> L’oubli, la trace de Jacques Sommer

L’oubli, la trace de Jacques Sommer

Par |2018-10-15T23:41:46+00:00 30 juin 2014|Catégories : Blog|

L’œuvre lit­té­raire et poé­tique de Jacques Sommer s’est ins­tal­lée dou­ce­ment, dis­crè­te­ment, dans le pay­sage intel­lec­tuel fran­çais, depuis son roman Les Seuils (Albin Michel, 1974) jusqu’à cet autre roman, Le meurtre, paru en 2013 chez Pierre-Guillaume de Roux, en pas­sant par La Prose d’Aubervilliers, poème paru chez Dumerchez en 1996. Et comme sou­vent, les œuvres qui s’installent dis­crè­te­ment, comme avec assu­rance, sur­gissent d’un coup devant les regards, appa­rais­sant pour ce qu’elles sont : des œuvres fortes et vraies, loin des flon­flons redon­dants du court terme dit « lit­té­raire ». Il y a beau­coup d’écrivains, beau­coup de poètes. Fort peu d’œuvres. Et à cela aucune idéo­lo­gie vir­tuelle ne pour­ra jamais rien. Tout être humain n’est pas ani­mé d’un démon, au sens socra­tique du terme évi­dem­ment.

L’oubli, la trace a paru en 2012 dans la col­lec­tion Les Rares des édi­tions Alexipharmaque, emme­nées par l’écrivain Arnaud Bordes. Une col­lec­tion où l’on peut aus­si lire deux immenses écri­vains, vision­naires et trop mécon­nus : Camille Mauclair et Jean Parvulesco. Ce nou­vel ensemble poé­tique de Jacques Sommer est comme un pro­lon­ge­ment de l’ouvrage enta­mé dans La Prose d’Aubervilliers, sur le plan de la forme d’écriture : le poète se « pro­me­nait » dans la ville d’Aubervilliers autre­fois, il se « pro­mène » ici dans l’œuvre du pho­to­graphe Gilles Desrozier. L’oubli, la trace, ce qui reste quand tout semble ne plus être là. Apparences. La trace, cela même qui reste est le plus impor­tant, le plus vivace, ce qui est en pro­fon­deur, creu­sé par le sillon. C’est pour­quoi nous ne devons pas craindre le moderne, lequel pré­tend être un abou­tis­se­ment tan­dis qu’il n’est en réa­li­té qu’une minus­cule bribe pro­vi­soire de l’histoire de la vie. Comme tout ce qui navigue en sur­face. Ce qui compte vrai­ment, c’est ce qui se trame en pro­fon­deur. Et c’est pour­quoi la poé­sie, mal­gré les appa­rences, demeure un fon­de­ment.

Qui est Jacques Sommer, écri­vain et poète à ce point dis­cret que l’on ne trouve pas trace de lui, en ces temps où dit-on l’oubli est impos­sible, par la volon­té de google ? Peu importe. Ce qui compte ce sont les traces et ici elles font œuvre :

 

Le feu abs­trait
d’elles
quels noms
a-t-il lais­sés   

 

et plus loin :

 

Proche alors
est la pré­sence
en la per­cep­tion
sou­dain
de la claire énigme

 

« Les mondes enchan­tés sont devant nous mais nous ne savons pas les voir car ils sont ense­ve­lis ou endor­mis, et nous ne pos­sé­dons pas le sésame pour les inven­ter ou les éveiller. Le vrai poète, lui, pos­sède cette facul­té qua­si magique », écri­vait Michel Marmin, en 2012, au sujet de Jacques Sommer. Cela est juste et dit clai­re­ment ce que sont cet oubli et cette trace.

 

Sur un autre livre récent de Jacques Sommer, Le meurtre, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, l’émission Un livre, un jour d’Olivier Barrot (France 3).

 

Pour faire connais­sance avec les édi­tions Alexipharmaque :

http://​alexi​phar​maque​.eu/

 

De Jacques Sommer, on lira avec pro­fit des proses parues dans le numé­ro 134 de la NRF (mars 1979) sous le titre La Mare.

 

 

 

X