venu au monde
Pour rem­plir un des­tin; plus ne suis-je puni par mon jeune
Âge. Qu’importe qu’une logique au vis­age de chien hurle
Était-ce l’art ou la magie qui mul­ti­pli­aient ma joie?
La nature a des raisons au-delà du vrai et du faux.
Nous avons joué tels des ani­maux méta­physiques
Dont la lib­erté enhardis­sait la con­nais­sance
Avant le trag­ique rideau du jour :
Je peux main­tenant sup­port­er le déshon­neur de vieillir.

Privé de regard et vieux, exilé, malade, bafoué –
Le ver­dict est gravé sur les portes de feu,
Car les dieux don­nent à cha­cun son lot, son terme.
Longue vie au Roi de Thèbes ! – mon moi con­sacré
Pour sat­is­faire la pul­sion du vers de terre,
Momi­fié dans les célèbres draps inces­tueux,
Les dra­peaux ensanglan­tés des nations de la malé­dic­tion
Devant être pen­dus au bal­con de la cham­bre
Où je ren­con­tre ma source la plus fla­grante.
Enfants, petits-enfants, ma longue postérité,
À qui je lègue les araignées de ma pous­sière,
Ne croyez pas les sor­dides his­toires
Racon­tées par les doc­teurs ou les scribes men­songers,
De folie imberbe, de désir con­san­guin,
Fomen­tant la pesti­lence, la révolte, la guerre,
Je viens pré­paré, sans désir­er ce que je vois,
Mais lié à la vie. Sur la route royale de Thèbes
J’ai eu ma chance, j’ai ren­con­tré un aimable mon­stre,
Et l’histoire est celle-ci : je suis devenu le monstre.

∗∗

THE PORTRAIT 

My moth­er nev­er for­gave my father
for killing him­self,
espe­cial­ly at such an awk­ward time
and in a pub­lic park,
that spring
when I was wait­ing to be born.
She locked his name
in her deep­est cab­i­net
and would not let him out,
though I could hear him thump­ing.
When I came down from the attic
with the pas­tel por­trait in my hand
of a long-lipped stranger
with a brave mous­tache
and deep brown lev­el eyes,
she ripped it into shreds
with­out a sin­gle word
and slapped me hard.
In my six­ty-fourth year
I can feel my cheek
still burning.

∗∗

Le por­trait

Ma mère ne par­don­na jamais à mon père
d’avoir mis fin à ses jours,
en par­ti­c­uli­er à un moment si mal choisi
et dans un parc pub­lic
en ce print­emps
où j’attendais de naître.
Elle enfer­ma son nom
dans son plac­ard le plus pro­fond
et refusa de l’en laiss­er sor­tir,
bien que je puisse l’entendre taper.
Quand je descendis du gre­nier
en ten­ant le por­trait au pas­tel
d’un étranger à la grande bouche
avec une brave mous­tache
et des yeux mar­ron fon­cé égaux,
elle le déchi­ra en mille morceaux
et me gifla.
Dans ma soix­ante-qua­trième année
je sens tou­jours brûler
ma joue.

∗∗

INDIAN SUMMER AT LAND’S END 

The sea­son stalls, unsea­son­ably fair,
blue-fair, serene, a stack of gold­en discs,
each disc a day, and the addi­tion slow.
I wish you were here with me to walk the flats,
toward dusk espe­cial­ly when the tide is out
and the bay turn opal, filled with rolling fire
that wash­es on the moul­der­ing wreck off­shore,
our mus­sel-vine­yard, strung with beard­ed grapes.
Last night I reached for you and shaped you there
lying beside me as we drift­ed past
the far­thest sea­marks and the watch­dog bells,
and round Long Point throb­bing its frosty light,
until we streat­ed into the open sea.
What did I know of voy­ag­ing till now?
Mean­while I tend my flock, small gold­en puffs
imper­ti­nent as wrens, with snipped-off tails,
who bounce down from the trees. High over­head,
on the track­less roads, sky­writ­ing V and yet
anoth­er V, the south­bound Cana­da express
hoots of hori­zons and distances…

