Good­ness is its Own Reward

The good sis­ter got up early
brushed cin­ders from her gold­en hair,
put the ket­tle on, baked biscuits.
When her father pat­ted his full stomach,
belched, and left the table with­out a word,
she smiled, dream­ing her rain­bow dream.
She picked up the broom
sweep, sweep, sweeping…

The bad sis­ter slept until noon.
She woke to the swish of the broom
drag­ging dust and old shoes
from under the bed.
She stretched and yawned.
“Oh, it’s you.
Bring me my cof­fee and a biscuit.”
No soon­er said than gen­tle hands
set them on the nightstand.
The bad sis­ter gave a hard, husky laugh.
She spent the after­noon brush­ing Musk No. 5
Into her long, black hair
and paint­ing her toe­nails red.
She wrig­gled them often, for the effect.
Once she shout­ed to the “swish” in the
next room, “Don’t for­get the doorstep.
Some­body might drop by.”

In the evening, after she’s washed dishes,
the good sis­ter wiped sweat from her upper lip.
Put on a white eye­let apron, combed her hair
in a gold frame around her face.
She set­tled on a stool in the chim­ney corner,
smil­ing, gaz­ing at the doorstep…

When the prince came he made a bee-line
for the shin­ing in the corner.
In the flat of his hand
he car­ried a crys­tal slipper,
hand-cut Bac­carat that changed the firelight
to a hun­dred rainbows.
As he was bend­ing over
the good sister’s tired, dain­ty foot…
Five red-nailed toes were thrust in his face
five wrig­gling, red kisses
and black hair fell over his head
in a musky net. As it drew him up,
he twined his fin­gers in the meshes.
The slip­per dropped into the good sister’s
lap with a thud. She stared at the hard laugh
that rang and flashed in the facets
with the bro­ken col­ors of her dream.

Moral:  Nev­er be too busy
  to paint your toenails
  write your book,
  carve your stone, or whatever…

 

Un bien­fait n’est jamais perdu

                                                  d’après Per­rault

 

La bonne soeur se leva à l’aube,
de ses cheveux d’or sec­oua la cendre,
mit l’eau à chauf­fer et le pain au four.
Quand son père tapota sa panse rebondie,
rota et quit­ta la table sans un mot,
elle sourit depuis son rêve d’arc-en-ciel.
Elle prit son bal­ai et
bal­aya, bal­ayant, balaya…

La méchante soeur dor­mit tard.
Elle ouvrit l’oeil au son du balai
qui remuait pous­sière et savates
dessous son lit.
Elle s’éti­ra et baîlla.
“Oh, c’est toi.
Apporte-moi mon café et une tartine.”
Aus­sitôt dit que de douces mains
les posaient sur la table de nuit.
La méchante soeur fut sec­ouée d’un rire dur.
L’après-midi elle brossa longue­ment de musc
sa chevelure noire,
et se ver­nit les ongles de pied en rouge.
Elle en joua beau­coup, pour l’effet.
Elle cria au bal­ayage dans la
pièce voi­sine, “N’ou­blie pas le seuil.
On pour­rait pass­er nous voir.”

Le soir, la vais­selle finie,
la bonne soeur essuya sa lèvre en sueur,
mit un blanc tabli­er ajouré, et coiffa
ses cheveux en un casque d’or.
Elle s’as­sit au coin de l’âtre
souri­ante, inter­ro­geant le seuil…

Le prince se dirigea droit
vers la lueur du recoin,
Dans la paume de sa main
il por­tait une pan­tou­fle de cristal,
un pur Bac­carat tail­lé main qui irisait
le feu de cent arcs-en-ciel.
Il se pen­chait sur
le mignon pied fatigué quand…
cinq orteils cloués de rouge
lui atter­rirent sous le nez,
cinq rouges bais­ers remuants.
Un noir filet musqué lui coula
sur la tête. Happé,
il enfouit ses doigts dans les mèches.
La pan­tou­fle tom­ba sourdement
dans le giron de la bonne soeur.
Elle regar­da le cristal résonner
du rire dur qui y pourchassait
les couleurs brisées de son rêve.

Morale:
Prenez tou­jours le temps de
vous vernir les ongles
écrire votre livre
sculpter votre pierre ou autre …

Com­put­er Oubliette

(based on a news story)

In City Jail
is a cell.
In the cell
a man.
In the man
a fear,
dark as the shaft
he once saw in
a French dungeon.
Oubliette,
the for­get­ting place –
a shaft too deep
to see human bones
the guide said
lay at the bottom.

A woman shouts
at the warden,
“I know my husband’s here!
For six months
I been tellin’ you
I was in this very room
when the cops took him in.
I know he’s here.
He is here!”
“Lady, the computer
says he isn’t.
For­get it.”

May 21, 1999

 

Oubli­ette électronique

(basé sur un fait divers)

A la prison
est une cellule.
Dans la cellule
un homme.
Dans l’homme
une peur,
noire comme la fosse
qu’il a vue un jour
dans un don­jon en France,
une oubliette
lieu d’oubli
fos­se trop profonde
pour voir les ossements
qui d’après le guide
gisaient au fond.

