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Maeve on a Gap Year

Par | 2018-05-21T03:18:37+00:00 18 août 2014|Catégories : Blog|

 

In Valparaiso, we are drunk again on Pisco sours.
Smoke curls sil­ver fos­sils round my tongue.
My jaw clicks emp­ty Os of smoke to the stars
from my lungs. I tap ash and lick
syl­lables of Spanish like salt from lips.
Later, I hun­ger for food I can­not name.
We tumble into a  night café, where you feed me
pale pota­toes, boi­led to a shine, with len­gua — boi­led tongue.
You wait for me to gri­mace like the other grin­go girls.
I smile. 
I know the taste, the shape of a dead tongue in my mouth,
strong muscle meat, grey, hea­vy. I cut a chunk.
The root is thi­cker, tou­gher than I remem­ber,
rich with buried nerves. When it slides down my throat,
I think of home, of scrub­by grass turn to cud on tongues,
of weeds, of thorns, of furze. I think of torn hands
sta­cking stones into walls to keep bul­locks in and rai­ders out.
I think of the syl­lables and for­got­ten words that sit in the spaces
bet­ween grey rocks, bet­ween grey clouds, bet­ween grey drops.
I think of the fran­tic low moan of the cow who calls her calf back.
I've never been so far from home. 
No. I’ve never been so close.
I turn to you and ask for more.

 

*

 

Maeve au cours d’une année saba­tique

 

A Valparaison, on est de nou­veau ivre avec des Pisco-citron.
la fumée boucle en fos­siles d’argent autour de ma langue.
Ma mâchoire clique des O de fumée vides vers les étoiles
depuis mes pou­mons. Je secoue la cendre et lèche
des syl­labes d’espagnol comme du sel sur des lèvres.
Plus tard, j’ai faim d’aliments que je ne puis nom­mer.
On s’affale dans un café de nuit, où tu me nour­ris de
pâles patates, brillantes d’avoir bouilli, avec de la len­gua – langue bouillie.
Tu attends que je gri­mace comme les autres filles grin­go.
Je sou­ris
Je connais le goût, la forme d’une langue morte dans ma bouche,
viande d’un muscle puis­sant, grise, lourde. Je coupe une bou­chée.
La racine est plus épaisse, plus coriace que dans mon sou­ve­nir,
riche de nerfs enfouis. Quand elle glisse dans ma gorge,
je pense à la mai­son, à l’herbe rabou­grie rumi­née sous les langues,
au chien­dent, aux épines, aux ajoncs. Je pense aux mains lacé­rées
empi­lant les pierres en murs pour gar­der les bœufs et éloi­gner les voleurs.
Je pense aux syl­labes et aux mots oubliés qui demeurent dans les espaces
entre les pierres grises, entre les nuages gris, entre les gouttes grises.
Je pense au grave mugis­se­ment affo­lé de la vache rap­pe­lant son veau.
Je n’ai jamais été si loin de la mai­son.
Non. Je n’ai jamais été si proche.
Je me tourne vers toi et en rede­mande.

 

(tra­duc­tion Marilyne Bertoncini)
 

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