> Poèmes de Marilou Awiakta choisis et traduits par Alice-Catherine Carls

Poèmes de Marilou Awiakta choisis et traduits par Alice-Catherine Carls

Par | 2018-02-25T16:24:13+00:00 29 juin 2014|Catégories : Blog|

 

Goodness is its Own Reward

The good sis­ter got up ear­ly
bru­shed cin­ders from her gol­den hair,
put the ket­tle on, baked bis­cuits.
When her father pat­ted his full sto­mach,
bel­ched, and left the table without a word,
she smi­led, drea­ming her rain­bow dream.
She picked up the broom
sweep, sweep, swee­ping. . .

The bad sis­ter slept until noon.
She woke to the swish of the broom
drag­ging dust and old shoes
from under the bed.
She stret­ched and yaw­ned.
“Oh, it’s you.
Bring me my cof­fee and a bis­cuit.”
No soo­ner said than gentle hands
set them on the nights­tand.
The bad sis­ter gave a hard, hus­ky laugh.
She spent the after­noon bru­shing Musk No. 5
Into her long, black hair
and pain­ting her toe­nails red.
She wrig­gled them often, for the effect.
Once she shou­ted to the “swish” in the
next room, “Don’t for­get the doors­tep.
Somebody might drop by.”

In the eve­ning, after she’s washed dishes,
the good sis­ter wiped sweat from her upper lip.
Put on a white eye­let apron, com­bed her hair
in a gold frame around her face.
She set­tled on a stool in the chim­ney cor­ner,
smi­ling, gazing at the doors­tep. . .

When the prince came he made a bee-line
for the shi­ning in the cor­ner.
In the flat of his hand
he car­ried a crys­tal slip­per,
hand-cut Baccarat that chan­ged the fire­light
to a hun­dred rain­bows.
As he was ben­ding over
the good sister’s tired, dain­ty foot. . .
Five red-nai­led toes were thrust in his face
five wrig­gling, red kisses
and black hair fell over his head
in a mus­ky net. As it drew him up,
he twi­ned his fin­gers in the meshes.
The slip­per drop­ped into the good sister’s
lap with a thud. She sta­red at the hard laugh
that rang and fla­shed in the facets
with the bro­ken colors of her dream.

Moral :  Never be too busy
  to paint your toe­nails
  write your book,
  carve your stone, or wha­te­ver. . .

 

Un bien­fait n’est jamais per­du

                                                  d'après Perrault

 

La bonne soeur se leva à l’aube,
de ses che­veux d’or secoua la cendre,
mit l’eau à chauf­fer et le pain au four.
Quand son père tapo­ta sa panse rebon­die,
rota et quit­ta la table sans un mot,
elle sou­rit depuis son rêve d’arc-en-ciel.
Elle prit son balai et
balaya, balayant, balaya. . .

La méchante soeur dor­mit tard.
Elle ouvrit l’oeil au son du balai
qui remuait pous­sière et savates
des­sous son lit.
Elle s'étira et baîl­la.
"Oh, c'est toi.
Apporte-moi mon café et une tar­tine."
Aussitôt dit que de douces mains
les posaient sur la table de nuit.
La méchante soeur fut secouée d’un rire dur.
L'après-midi elle bros­sa lon­gue­ment de musc
sa che­ve­lure noire,
et se ver­nit les ongles de pied en rouge.
Elle en joua beau­coup, pour l'effet.
Elle cria au balayage dans la
pièce voi­sine, "N'oublie pas le seuil.
On pour­rait pas­ser nous voir."

Le soir, la vais­selle finie,
la bonne soeur essuya sa lèvre en sueur,
mit un blanc tablier ajou­ré, et coif­fa
ses che­veux en un casque d’or.
Elle s'assit au coin de l’âtre
sou­riante, inter­ro­geant le seuil. . .

Le prince se diri­gea droit
vers la lueur du recoin,
Dans la paume de sa main
il por­tait une pan­toufle de cris­tal,
un pur Baccarat taillé main qui iri­sait
le feu de cent arcs-en-ciel.
Il se pen­chait sur
le mignon pied fati­gué quand. . .
cinq orteils cloués de rouge
lui atter­rirent sous le nez,
cinq rouges bai­sers remuants.
Un noir filet mus­qué lui cou­la
sur la tête. Happé,
il enfouit ses doigts dans les mèches.
La pan­toufle tom­ba sour­de­ment
dans le giron de la bonne soeur.
Elle regar­da le cris­tal réson­ner
du rire dur qui y pour­chas­sait
les cou­leurs bri­sées de son rêve.