∗∗

L’été indi­en au Finis-terre

La sai­son cale, belle hors-sai­son,
bleu-belle, sere­ine, pile de dis­ques dorés,
un disque par jour, l’addition est lente.
Je te souhaite à mes côtés pour arpen­ter les plaines,
en par­ti­c­uli­er au cré­pus­cule à marée basse
et quand la baie s’opalise, rem­plie d’un feu roulant
qui illu­mine l’épave pour­ris­sante au large
et notre verg­er de moules décoré de grappes bar­bues.
Hier soir j’ai ten­du la main vers toi et je t’ai for­mée là
éten­due à mon côté alors que nous dépas­sions
les fanaux du large et les cloches gar­di­ennes,
et con­tournions la Longue Pointe pul­sant sa lumière givrée,
avant de voguer en haute mer.
Que savais-je des voy­ages jusqu’à présent ?
Entre temps, je m’occupe de mon trou­peau, petites bouf­fées dorées
qui saut­ent des arbres imper­ti­nentes comme des moineaux
à la queue coupée. Haut dans le ciel,
sur des routes sans tracé, écrivant un V et encore
un autre V, l’express cana­di­en tourné vers le sud
cri­aille, par­lant d’horizons et de trajets…

∗∗

DANTE 

                    from Anna Akhmatova

Even after his death he did not return
to the city that nursed him.
Going away, this man did not look back.
To him I sing this song.
Torch­es, night, a last embrace,
out­side in her streets the mob howl­ing.
He sent her a curse from hell
and in heav­en could not for­get her.
But nev­er, in a penitent’s shirt,
did he walk bare­foot with light­ed can­dle
through his beloved Flo­rence,
per­fid­i­ous, base, and irre­me­di­a­bly home.

∗∗

Dante

            d’après Anna Akhmatova

Même après sa mort il ne revint pas
dans la ville qui l’avait vu grandir.
En par­tant, cet homme ne se retour­na pas.
C’est pour lui que je chante ce chant.
Torch­es, nuit, une dernière acco­lade,
dehors, dans ses rues, la foule hurlante.
Il lui jeta un sort d’enfer
et au ciel ne put l’oublier.
Mais jamais, ne tra­ver­sa-t-il
péni­tent, pieds nus, avec un cierge allumé,
sa Flo­rence bien-aimée,
per­fide, basse, et irrémé­di­a­ble­ment sa patrie.

∗∗

THE ARTIST 

His paint­ings grew dar­k­et every year.
They filled the walls, they filled the room;
even­tu­al­ly they filled his world—
all but the rav­ish­ment.
When voic­es fad­ed, he would rush to hear
the scratched soul of Mozart
end­less­ly in gyre.
Back and forth, back and forth,
he paced the paint-smeared floor,
dimin­ish­ing in size each time he turned,
trapped in his mon­u­men­tal void,
rav­ing against his adver­saries.
At last he took a knife in his hand
and slashed an exit for him­self
between the frames of his tall scenery.
Through the holes of his tat­tered uni­verse
the first inno­cence and the light
came pour­ing in

∗∗

L’artiste

Ses tableaux s’obscurcissaient d’année en année.
Ils rem­plis­saient les murs, ils rem­plis­saient la pièce ;
À la longue ils rem­plirent son univers —
tout sauf le ravisse­ment.
Quand les voix faib­lis­saient, il écoutait avide­ment
l’âme égratignée de Mozart
tour­bil­lon­ner sans fin.
Aller et retour, aller et retour,
il arpen­tait le planch­er taché de pein­ture,
rapetis­sant à chaque tour­nant,
attrap­pé dans son vide mon­u­men­tal,
ful­mi­nant con­tre ses adver­saires.
À la fin, il saisit un couteau
et se tail­la­da une sor­tie
entre les cadres de ses hauts paysages.
Par les trous de son univers en lam­beaux
s’engoufrèrent l’innocence pre­mière
et la lumière.

∗∗

FIRESTICKS 

Con­ju­ga­tions of the verb “to be”
asleep since Adam’s fall
wake from bad phos­phor dreams
heavy with min­er­al desire.
Earth­struck they leave
their fer­ny prints of spines
in beds of stone
and car­ry pri­vate moons
down history’s long roads,
gaudy with flags.
The one they walk behind
who’s named “”I AM”
they chose with spurts of flame
to guide them
like the pil­lar of a cloud
into the mind’s white exile.