Une femme crie
au geôlier,
“Je sais que mon mari est ici!
Depuis six mois
que je vous le dis,
J’é­tais ici, dans cette pièce
quand les flics l’ont pris.
Je sais qu’il est ici.
Il est ICI!”

“Ma bonne dame,
l’or­di­na­teur dit
qu’il n’est pas là.
Lais­sez tomber!”

21 mai 1999

 

 

 

The Real Thing

 

                                                          For Berenice

“We’re the most exclusive
Indi­an shop in New York City.
We only sell the real thing.”
Coy­ote-smooth, the man
lured a cov­ey of customers
to where he held up a weaving
thee feet by two.
“This rug is gen­uine Navajo.
You know it by the tiny flaw
they always leave
to let the evil spir­it out.”
“Ah…” sighed the covey
and leaned closer.

Behind them a buck­shot laugh
exploded
scat­tered thoughts
   turned heads
toward a black-haired
four-square woman.
“I am Nava­jo,” she said.
“My fam­i­ly makes rugs.
When I was a child
I herd­ed our sheep,
helped Moth­er clean the wool.
Grand­ma spun and wove it.
We don’t leave a flaw
‘to let the evil spir­it out.’
We leave it to show
what’s made by humans
can’t be perfect.
Only the Great Spirit
makes per­fect things.”

The cov­ey stared
blank
  silent
then closed back
to their smooth comfort –
“As I was saying…
This rug is gen­uine Navajo.
You know it by the tiny flaw
they always leave
to let the evil spir­it out.”

 

De l’authentique

                                               Pour Bérénice

“Nous avons le mag­a­sin Indien
le plus hup­pé de New York.
Nous ne ven­dons que de l’authentique.”
Onctueux comme un coy­ote, l’homme
atti­rait une volée de clients
en déploy­ant un tapis
de trois pieds sur deux.
“Ce tapis est un authen­tique Navaho.
On le voit au minus­cule défaut
qu’ils lais­sent toujours
pour faire sor­tir le démon.”
“Ah…” soupi­ra le groupe
en se penchant.

Der­rière eux un rire de chevrotine
explosa
   coupa les idées
        Fit tourn­er les têtes
vers une femme trapue
aux cheveux noirs.
“Je suis Nava­ho, dit-elle.
Ma famille fait des tapis.
Quand j’é­tais enfant
je gar­dais les moutons,
j’aidais Mère à net­toy­er la laine.
Grand-mère la filait et la tissait.
Nous ne lais­sons pas un défaut
‘pour faire sor­tir le démon.’
Nous le lais­sons pour montrer
que ouvrage d’homme
ne peut être parfait.
Seul le Créateur
fait des choses parfaites.”

Le groupe regardait
sans voir
  en silence
puis se referma
sur son onctueux confort –
“Comme je le disais…
Ce tapis est un authen­tique Navaho.
On le recon­naît au minus­cule défaut
qu’ils lais­sent toujours
pour faire sor­tir le démon.”

 

 

Moth­er Nature Sends a Pink Slip

 

To: Homo Sapiens
Re: Termination

My busi­ness is pro­duc­ing life.
The bot­tom line is
you are not cost-effec­tive workers.
Over the mil­len­nia, I have repeatedly
clar­i­fied my man­age­ment goals and objectives.
Your fail­ure to com­ply is well documented.
It stems from your inabil­i­ty to be
a team player:

•  you inter­act bad­ly with co-workers
•  con­t­a­m­i­nate the workplace
•  sab­o­tage the machinery
•  hold up production
•  con­sume profits
In short, you are a dis­loy­al species.

With­in the last decade
I have giv­en you three warnings:
•  made the work­place too hot for you
•  shak­en up your home office
•  uti­lized plague to cut back personnel
Your fail­ure to take appro­pri­ate action
has locked these warn­ings into
the Phase-Out Mode, which will result
in ter­mi­na­tion.  No appeal.

Avis de licen­ciement par Mère Nature
 

A: Homo Sapiens
Sujet: Licenciement

Mon occu­pa­tion est de pro­duire la vie.
Quand on va jusqu’au fond des choses
vous n’êtes pas une main d’oeuvre rentable.
Depuis des mil­liers d’ans je ne cesse de
clar­i­fi­er mes buts et objec­tifs opérationnels.
Votre inap­ti­tude à les suiv­re est bien établie.
Elle vient du fait que
vous ne savez pas tra­vailler en équipe:

• vous abusez vos collègues
• pol­luez les lieux de travail
• sabotez l’équipement
• ralen­tis­sez la production
• mangez les profits
Bref, vous êtes une espèce déloyale.

