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LA POÉSIE ENDOCRINIENNE

Par | 2018-05-21T03:10:05+00:00 19 avril 2013|Catégories : Blog|

 

année 1934
après la mort de sa pro­tec­trice
qui pen­dant 40 ans
a sou­te­nu son tra­vail d’écrivain
et son enga­ge­ment poli­tique,
vieux et seul, le prix Nobel W.B. Yeats
com­men­çait à souf­frir d’une ten­sion éle­vée
et d’un cœur affai­bli, au point presque
de mettre en ques­tion son élan créa­tif :

mais Yeats, ce mys­tique
qui voyait avec sus­pi­cion
tout aspect imper­son­nel de la science
a enten­du par­ler quelque part de la der­nière
cure de jou­vence et à l’opprobre de ses amis
a déni­ché à Londres, à Harley Street,
un sexo­logue aus­tra­lien
qui au prin­temps de la même année
réa­li­sa sur lui l’opération Steinach
(sorte de vasec­to­mie, tes­tée à Vienne,
qui devait lui faire retrou­ver ses pul­sions affai­blies).

l’opération a réus­si, selon toute vrai­sem­blance,
car William confiait, non sans fier­té,
dans les lettres à ses amis
que son désir sexuel était reve­nu
et qu’il était tom­bé amou­reux de la jeune et talen­tueuse
poé­tesse Margot Ruddock
qui n’avait alors que 27 ans
contre les 69 de son âge mûr.

les Dublinois cyniques l’ont immé­dia­te­ment
sur­nom­mé vieux glan­do­mat.
néan­moins, W.B. s’est remis à écrire
des poèmes et c’est ce qui comp­tait.
un de ces nou­veaux poèmes
qui porte le titre Pulsion
(ou Eperon)
dit :

Tu crois qu’il est ter­rible dans la vieillesse
de s’adonner à la furie et la luxure
alors qu’elles n’asservirent guère ma jeu­nesse
et seuls main­te­nant à faire des poèmes m’inspirent.

William bien­tôt édi­tait aus­si
le Oxford Book of Modern Verse
et com­men­ça à œuvrer à la nou­velle édi­tion de sa Poésie com­plète
avec tant d’énergie, comme s’il avait signé
 — disent les témoins – un nou­veau bail avec la vie !
il n’est mort que cinq ans plus tard
d’une crise car­diaque
 — of all places
sur la Côte d’Azur.

 

 

–  tra­duit du croate par Suzanna Matvejević

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