∗∗

Les tisons

Les con­ju­gaisons du verbe “être”
qui dor­maient depuis la chute d’Adam
s’éveillent de mau­vais rêves phos­pho­reux
lourds de désir minéral.
Folles de la terre elles impri­ment
leurs échines den­telées
dans des lits de pierre
et por­tent des lunes privées
sur les longues routes de l’histoire
bar­i­olées de dra­peaux.
Celui der­rière lequel elles marchent
et qui est nom­mé “JE SUIS”
elles l’ont choisi pour ses jets de feu
tel la colonne d’un nuage
il les guidera
jusque dans l’exil blanc de l’esprit.

∗∗

THE LAYERS 

I have walked through many lives,
some of them my own,
and I am not who I was,
though some prin­ci­ple of being
abides, from which I strug­gle
not to stray.
When I look behind,
as I am com­pelled to look
before I can gath­er strength
to pro­ceed on my jour­ney,
I see the mile­stones dwin­dling
toward the hori­zon
and the slow fires trail­ing
from the aban­doned camp-sites,
over which scav­enger angels
wheel on heavy wings.
Oh, I have made myself a tribe
out of my true affec­tions,
and my tribe is scat­tered !
How shall the heart be rec­on­ciled
to its feast of loss­es ?
In a ris­ing wind
the man­ic dust of my friends,
those who fell along the way,
bit­ter­ly stings my face.
Yet I turn, I turn,
exult­ing some­what,
with my will intact to go
wher­ev­er I need to go,
and every stone on the road
pre­cious to me.
In my dark­est night,
when the moon was cov­ered
and I roamed through wreck­age,
a nim­bus-cloud­ed voice
direct­ed me:
“Live in the lay­ers,
not on the lit­ter.”
Though I lack the art
to deci­pher it,
no doubt the next chap­ter
in my book of trans­for­ma­tions
is already writ­ten.
I am not done with my changes.

∗∗

Les strates

J’ai par­cou­ru maintes vies,
cer­taines m’appartenaient,
et je ne suis pas qui j’étais
quoiqu’il reste quelque principe
d’existence que je m’efforce
de ne pas trahir.
Quand je me retourne,
car je suis for­cé de regarder
avant de pou­voir repren­dre mes forces
pour con­tin­uer mon voy­age,
je vois les moments décisifs rapetiss­er
vers l’horizon
et des feux lents mar­quer
les campe­ments aban­don­nés
sur lesquels les anges car­nassiers
s’abattent d’une aile lourde.
Oh, je me suis fait une tribu
de mes vraies affec­tions,
et ma tribu est éparpil­lée !
Com­ment le coeur acceptera-t-il
son fes­tin de pertes ?
Le vent qui se lève
me pique amère­ment le vis­age
de la pous­sière éper­due de mes amis
tombés en chemin.
Oui, je tourne, je tourne,
exul­tant quelque peu,
elle est intacte, ma volon­té d’aller
où j’ai besoin d’aller,
et chaque cail­lou du chemin
m’est pré­cieux.
Dans ma nuit la plus som­bre,
quand la lune était cachée
et que j’errrais par­mi les décom­bres,
une voix ouatée par les nim­bus
m’enjoignit:
“Vis dans les strates,
pas sur les déchets.”
Bien que me manque l’art
de le déchiffr­er,
sans aucun doute le prochain chapitre
de mon livre de trans­for­ma­tions
est déjà écrit.
Je n’ai pas fini de me transformer.

∗∗

THE SNAKES OF SEPTEMBER 

All sum­mer I heard them
rustling in the shub­bery,
out­rac­ing me from tier
to tier in my gar­den,
a whis­per among the vibur­nums,
a sig­nal flashed from the hedgerow,
a shad­ow puls­ing
in the bar­ber­ry thick­et.
Now that the nights are chill
and the annu­als spent,
I should have thought them gone,
in a tor­por of blood
slipped to the nether world
before the sick­le frost.
Not so. In the decep­tive balm
of noon, as if defi­ant of the curse
that spoiled anoth­er gar­den,
these two appear on show
through a nar­row slit
in the dense green bro­cade
of a north-coun­try spruce,
dan­gling head-down, entwined
in a brazen love-knot.
I put out my hand and stroke
the fine, dry grit of their skins.
After all,
we are part­ners in this land,
co-sign­ers of a covenant.
At my touche the wild
braid of cre­ation
trembles.

