> Le Jour où nous avons appris la mort…

Le Jour où nous avons appris la mort…

Par |2018-08-15T07:45:22+00:00 9 juin 2012|Catégories : Blog|

Le Jour où nous avons appris la mort de « Lady » Holiday             

 

Il est 12h20 à New York ven­dre­di après-midi
Trois jours après le Quatorze Juillet, oui,
L’an 1959 et je vais visi­ter le stand du cireur de chaus­sures
Puisque je vais prendre le train qui part a 4h19
Pour des­cendre à Easthampton à 7h15 et aller diner
Chez les gens qui me feront bouf­fer là-bas alors que je ne les connais pas

Je monte la rue humide sous les pre­miers coups de soleil
Et je gri­gnote un ham­bur­ger avec un milk-shake et j’achète
Un numé­ro de New World Writing pour savoir ce qu’écrivent les poètes
Du Ghana ces jours-ci.
     Je conti­nue jusqu’à la banque
Où Miss Stillwagon (pré­nom Linda d’après ce que l’on m’a dit)     
Ne véri­fie même pas le solde de mon compte 
Et à la librai­rie THE GOLDEN GRIFFIN je hume un peu de Verlaine
Honneur à Patsy avec des­sins de Bonnard quoiqu’en réflé­chis­sant
À Hésiode, tra­duc­tion de Richard Lattimore, ou
La nou­velle pièce de Brendan Behan ou Le Balcon ou Les Nègres
De Genet, mais je décide que non, je conti­nue à lire Verlaine
Tout en m’endormant presque en m’interrogeant sur le sens ce ses poèmes
En hon­neur à Mike je me pro­mène avec non­cha­lance jusqu’au PARK LANE
Magasin de vins et de spi­ri­tueux où je com­mande une bou­teille de Strega et
Ensuite je rebrousse che­min jusqu’à la Sixième Avenue
Et le tabac ins­tal­lé dans le théâtre Ziegfield et
Avec non­cha­lance je com­mande une car­touche de Gauloises et une car­touche
De Picayunes, et le NEW YORK POST où son image est publiée en Une

Et je com­mence à suer comme un bœuf et je pense à
M’appuyer sur la porte du WC du Club 5 SPOT
Pendant qu’elle mur­mure une chan­son              
À Mal Wandron qui l’accompagnait au pia­no
Et tous on avait le souffle cou­pé d’un coup

 

Traduction en fran­çais du poème ori­gi­nal en anglais,  « The Day Lady Died » (1964), par Elizabeth Brunazzi (2012), relue par Matthieu Baumier

Reproduction de la tra­duc­tion en fran­çais par per­mis­sion d’Elizabeth Brunazzi et Matthieu Baumier.

X