Au cours des dix dernières années
je vous ai don­né trois avertissements:
• j’ai sur­chauf­fé vos lieux de travail
• sec­oué votre siège social
• fait agir la peste pour réduire le personnel
Votre inca­pac­ité à cor­riger vos erreurs
a enclenché ces aver­tisse­ments sur
le mode Elim­i­na­tion, qui résultera
dans votre licen­ciement.  Sans appel.

Star Vision

As I sat against the pine one night
beneath a star-filled sky,
my Chero­kee stepped in my mind
and sud­den­ly in every tree,
in every hill and stone,
in my hand lying prone upon
the grass, I could see
each atom’s tiny star –
minute mil­lions so far-flung
so bright they swept me up
with earth and sky
in one vast expanse of light.

The moment passed. The pine
was dark, the hill, the stone,
and my hand was bone and flesh
once more, lying on the grass.

Vision étoilée

Un soir, assise con­tre un pin
sous un ciel d’é­toiles, je sentis
ma Chero­kee entr­er dans mon esprit
et soudain dans chaque arbre,
chaque colline et chaque caillou,
dans ma main posée sur
l’herbe, je vis
la minus­cule étoile de chaque atome –
micro­scopiques mil­lions si répandus
si bril­lants qu’ils m’enveloppaient
avec la terre et le ciel
dans une vaste clarté.

L’in­stant pas­sa. Le pin
redevint noir, la colline, la pierre,
et ma main d’os et de chair
à nou­veau posée sur l’herbe.

Requiem

There are no monuments
on the bat­tle­field of love.
No vers­es for the brave,
no stat­ues for the fallen,
nothing…
except on damp grass
the foot­prints of children.

Ver­dun, 1965
   

Requiem

Il n’existe pas de monuments
sur les champs d’honneur de l’amour.
Ni poèmes pour les braves,
ni stat­ues pour les mortes,
rien…
Seule sur l’herbe humide
l’empreinte de pieds d’enfants.

Ver­dun, 1965

Out of Ash­es Peace Will Rise

Our courage
is our memory.

Out of ashes
peace will rise,
if the people
are resolute.
If we are not
resolute,
we will vanish.
And out of ashes
peace will rise.

In the Four Directions…
Out of ash­es peace will rise.
Out of ash­es peace will rise.
Out of ash­es peace will rise.
Out of ash­es peace will rise.

Our courage
is our memory.

Des cen­dres naî­tra la paix

Notre courage
est notre mémoire.

Des cen­dres
naî­tra la paix,
si les gens
sont résolus.
Si nous ne sommes pas
résolus,
nous disparaîtrons.
Et des cendres
naî­tra la paix.

Aux qua­tre points cardinaux…
Des cen­dres naî­tra la paix
Des cen­dres naî­tra la paix
Des cen­dres naî­tra la paix
Des cen­dres naî­tra la paix

Notre courage
est notre mémoire.
 

mm

Alice-Catherine Carls

For­mée en Sor­bonne aux let­tres et civil­i­sa­tions alle­mande et polon­aise, tit­u­laire d’un Doc­tor­at d’Histoire des Rela­tions Inter­na­tionales de Paris I, Alice-Cather­ine Carls est actuelle­ment Tom Elam Dis­tin­guished Pro­fes­sor of His­to­ry à l’Université de Ten­nessee à Mar­tin où elle enseigne depuis 1992 l’Histoire mon­di­ale, européenne, et con­tem­po­raine. Elle col­la­bore régulire­ment et/ou fait par­tie du comité de rédac­tion de plusieurs revues et est mem­bre du jury du Céna­cle européen de Poésie, Arts, et Let­tres. Elle partage ses activ­ités entre la recherche his­torique, les tra­duc­tions lit­téraires (du polon­ais et de l’anglais améri­cain en français et du polon­ais et du français en anglais améri­cain), et les arti­cles de cri­tique lit­téraire. Elle a été pub­liée en polon­ais, alle­mand, anglais, et français ; en Hon­grie, Pologne, Alle­magne, Suisse, France, Bel­gique, et aux Etats-Unis.

Ses livres com­por­tent une étude his­torique sur la Ville Libre de Dantzig en 1938–1939, et une his­toire de l’Europe au XXème siè­cle, Europe from War to War, 1914–1918 (Rout­ledge, 2018). Elle col­la­bore régulièr­ere­ment aux revues “World Lit­er­a­ture Today,” “Poésie Pre­mière,” “Le Jour­nal des Poètes,” et « Recours au Poème. » Elle a fait con­naître en français la poésie de nom­breux poètes améri­cains, amérin­di­ens, et polon­ais, dont Stu­art Dybek, Mar­ilou Awiak­ta, Charles Wright, et Ren Pow­ell. Elle a pub­lié plusieurs vol­umes de tra­duc­tions en français (Stephen D. Carls, Józef Wit­tlin, Joan­na Pol­laków­na, Anna Fra­jlich, Jan Kochanows­ki, et Alek­sander Wat), et a intro­duit aux Etats-Unis l’oeuvre de Claude Michel Cluny, Maria Maïlat, Hélène Dori­on, et Marc Alyn.