∗∗

Les ser­pents de septembre

Pen­dant tout l’été je les ai enten­dus
bruire dans les buis­sons,
me devançant de ter­rasse
en ter­rasse dans mon jardin,
un soupir dans les viornes
un signe-éclair depuis la haie,
une ombre pul­sante
dans le buis­son de berbéris.
Main­tenant que les nuits sont fraîch­es
et les annuelles desséchées,
je les aurais cru par­tis,
ayant dans la tor­peur du sang
glis­sé dans le monde souter­rain
avant le gel tran­chant.
Mais non. Dans la déce­vante tiédeur
de midi, comme défi­ant le mau­vais sort
qui jadis ruina un autre jardin,
ces deux appa­rais­sent en scène
par une étroite fente
dans la dense bro­cade verte
d’une épinette,
sus­pendus la tête en bas
dans un impu­dent noeud d’amour.
J’étends la main et caresse
le grain fin et sec de leurs peaux.
Après tout,
nous sommes parte­naires sur cette terre,
co-sig­nataires d’un pacte.
À mon touch­er la tresse
sauvage de la créa­tion
tremble.

∗∗

TOUCH ME 

Sum­mer is late, my heart.
Words plucked out of the air
some forty years ago
when I was wild with love
and torn almost in two
scat­ter like leaves this night
of whistling wind and rain.
It is my heart that’s late,
it is my song that’s flown.
Out­doors all after­noon
under a gun­metal sky
stak­ing my gar­den down,
I kneeled to the crick­ets trilling
under­foot as if about
to burst from their crusty shells ;
and like a child again
mar­veled to hear so clear
and brave a music pour
from such a small machine.
What makes the engine go ?
Desire, desire, desire.
The long­ing for the dance
stirs in the buried life.
One sea­son only,
                                 and it’s done.
So let the bat­tered old wil­low
thrash against the win­dow­panes
and the house tim­bers creak.
Dar­ling, do you remem­ber
the man you mar­ried ? Touch me,
remind me who I am.

∗∗

Touche-moi

Tardif est l’été, mon coeur.
Ces mots attrap­pés de l’air
il y a quelque quar­ante ans
alors que j’étais sauvage d’amour
et presque déchiré en deux
s’éparpillent comme les feuilles en ce soir
de vent sif­flant et de pluie.
C’est mon coeur qui est tardif,
c’est mon chant qui s’est envolé.
Dehors tout l’après-midi
sous un ciel gris métallique
à bêch­er mon jardin,
penché sur les cigales qui chan­taient
à mes pieds comme prêtes
à faire éclater leurs jus­tau­corps,
avec un émer­veille­ment d’enfant
j’entendis cette musique
si claire et si brave sor­tir
d’une si petite machine.
Qu’est-ce qui fait marcher le moteur ?
Le désir, le désir, le désir.
L’envie de danse qui
remue dans la vie souter­raine.
Une seule sai­son,
                       et c’est fini.
Alors lais­sons le vieux saule bat­tu
Frap­per con­tre les vit­res
Et la char­p­ente de la mai­son cra­quer.
Chérie, te sou­vient-il de
l’homme que tu as épousé ? Touche-moi,
rap­pelle-moi qui je suis.

Présentation de l’auteur

Stanley Kunitz

Stan­ley Jasspon Kunitz (/ˈkjuːnɪts/ ; 29 juil­let 1905 — 14 mai 2006) était un poète améri­cain. Il a été nom­mé poète lau­réat con­sul­tant en poésie auprès de la Bib­lio­thèque du Con­grès à deux repris­es, d’abord en 1974 puis en 2000.

Kunitz est né à Worces­ter, Mass­a­chu­setts, est le plus jeune de trois enfants, de Yet­ta Helen (née Jasspon) et Solomon Z. Kunitz, tous deux d’o­rig­ine russe lituanienne.

Son père, un cou­turi­er d’o­rig­ine juive russe, s’est sui­cidé dans un parc pub­lic six semaines avant la nais­sance de Stan­ley, après avoir fait fail­lite. La mort de son père aura une grande influ­ence sur sa vie.

Kunitz et ses deux sœurs aînées, Sarah et Sophia, ont été élevés par sa mère, qui arrive seule de Yash­wen, Kovno, Litu­anie en 1890 et ouvre un mag­a­sin de pro­duits secs. Yet­ta se remarie à Mark Dine en 1912. Yet­ta et Mark déposent le bilan en 1912, puis sont mis en exa­m­en par le tri­bunal de dis­trict des États-Unis pour dis­sim­u­la­tion d’ac­t­ifs. Mark Dine  décède lorsque Kunitz avait qua­torze ans. À quinze ans, Kunitz quitte la mai­son et devient assis­tant bouch­er. Plus tard, il obtient  un emploi de jeune reporter au Worces­ter Telegram, où il con­tin­ue à tra­vailler pen­dant ses vacances d’été à l’université.

