> L’état actuel des choses (extrait 2)

L’état actuel des choses (extrait 2)

Par | 2018-02-22T07:37:18+00:00 28 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

dans le sai­sis­se­ment de l’angoisse il y a cette ten­sion extrême de tous les muscles comme pour rete­nir l’effondrement du monde –

tou­jours et encore retrou­ver une assise sans s’y ins­tal­ler tout l’art d’exister on a beau le savoir il s’agit tou­jours à tout moment d’être à même de se marier à la moindre seconde c’est une ques­tion d’amour et seule­ment d’amour comme de plon­ger dans un bain gla­cé comme de sen­tir – dans le sai­sis­se­ment du froid – le souffle chaud de son haleine comme de se tenir à la limite où cela ne rompt pas comme mou­rir et renaître cela apprend et réap­prend comme de pas­ser à autre chose mal­gré la las­si­tude qui énerve mal­gré l’irritable ennui la fatigue en se lais­sant glis­ser absor­ber bien mal­gré soi trans­por­ter par la concen­tra­tion du monde qui sur­vient tout d’un coup et redonne un libre souffle sans même qu’il faille s’en rendre compte c’est une mer­veille comme ces risques que l’on ne peut pas ne pas prendre sinon c’est plus que mena­çant ne pas recu­ler aller jusqu’à s’avancer s’avancer c’est atti­rant c’est ter­ri­fiant c’est plus fort cela ne s’évite pas on sait inti­me­ment que l’on n’en meurt pas comme de faire chaque chose en la fai­sant vrai­ment mar­cher en mar­chant sou­rire en sou­riant donne une ampleur qui ras­sure juste comme il faut se com­prendre comme une réponse pos­sible mais perdre le fil de ses pen­sées et lais­ser ain­si place à l’idée qui se fixe para­lyse c’est dans le domaine de l’effrayant tout aus­si effrayant un cer­tain bouillon­ne­ment s’épaissit par­fois s’il ne trouve le bon rythme une pen­sée chasse l’autre et l’on se retrouve sans rien l’équilibre se cherche et ne se trouve pas de pen­sées en pen­sées comme par paliers tout autour de soi se cherche et n’est plus sen­sible c’est un tour­billon qui gagne il y a eu et il y a et il y aura tant d’êtres à secou­rir en pleine nuit seuls dans le sen­ti­ment de la nuit que seule la nuit peut secou­rir avec l’allant de ce qui reste se sou­te­nant indis­tinct – si là ils pou­vaient entendre – le jour où se res­sent la pos­si­bi­li­té de ne peut-être plus jamais se sen­tir capable de mar­cher dans la rue comme un vacille­ment vers le bas inar­rê­table arrive la plus simple des illu­mi­na­tions toute la force qui se donne à tout moment sans en avoir l’air sans jamais rien deman­der en retour une fois arri­vé jusque là on devrait s’en retour­ner avec un cœur den­sé­ment à jamais débor­dant et y croire et faire plus qu’y croire sans plus se lais­ser démen­tir par des riens tout se donne tout d’un coup pour ne pas se dis­per­ser ne pas craindre d’être brus­qué déran­gé per­tur­bé trou­blé brouillé inquié­té – par quoi – car comme avant et autre­ment rien ne sera jamais plus comme avant – ins­tal­ler toute la dis­tance d’une sau­vage rete­nue ne pour­ra rien contre le sen­ti­ment aus­si peu cou­pable que dérai­son­nable à bien y réflé­chir si spon­ta­né qu’ici et main­te­nant le monde ne fasse qu’un tour sur lui-même et que tout change en un regard quelle impuis­sance devrait empê­cher d’y croire du moment que l’impatience et le mou­ve­ment du cœur se confondent à ne faire qu’un là le monde entier le monde en son entier le sen­tir se ras­sem­bler de toute part sen­tir là ensemble tous les êtres vivants et morts sen­tir tout le pas­sé se ramas­ser dans la consis­tance cohé­rente de l’instant sen­tir l’avenir s’ouvrir ce n’est pas un rêve même le temps d’un ins­tant qui dure­rait moins long­temps que le plus petit temps pos­sible c’est comme une prière qui se répé­te­rait à l’infini la Raison maté­rielle aura tou­jours rai­son et ramè­ne­ra toutes choses à la rai­son pour que parce que rien ne lui échap­pe­ra et elle se véri­fie­ra tou­jours et encore dans le moindre détail et sou­met­tra et don­ne­ra tort et encore tort quoi qu’il puisse arri­ver por­te­ra ses coups sans jamais se lais­ser adou­cir tou­cher un cœur qu’elle n’a pas embras­sé c’est l’embrasser s’en remettre à l’innocente inso­lence qui relève de l’avenir qui sait ce qu’il en advien­dra cela n’en finit pas à ne plus en finir il suf­fi­rait seule­ment d’y croire de ne pas en dou­ter quelle que soit la seule pro­fon­deur de soi exi­gée cela ne tient à rien l’avenir en répond tout y consent tout un monde en dépend il y va du monde dont nous répon­dons cela nous appar­tient

tout comme au pre­mier jour
du pre­mier jour

 

L'état actuel des choses (édi­tions Al Manar, 2012)
 

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