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NEIGES

Par | 2018-02-25T04:22:49+00:00 8 juin 2013|Catégories : Blog|

 

I

Une pluie d’automne
s’abat sur Paris
ce soir du début d’octobre
et les feuilles d’un arbre
pris entre les pavés
tombent d’un coup dans la nuit
comme les flo­cons dorés
des hivers anciens.

II

Que se pas­se­rait-il si se pro­dui­sait
le silence — une nuit une neige
la lumière accrue ?

La lune de l’hiver était noire et avec
le froid les étoiles sem­blaient briller
plus inten­sé­ment que d’habitude.

Le vent n’agitait plus que fai­ble­ment
les branches des arbres.
On n’entendait pas d’autres bruits
en cette heure tar­dive
que les cris de quelques bêtes.

Le len­de­main matin j’espérais la neige :
le ciel, tra­ver­sé de nuages légers
dif­fu­sait cette lumière propre à l’hiver.

Il tom­ba bien quelques flo­cons — mais épars,
comme les mots des paroles soli­taires —
et avant même que blan­chissent les flaques
gelées une pluie s’est mêlée à la neige.

III

Voici main­te­nant la pre­mière neige :
ce saule qui de ses feuilles pro­tège
encore la terre et abrite ses odeurs
sau­ra-t-il pour l’enfant de l’été tar­dif
être sa paume de som­meil et d’abondance ?

IV

Quelques brins d’herbe jaune épar­pillés
sous la lumière cou­leur de gui : l’équivalent
des flo­cons de neige bien­tôt chan­gés en pluie.

L’heure tourne. Le nuage qui se déchire
laisse paraître un rien de bleu entendre
l’un au nord, l’autre au sud, un avion, un oiseau.

V

Que sont nos joies quand nous ne devons nos peines
qu’au vide ? Où est l’espoir sinon dans la neige
qui tombe avant l’aube et couvre len­te­ment
rues, quais, rails, che­mins, arbres et toits – la neige
qui se sou­lève au pas­sage du train
et se mêle à la fumée du feu qui couve
dans le jar­din triste où dorment les plantes ?
Où est l’espoir sinon dans cette eau de rivière
deve­nue verte par l’effet du ciel
qui s’éclaircit et de février qui s’achève ?

VI

Ses mots, ses phrases tra­duisent l’égarement
la perte ; sor­tant de l’hôpital on entend
un carillon qui sonne à un clo­cher : trois notes
un soir dans la ville indif­fé­rente et noire.

Un soir – le pre­mier soir de la fin de l’hiver –
monte ce sen­ti­ment impos­sible à nom­mer
– en mar­chant le long d’un jar­din quand change
après les pluies la lumière à l’horizon
des toits, des arbres – qu’il y a des signes :
pour­quoi un ins­tant s’avivent les odeurs,
s’assemblent reflets et feux – tant de vigueur ani­male ?

Lumières blanches dans la nuit abso­lu­ment
noire : ce pre­mier jour de mars tombe une neige
fra­gile. Que les conver­sa­tions s’interrompent
qu’un peu de silence accom­pagne ce silence
des flo­cons – frag­ments de nuage entre ciel et terre.

(Comme des larmes coulent jusque dans les rêves.)

VII

Cette année
c’est sous une étrange lumière – une absence
en fait de lumière que le ceri­sier
fleu­rit : un ciel gris, un brouillard d’étuve
mais froid comme si allait tom­ber une neige
grise et le soir quand le ciel s’assombrit
c’est depuis les fleurs que se déploie la lumière.