Kunitz obtient en 1926 un diplôme de Har­vard Col­lege, avec une majeure en anglais et une mineure en philoso­phie, puis une maîtrise en anglais à Har­vard l’an­née suiv­ante. Il souhaite pour­suiv­re ses études en vue d’un doc­tor­at, mais l’u­ni­ver­sité lui répond que les étu­di­ants anglo-sax­ons n’aimeraient pas avoir pour pro­fesseur un juif.

Après Har­vard, il tra­vaille comme reporter pour le Worces­ter Telegram, puis comme rédac­teur pour la H. W. Wil­son Com­pa­ny à New York. Il a ensuite fondé et édité le Wil­son Library Bul­letin et a com­mencé les Author Bio­graph­i­cal Stud­ies. Kunitz épouse Helen Pearce en 1930. Ils divor­cent en 1937. En 1935, il démé­nage à New Hope, en Penn­syl­vanie où il se lie d’ami­tié avec Theodore Roethke. Il épouse Eleanor Evans en 1939 ; ils ont une fille Gretchen en 1950. Kunitz divorce d’E­leanor en 1958.

Chez Wil­son Com­pa­ny, Kunitz est co-édi­­teur de Twen­ti­eth Cen­tu­ry Authors, entre autres ouvrages de référence. En 1931, sous le nom de Dil­ly Tante, il édite Liv­ing Authors, a Book of Biogra­phies. Ses poèmes com­men­cent à paraître dans Poet­ry, Com­mon­weal, The New Repub­lic, The Nation et The Dial.

Pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale, il est appelé sous les dra­peaux en 1943 en tant qu’ob­jecteur de con­science et, après avoir suivi trois fois la for­ma­tion de base, il sert comme non-com­­bat­­tant à Grave­ly Point, dans l’É­tat de Wash­ing­ton, au sein de l’Air Trans­port Com­mand, en charge de l’in­for­ma­tion et de l’é­d­u­ca­tion. Il refuse une com­mis­sion et est réfor­mé avec le grade de sergent-chef.

Après la guerre, il entame une car­rière d’en­seignant péri­patéti­ci­enne au Ben­ning­ton Col­lege (1946–1949), prenant la relève de Roethke. Il a ensuite enseigné à l’U­ni­ver­sité d’É­tat de New York à Pots­dam (alors le New York State Teach­ers Col­lege à Pots­dam) en tant que pro­fesseur tit­u­laire (1949–1950 ; ses­sions d’été jusqu’en 1954), à la New School for Social Research (con­férenci­er ; 1950–1957), à l’U­ni­ver­sité de Wash­ing­ton (pro­fesseur invité ; 1955–1956), le Queens Col­lege (pro­fesseur invité ; 1956–1957), l’u­ni­ver­sité Bran­deis (poète en rési­dence ; 1958–1959) et l’u­ni­ver­sité Colum­bia (chargé de cours à l’é­cole d’é­tudes générales ; 1963–1966) avant de pass­er 18 ans comme pro­fesseur adjoint d’écri­t­ure à l’é­cole des arts de Colum­bia (1967–1985). Au cours de cette péri­ode, il a égale­ment occupé des postes de pro­fesseur invité à l’U­ni­ver­sité de Yale (1970), à l’U­ni­ver­sité Rut­gers-Cam­­den (1974), à l’U­ni­ver­sité de Prince­ton (1978) et au Vas­sar Col­lege (1981).

Après son divorce d’E­leanor, il épouse la pein­tre et poète Elise Ash­er en 1958. Son mariage avec Ash­er lui per­met de se lier d’ami­tié avec des artistes comme Philip Gus­ton et Mark Rothko.

La poésie de Kunitz a été large­ment saluée pour sa pro­fondeur et sa qual­ité. Il a été le poète lau­réat de l’É­tat de New York de 1987 à 1989[16] et a con­tin­ué à écrire et à pub­li­er jusqu’à l’an­née de son cen­te­naire, en 2005. Beau­coup con­sid­èrent que le sym­bol­isme de sa poésie est influ­encé de manière sig­ni­fica­tive par le tra­vail de Carl Jung. Kunitz a influ­encé de nom­breux poètes du XXe siè­cle, notam­ment James Wright, Mark Doty, Louise Glück, Joan Hut­ton Lan­dis et Car­olyn Kizer.

