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Poètes français et marocains, anthologie

Par | 2018-02-19T08:52:29+00:00 27 avril 2013|Catégories : Critiques|

A l'heure de l'hégémonie atlan­tique, cette hégé­mo­nie qui monte le sud contre le nord, cette hégé­mo­nie qui élève la base contre l'élite, cette hégé­mo­nie qui impose un modèle de jus­tice euro­péenne d'abord, occi­den­tale ensuite, n'ayant plus rien à voir avec la jus­tice ayant eu cours dans nos contrées méri­dio­nales, le pro­jet de Nasser-Edine Boucheqif est ambi­tieux et, l'air de rien, monte un sen­tier peu bat­tu.

Il vient de ras­sem­bler dans une antho­lo­gie des poètes fran­çais et maro­cains, fai­sant un signe dis­cret à une idée qui avait l'air d'avoir de l'avenir, et dont on n'entend plus par­ler, l'idée d'Union médi­ter­ra­néenne. Pourtant, les bava­rois sont, qu'ils le veuillent ou non, des médi­ter­ra­néens, et c'est vite enter­rer l'avenir poli­tique de cette mémoire ancienne que de vou­loir tout miser sur un pro­jet euro­péen à la mémoire volon­tai­re­ment courte.

Comme l'explique Nasser-Edine Boucheqif dans sa pré­face : "La poé­sie peut soi­gner, édu­quer la sen­si­bi­li­té et l'esprit, elle exprime les frus­tra­tions et les refou­le­ments de l'inconscient col­lec­tif et elle en indique aus­si les remèdes, à savoir la recherche du sens et l'appréhension glo­bale des ensembles, la recons­truc­tion de la per­sonne et du carac­tère à tra­vers une redé­cou­verte constante de la liber­té. La poé­sie est la clef de l'interprétation des cultures et des civi­li­sa­tions, l'expression de leur san­té et de leur méta­bo­lisme, elle est la pierre de touche de leurs ins­pi­ra­tions, elle consti­tue déjà dans une culture une véri­table indi­ca­tion".

Nous avons besoin, peuple fran­çais et peuple maro­cain asso­ciés, de nous bai­gner dans le calme et la séré­ni­té qui pré­si­dèrent à la grande parole poé­tique, celle que tente de nous arra­cher la tachy­car­die contem­po­raine nous rédui­sant à nous mou­voir dans cette vie en êtres schi­zo­phrènes, déliés de nos aspi­ra­tions pro­fondes, éloi­gnés de la recherche du Bien qui est l'une des véri­tables mis­sions de notre pré­sence en ce ver­sant de la vie. Le tra­vail opé­ré par Boucheqif relève de cette néces­si­té : offrir au lec­teur une aire, l'aire du poème, comme l'aire de la séré­ni­té où se croisent aus­si des inquié­tudes et des révoltes, mais sur le rythme du Dit du poème, la séré­ni­té l'emporte sur la tachy­car­die.

Ainsi qua­rante poètes maro­cains et qua­rante poètes fran­çais forment ce paque­bot, qui est un voyage.

Un aper­çu de cette antho­lo­gie, en quelques mots ? Nous y trou­vons deux magni­fiques psaumes de Gérard Bocholier, les poèmes épris de clar­té de Pascal Boulanger, la sen­sua­li­té chez Lamia Seifedine, le souffle de Jean-Pierre Faye, les très beaux poèmes maro­cains de Youssef Lzarak, la fra­ter­ni­té de Jean-Pierre Védrines, la dou­leur étouf­fée de Mohamed Miloud Gharrafi, la hié­ra­tique pro­so­po­pée d'André Ughetto, la voix lapi­daire de Abd-Edine Hamouch, la voix nou­velle de Pascale Trück, la révolte de Fatima Akjouj, la haute ins­pi­ra­tion de Nohad Salameh, la beau­té déro­bée au secret de Marc Alyn, le regard pro­phé­tique de Matthieu Baumier, le para­dis sur le bout de la langue de Gwen Garnier-Duguy.

Nous atten­dons les autres volumes avec impa­tience. 

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