Morale :
Prenez tou­jours le temps de
vous ver­nir les ongles
écrire votre livre
sculp­ter votre pierre ou autre . . .

Computer Oubliette

(based on a news sto­ry)

In City Jail
is a cell.
In the cell
a man.
In the man
a fear,
dark as the shaft
he once saw in
a French dun­geon.
Oubliette,
the for­get­ting place –
a shaft too deep
to see human bones
the guide said
lay at the bot­tom.

A woman shouts
at the war­den,
“I know my husband’s here !
For six months
I been tel­lin’ you
I was in this very room
when the cops took him in.
I know he’s here.
He is here!”
“Lady, the com­pu­ter
says he isn’t.
Forget it.”

May 21, 1999

 

Oubliette élec­tro­nique

(basé sur un fait divers)

A la pri­son
est une cel­lule.
Dans la cel­lule
un homme.
Dans l'homme
une peur,
noire comme la fosse
qu'il a vue un jour
dans un don­jon en France,
une oubliette
lieu d'oubli
fosse trop pro­fonde
pour voir les osse­ments
qui d’après le guide
gisaient au fond.

Une femme crie
au geô­lier,
"Je sais que mon mari est ici !
Depuis six mois
que je vous le dis,
J'étais ici, dans cette pièce
quand les flics l'ont pris.
Je sais qu'il est ici.
Il est ICI!"

"Ma bonne dame,
l'ordinateur dit
qu'il n'est pas là.
Laissez tom­ber!"

21 mai 1999

 

 

 

The Real Thing

 

                                                          For Berenice

We’re the most exclu­sive
Indian shop in New York City.
We only sell the real thing.”
Coyote-smooth, the man
lured a covey of cus­to­mers
to where he held up a wea­ving
thee feet by two.
“This rug is genuine Navajo.
You know it by the tiny flaw
they always leave
to let the evil spi­rit out.”
“Ah. . .” sighed the covey
and lea­ned clo­ser.

Behind them a buck­shot laugh
explo­ded
scat­te­red thoughts
   tur­ned heads
toward a black-hai­red
four-square woman.
“I am Navajo,” she said.
“My fami­ly makes rugs.
When I was a child
I her­ded our sheep,
hel­ped Mother clean the wool.
Grandma spun and wove it.
We don’t leave a flaw
‘to let the evil spi­rit out.’
We leave it to show
what’s made by humans
can’t be per­fect.
Only the Great Spirit
makes per­fect things.”

The covey sta­red
blank
  silent
then clo­sed back
to their smooth com­fort –
“As I was saying. . .
This rug is genuine Navajo.
You know it by the tiny flaw
they always leave
to let the evil spi­rit out.”

 

De l’authentique

                                               Pour Bérénice

"Nous avons le maga­sin Indien
le plus hup­pé de New York.
Nous ne ven­dons que de l’authentique."
Onctueux comme un coyote, l'homme
atti­rait une volée de clients
en déployant un tapis
de trois pieds sur deux.
"Ce tapis est un authen­tique Navaho.
On le voit au minus­cule défaut
qu'ils laissent tou­jours
pour faire sor­tir le démon."
"Ah. . ." sou­pi­ra le groupe
en se pen­chant.

Derrière eux un rire de che­vro­tine
explo­sa
   cou­pa les idées
        Fit tour­ner les têtes
vers une femme tra­pue
aux che­veux noirs.
"Je suis Navaho, dit-elle.
Ma famille fait des tapis.
Quand j'étais enfant
je gar­dais les mou­tons,
j'aidais Mère à net­toyer la laine.
Grand-mère la filait et la tis­sait.
Nous ne lais­sons pas un défaut
'pour faire sor­tir le démon.'
Nous le lais­sons pour mon­trer
que ouvrage d'homme
ne peut être par­fait.
Seul le Créateur
fait des choses par­faites."

Le groupe regar­dait
sans voir
  en silence
puis se refer­ma
sur son onc­tueux confort —
"Comme je le disais. . .
Ce tapis est un authen­tique Navaho.
On le recon­naît au minus­cule défaut
qu'ils laissent tou­jours
pour faire sor­tir le démon."