Pen­dant la majeure par­tie de sa vie, Kunitz a partagé son temps entre New York et Province­town, dans le Mass­a­chu­setts. Il aimait jar­diner et entrete­nait l’un des plus impres­sion­nants jardins de bord de mer de Province­town. Il y a égale­ment fondé le Fine Arts Work Cen­ter, où il était un pili­er de la com­mu­nauté lit­téraire, comme il l’é­tait de la Poets House à Manhattan.

Il a reçu le prix Peace Abbey Courage of Con­science à Sher­born, dans le Mass­a­chu­setts, en octo­bre 1998, pour sa con­tri­bu­tion à la libéra­tion de l’e­sprit humain à tra­vers sa poésie.

Il est décédé en 2006 à son domi­cile de Man­hat­tan. Il avait déjà frôlé la mort et s’est exprimé sur cette expéri­ence dans son dernier livre, un recueil d’es­sais inti­t­ulé The Wild Braid.

 

© Crédits pho­tos (sup­primer si inutile)

Bibliographie

Poésie

The Wild Braid: A Poet Reflects on a Cen­tu­ry in the Gar­den (2005).
The Col­lect­ed Poems of Stan­ley Kunitz (NY: W. W. Nor­ton & Com­pa­ny, 2000).
Pass­ing Through, The Lat­er Poems, New and Select­ed (NY: W. W. Nor­ton & Com­pa­ny, 1995) — lau­réat du Nation­al Book Award.
Next-to-Last Things: New Poems and Essays (1985).
The Well­fleet Whale and Com­pan­ion Poems.
The Ter­ri­ble Thresh­old.
The Coat with­out a Seam.
The Poems of Stan­ley Kunitz (1928–1978) (1978).
The Test­ing-Tree (1971).
Select­ed Poems, 1928–1958 (1958).
Pass­port to the War (1944).
Intel­lec­tu­al Things (1930).

Autres écrits et interviews

Con­ver­sa­tions with Stan­ley Kunitz (Jack­son, MS: Uni­ver­si­ty Press of Mis­sis­sip­pi, Lit­er­ary Con­ver­sa­tions Series, 11/2013), Edit­ed by Kent P. Ljungquist.
A Kind of Order, A Kind of Fol­ly : Essays and Con­ver­sa­tions.
Inter­views and Encoun­ters with Stan­ley Kunitz (Riverdale-on-Hud­­son, NY : The Sheep Mead­ow Press, 1995), pub­lié par Stan­ley Moss.

Edition — traductions

The Essen­tial Blake.
Orchard Lamps by Ivan Drach.
Sto­ry under full sail by Andrei Voz­ne­sen­sky.
Poems of John Keats.
Poems of Akhma­to­va by Max Hayward.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Stanley Kunitz, virtuose du langage

Présen­ta­tion et tra­duc­tion Alice-Cather­ine Carls Stan­ley Kunitz (1905 — 2006) fut l’un des grands poètes améri­cains du XXe siè­cle tant par sa longévité que par les hon­neurs qui recon­nurent son tal­ent. Entre sa […]

mm

Alice-Catherine Carls

Alice-Cather­ine Carls est pro­fesseure émérite de l’University of Ten­nessee at Mar­tin aux États-Unis. Diplômée de Paris I‑Pan­théon-Sor­bonne et Paris IV-Sor­bonne, elle est spé­cial­iste de l’histoire diplo­ma­tique, cul­turelle, et lit­téraire de l’Europe des 20e et 21e siè­cles et tra­duc­trice du polon­ais et de l’anglais améri­cain en français et du français et du polon­ais en anglais. Elle a écrit/édité/traduit trente-deux livres et env­i­ron cinq cents arti­cles, tra­duc­tions, et recen­sions pub­liés en plusieurs langues dans une douzaine de pays. Sa co-tra­duc­tion de poèmes de Krzysztof Siw­czyk, A Cal­lig­ra­phy of Days, a été final­iste du Prix Oxford-Wei­den­feld de tra­duc­tion pour 2025. Elle col­la­bore régulière­ment à plusieurs pub­li­ca­tions dont World Lit­er­a­ture Today, Recours au Poème, et Archi­wum Emigracji.
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