> Parcourir l’Atlas, suivi de Géographie intime des bords de mer, Jean-Luc Le Cléac’h

Parcourir l’Atlas, suivi de Géographie intime des bords de mer, Jean-Luc Le Cléac’h

Par |2018-08-16T06:50:15+00:00 12 décembre 2013|Catégories : Blog|

Comparer un atlas à un livre de poé­sie : il faut s’appeler Jean-Luc Le Cléac’h pour l’écrire en pré­am­bule au mer­veilleux livre qu’il vient d’écrire. « L’atlas se par­court comme un recueil de poé­sie : aux conti­nents, aux mon­tagnes – blocs de textes, strophes mas­sives – répondent les mers et les océans qui évoquent le « blanc » dont s’entoure l’écriture poé­tique ».

Voilà qui est dit. L’auteur peut donc prendre son bâton de pèle­rin et nous entraî­ner – à sa suite – dans une décou­verte inédite des cartes de géo­gra­phie et des atlas. Inédite, car on ne connaît pas d’auteurs qui se soient enga­gés, de cette manière, sur ce ter­rain-là (si l’on excepte le grand géo­graphe Elisée Reclus). Car de quoi s’agit-il ? De voir dans l’atlas, comme le dit Jean-Luc Le Cléac’h, « un objet de clar­té » qui « accroît la com­pré­hen­sion, l’intelligence du monde où nous vivons ».

Dans l’atlas, Le Cléac’h est « sen­sible à ces noms qui résonnent comme des œuvres musi­cales ou des titres de poèmes ». Et de citer, par exemple, « le golfe d’Ostrobotnie », « le désert de Takalamakan » ou encore « la dor­sale de Lomonossov ». L’atlas est « un bon­heur élé­men­taire », dit-il encore, « un bon­heur fait de papier, de cou­leurs, de formes ». Il s’émerveille et se laisse aller à des douces rêve­ries, jusqu’à éta­blir des ana­lo­gies entre l’épiderme humain et la sur­face de la terre.

Plus pro­fon­dé­ment encore, la carte et l’atlas « ren­voient », selon lui, « à la réa­li­té du monde (…) à son épais­seur irré­fu­table, à une époque où domine la tyran­nie de l’apparence ». On com­prend donc  l’effroi de l’auteur à l’idée que la carte et l’atlas puissent un jour deve­nir exclu­si­ve­ment vir­tuels.

Car Jean-Luc Le Cléac’h ne se contente pas de par­cou­rir des yeux l’atlas ou la carte de ran­don­née. Il a cette der­nière dans sa poche pour ses virées au long cours dans les ter­roirs de France ou le long des côtes de Bretagne. Sa Géographie intime des bords de mer, qui pro­longe son regard d’esthète sur les atlas, illustre avec bon­heur cet art de la contem­pla­tion qu’il cultive che­min fai­sant. Sur l’estran, dans la ria, dans la vasière, dans l’estuaire, ou, tout sim­ple­ment au bord d’une mare d’eau de mer. Il parle de tout cela avec fer­veur depuis son pays natal, la Cornouaille.

 Dans cette manière si par­ti­cu­lière de s’approprier le monde, l’auteur retrouve le tro­pisme des écri­vains voya­geurs qui voient dans la ran­don­née autre chose que des kilo­mètres à par­cou­rir. On pense à Michel Jourdan, Jacques Brosse ou Yves Leclair. Sans oublier Denise Le Dantec, voya­geuse immo­bile sur l’Ile Grande. Comme elle, Le Cléac’h fouille dans l’infiniment petit sur le sable ou dans la laisse de mer. Mais c’est pour mieux nous don­ner la mesure exacte du vaste monde. « Il n’est pas inter­dit, il est même bon par­fois, de se sen­tir n’être qu’un point minus­cule sur terre », note l’auteur. Sensation notam­ment res­sen­tie en baie d’Audierne quand il arpente « plu­sieurs dizaines de kilo­mètres de sable fin et de galets lisses sur le haut des plages ». C’est « la peau du monde qu’il explore ». Celle que les atlas « excellent à nous res­ti­tuer ».

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