> L’Année des fleurs de sophora

L’Année des fleurs de sophora

Par | 2018-05-24T21:18:08+00:00 16 juin 2012|Catégories : Critiques|

Sur la page de gauche, les carac­tères chi­nois. Un autre monde. Un autre uni­vers. Sur celle de droite, la tra­duc­tion signée Emmanuelle Péchenart. Comment passe-t-on de l’un à l’autre uni­vers ? Une gageure. Pour le lec­teur s’entend. Meng Ming est né en 1955, en Chine, mais il vit en France depuis 1989. La date parle d’elle-même. Le poète a été publié dans la revue dis­si­dente Jintian. À l’époque, le prin­temps parais­sait vou­loir renaître en Chine. C’était avant la répres­sion, et son accep­ta­tion pour cause de par­te­na­riat éco­no­mique. Shangaï et ses miracles valent bien sans doute l’oubli de cer­tains prin­cipes écrits aux fron­tons de nos ins­ti­tu­tions, et le sacri­fice de poètes. Quelle impor­tance les poètes, quelle impor­tance la poé­sie ? De prime abord, L’Année des fleurs de sopho­ra ne dit pas cette sorte de colère. Mais ce n’est qu’une appa­rence, sous la plume du poète en exil, né sous la coupe d’un pou­voir tota­li­taire et ami de démo­cra­ties vir­tuelles, le simple poème, le poème tout sim­ple­ment est une colère. La poé­sie, c’est l’acte ori­gi­nel de la résis­tance au monde fana­ti­sé dans lequel nous vivons, ce monde de la dic­ta­ture des « crois­sants » à tout prix, y com­pris à celui de la vie. Vu de là, peu importe qu’il y ait encore des vivants. Les poèmes publiés dans ce volume ont été écrits entre 1987 et 2010. Ils parlent de la vie quo­ti­dienne, des amis empri­son­nés et dis­pa­rus, de l’exil, de la nature. De choses simples. Ils sont doux. Ils parlent de ce monde qui entre 1987 et 2010 est deve­nu le nôtre. Il y a en effet… un monde entre ces deux dates.

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