> Rodrigue Lavallée, Quelqu’un/Peut-être

Rodrigue Lavallée, Quelqu’un/Peut-être

Par | 2018-05-26T21:49:23+00:00 30 août 2015|Catégories : Critiques|

Le texte de Rodrigue Lavallé est celui d’une quête. Dans ce recueil au titre mys­té­rieux, à l’écriture frag­men­tée, où les vers se dis­loquent, s’arrêtent par­fois net, comme on vien­drait se fra­cas­ser au sol après la chute, la pre­mière ( et la plus grande ) des énigmes, c’est Elle.

Une femme confron­tée au vide, à la faille, en « rup­ture de la voix et des membres », absente à elle-même. Ce « si peu » qui l’habite,  l’anime (au sens latin du terme) s’étend dedans comme dehors.

On sai­sit dans les mots qu’Elle est la mère, qu’elle manque à son enfant « posé là », qui l’attend, immo­bile et oublié du monde, dont le seul repère est le rythme des départs sans retours : « elle part à cinq heures tous les jours …elle dis­pa­raît comme ça je crois chaque matin ».

Une mère éloi­gnée d’elle-même, dés­in­car­née « elle eut un corps avant la chute », dont on se demande si elle a exis­té. Le titre prend alors tout son sens. Quelqu’un, secret, indé­fi­ni, peut-être…

Entre cette mère et son enfant, l’amour est là, mais le point de ren­dez-vous n’a pas été trou­vé. Le silence règne : «  juste qu’elle n’entend d’autre voix que la sienne et jamais son pré­nom d’une pièce à une autre des appar­te­ments blancs ». Le vide des lieux la ramène à celui de son ventre : « ce vide au ventre/​alors  en faire son lit ».

On ne lui en vou­dra pas de ce gouffre en elle, autour d’elle, per­due dés l’enfance «  petite dernière/​ un peu fra­gile ». Et ce que l’auteur enfant ne com­pre­nait pas, il l’évoque avec la dou­leur du fils qui sai­sit l’abîme a pos­te­rio­ri : « savait pas/​ trop petit pour ».

Tout au long du texte, il la cherche, rêve d’atteindre le « Pays de retour », « visage de ma mère/​érodé par le temps /​… jamais si proche non jamais/​si loin ».

Mais le lec­teur plonge, avec le texte, dans le constat ter­rible de la mort irrat­tra­pable, pro­lon­geant sans pitié le manque et l’absence.  Le livre de Rodrigue Lavallé refer­mé, on a le cœur ser­ré, la tête pleine de ques­tions ( sans réponses). On a lu un texte fort, cruel et nos­tal­gique, dans lequel l’amour à la mère est, a été si vaste qu’il n’a pas encore la place pour s’étendre.

 

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