> Prière

Prière

Par | 2018-02-25T20:41:05+00:00 5 octobre 2014|Catégories : Blog|

Seigneur : offre-moi des sui­ci­dés  
le calme du visage satis­fait    
le cou­rage avec lequel il saluent le vide
tous les refus des ren­dez-vous
que l’amour leur a impo­sé dans l’oubli des rues  
et s’il te plaît, n’oublie pas
ce bai­ser empoi­son­né au chlo­ro­forme
Accorde-moi une place dans son ciel déchi­ré
Et si tu peux  
offre-moi une mort moins héroïque
sans notes en bas de page.

 

Poème tra­duit de l’espagnol (Colombie) par Rémy Durand

 

 

Plegaria

Señor : dame  de los sui­ci­das
la pla­ci­dez del ros­tro satis­fe­cho
el arro­jo con que  salu­dan al vacío
toda  nega­ti­va  a las citas  
que el amor les impu­so en el des­cui­do de la calle 
y  por favor, no se te olvide
aquel  beso enve­ne­na­do de clo­ro­for­mo
Concédeme parte en  el  cie­lo des­gar­ra­do
Y si te es posible
confór­mame con una muerte menos heroi­ca 
sin notas expli­ca­ti­vas a pie de pági­na.

Prière

Par | 2018-02-25T20:41:05+00:00 15 juillet 2012|Catégories : Blog|

 

Si un jour, aux der­niers ins­tants de ma vie, je dois expier les péchés de la magni­fique jeu­nesse, son outre­cui­dance radieuse, ses rires ouverts, son ingé­nue mal­veillance, sa démarche de des­pote, ses déci­sions sans scru­pule, ses obs­ti­na­tions et ses dédains, – et que ces puis­sants méfaits de l’irréflexion viennent plai­der contre moi, veuillez, ô Destin, oppo­ser à ces images d’un crime ravis­sant toutes les détresses de votre créa­ture ! Évoquez sa patience suf­fo­cante, sa consta­ta­tion du mal­heur lente et sûre comme l’envahissement d’un insi­dieux venin, les tem­pêtes de l’esprit et du corps, com­pri­mées par de faibles mains appuyées sur un cœur bon­dis­sant. Considérez dans son mar­tyre spi­ri­tuel cet être qui gît les yeux clos, dis­lo­qué comme la vic­time d’un acci­dent bru­tal qui ne néces­site plus ni atten­tion ni secours. Dénombrez les coups de cou­teau de la hideuse décep­tion dans l’imagination humaine achar­née au plai­sir, qui, comme vous, est divin, robuste et créa­teur. Auscultez ce désert son­geur où alternent le rêle et le silence. Apitoyez-vous sur la dou­leur qui appelle non seule­ment la mort, mais une mort dis­gra­ciée, et rece­vez, ô Monde, ce poids de rêve pié­ti­né dans le para­dis sans conscience de votre vaine éter­ni­té !