 

 

Mother Nature Sends a Pink Slip

 

To : Homo Sapiens
Re : Termination

My busi­ness is pro­du­cing life.
The bot­tom line is
you are not cost-effec­tive wor­kers.
Over the mil­len­nia, I have repea­ted­ly
cla­ri­fied my mana­ge­ment goals and objec­tives.
Your fai­lure to com­ply is well docu­men­ted.
It stems from your inabi­li­ty to be
a team player :

•  you inter­act bad­ly with co-wor­kers
•  conta­mi­nate the work­place
•  sabo­tage the machi­ne­ry
•  hold up pro­duc­tion
•  consume pro­fits
In short, you are a dis­loyal spe­cies.

Within the last decade
I have given you three war­nings :
•  made the work­place too hot for you
•  sha­ken up your home office
•  uti­li­zed plague to cut back per­son­nel
Your fai­lure to take appro­priate action
has locked these war­nings into
the Phase-Out Mode, which will result
in ter­mi­na­tion.  No appeal.

Avis de licen­cie­ment par Mère Nature
 

A : Homo Sapiens
Sujet : Licenciement

Mon occu­pa­tion est de pro­duire la vie.
Quand on va jusqu’au fond des choses
vous n’êtes pas une main d’oeuvre ren­table.
Depuis des mil­liers d’ans je ne cesse de
cla­ri­fier mes buts et objec­tifs opé­ra­tion­nels.
Votre inap­ti­tude à les suivre est bien éta­blie.
Elle vient du fait que
vous ne savez pas tra­vailler en équipe :

• vous abu­sez vos col­lègues
• pol­luez les lieux de tra­vail
• sabo­tez l’équipement
• ralen­tis­sez la pro­duc­tion
• man­gez les pro­fits
Bref, vous êtes une espèce déloyale.

Au cours des dix der­nières années
je vous ai don­né trois aver­tis­se­ments :
• j’ai sur­chauf­fé vos lieux de tra­vail
• secoué votre siège social
• fait agir la peste pour réduire le per­son­nel
Votre inca­pa­ci­té à cor­ri­ger vos erreurs
a enclen­ché ces aver­tis­se­ments sur
le mode Elimination, qui résul­te­ra
dans votre licen­cie­ment.  Sans appel.

Star Vision

As I sat against the pine one night
beneath a star-filled sky,
my Cherokee step­ped in my mind
and sud­den­ly in eve­ry tree,
in eve­ry hill and stone,
in my hand lying prone upon
the grass, I could see
each atom’s tiny star –
minute mil­lions so far-flung
so bright they swept me up
with earth and sky
in one vast expanse of light.

The moment pas­sed. The pine
was dark, the hill, the stone,
and my hand was bone and flesh
once more, lying on the grass.

Vision étoi­lée

Un soir, assise contre un pin
sous un ciel d'étoiles, je sen­tis
ma Cherokee entrer dans mon esprit
et sou­dain dans chaque arbre,
chaque col­line et chaque caillou,
dans ma main posée sur
l'herbe, je vis
la minus­cule étoile de chaque atome —
micro­sco­piques mil­lions si répan­dus
si brillants qu'ils m’enveloppaient
avec la terre et le ciel
dans une vaste clar­té.

L'instant pas­sa. Le pin
rede­vint noir, la col­line, la pierre,
et ma main d’os et de chair
à nou­veau posée sur l'herbe.

Requiem

There are no monu­ments
on the bat­tle­field of love.
No verses for the brave,
no sta­tues for the fal­len,
nothing. . .
except on damp grass
the foot­prints of chil­dren.

Verdun, 1965
   

Requiem

Il n’existe pas de monu­ments
sur les champs d’honneur de l’amour.
Ni poèmes pour les braves,
ni sta­tues pour les mortes,
rien. . .
Seule sur l’herbe humide
l’empreinte de pieds d’enfants.

Verdun, 1965

Out of Ashes Peace Will Rise

Our cou­rage
is our memo­ry.

Out of ashes
peace will rise,
if the people
are reso­lute.
If we are not
reso­lute,
we will vanish.
And out of ashes
peace will rise.

In the Four Directions. . .
Out of ashes peace will rise.
Out of ashes peace will rise.
Out of ashes peace will rise.
Out of ashes peace will rise.

Our cou­rage
is our memo­ry.

Des cendres naî­tra la paix

Notre cou­rage
est notre mémoire.

Des cendres
naî­tra la paix,
si les gens
sont réso­lus.
Si nous ne sommes pas
réso­lus,
nous dis­pa­raî­trons.
Et des cendres
naî­tra la paix.

Aux quatre points car­di­naux. . .
Des cendres naî­tra la paix
Des cendres naî­tra la paix
Des cendres naî­tra la paix
Des cendres naî­tra la paix

Notre cou­rage
est notre mémoire.