> SOAPBOX N°3 Editeur de livres d’artiste

SOAPBOX N°3 Editeur de livres d’artiste

Par | 2018-05-22T02:40:17+00:00 7 octobre 2013|Catégories : Blog|

 

Collection de lumbo  Série Passage du sud-ouest

 

~ Roberto San Geroteo, Je temmè­ne­rai en enfance, sui­vi de Matin au cor­beau, jan­vier 2012. (5 €)
~ Laurent Albarracin, Le Poirier, illus­tré par Pierre Bessompierre, février 2012. (5 euros)
~ Olivier Hervy, Revue, fron­tis­pice de Jean-Pierre Paraggio, avril 2012. (5 €)
~ Jean-Yves Bériou, Le Sanglier étour­di par la tom­bée du jour, sep­tembre 2012. (5 €)
~ Georges-Henri Morin, Les Lits clos, poèmes et des­sins de l’auteur, sep­tembre 2012. (5 €)
~ Guy Cabanel, Haïkus, décembre 2012. (5 €)
~ Ana Tot, Lamer inté­rieur, décembre 2012. (4 €)
~ Jean-Yves Bériou & Jean-Pierre Paraggio, Et on sen va, février 2013. (8 €)
~ Louis-François Delisse, À Gombo, enter­rée au cime­tière de Thiais depuis le 3 jan­vier 2011, avec quatre stèles de J.-P. Paraggio, février 2013. (8 €)
~  Guy Cabanel & Georges-Henri Morin, Les Esquilles, Juin 2013. (6 €)
~ Jacques Abeille, LOrigine des images, Juin 2013. (4€)

 

à paraître à l’automne 2013

dans la série Passage du sud-ouest

~ Pierre Peuchmaurd ~
loin de lis­bonne
un poème de 1993 réédi­té sous un fron­tis­pice de Georges-Henri Morin
5 euros, fran­co de port

 

« (…) cest tou­jours de limma­nence cachée, mais cli­gno­tante, scin­tillante, qui fait signe et qui se dévoile quand elle veut et

… quand vous pou­vez. » Pierre Peuchmaurd, 2004.

 

 

~ Ildefonso Rodríguez ~
DISOLUCIÓN DEL NOCTURNO
(edi­ciones amar­gord, colec­ción trans­atlán­ti­ca, Madrid, 2013)

 

        À la façon du rêve, l’écriture enve­loppe de peaux son objet, le déguise, le stra­ti­fie. L’auteur-lecteur d’un tel texte devra pra­ti­que­ment se trans­for­mer en paléo­graphe, expo­ser en pleine lumière des restes déjà qua­si oubliés d’une langue qui eut un jour sa propre vie. Ce livre a pous­sé comme une demeure fami­liale au cours des années, avec des rajouts, de nou­velles chambres. Uni fra­ter­nel­le­ment avec un autre livre, Son del sueño (Musique du rêve), c’est une grande dérive, le nœud inex­tri­cable de ce qui han­tait alors mes nuits. L’écheveau des rêves comme auto­bio­gra­phie, ou le simple plai­sir du retour sur les scènes d’autrefois (en dépit de la mise en garde de Delfin Prats : « Ne retournes pas là où tu fus heu­reux »). Avec des adhé­rences ici et là, une cau­se­rie lors d’une réunion de psy­cha­na­lystes, des anno­ta­tions dans le « noc­tur­nier », les films racon­tés dans El signo del gor­rión (Le signe du moi­neau). Livre de greffes, hybride, qui se dresse par­fois comme un poteau toté­mique aux nom­breuses entailles, avec de plus en plus de visages, de sil­houettes, d’événements, poly­morphe ; d’autres fois dégra­dé, sylve de lec­tures variées, un embrouilla­mi­ni, un drôle de feuille­ton. Il a emprun­té des appa­rences suc­ces­sives (même s’il a révé­lé son nom d’emblée), il a souf­fert l’oubli, puis connu un regain d’enthousiasme (à cause de ce que pointe Henri Michaux : « Il faut que je me pousse à écrire pour remar­quer à mesure qu’il (le rêve) n’est pas abso­lu­ment quel­conque»). Il s’en remet désor­mais à ce nou­veau souffle, ouvert à la géné­ro­si­té d’autres lec­tures.

 

Ildefonso Rodríguez

(4ème de cou­ver­ture tra­duit par Martine Joulia & Jean-Yves Bériou

 

«…mais le temps ne moublie pas.»*

 

Ce feuillet d’amour, d’effroi, et de mousse,
paraît au gré de nos humeurs.
Saopbox est un sou­pir de l’umbo.

Numéro 3 – 2013.
Toute cor­res­pon­dance
Jean-Pierre Paraggio, 23 rue des Princes, 31500 Toulouse   –   jeanpierreparaggio@​yahoo.​fr

 

* « Et joublie le temps, mais le temps ne moublie pas. » Annie Le Brun
En encart : un des­sin de Owen Jones, 1856.

~ Louis-François Delisse : Aile, elle, une antho­lo­gie des poèmes écrits en Afrique (« mon « livre nègre » com­po­sé de neuf recueils écrits au Niger »), Le Corridor bleu.
~ Choix de poé­sies amou­reuses des Touaregs par Louis-François Delisse, Le Corridor bleu, 2007.

~ Louis-François Delisse ~

 

      Puissance de la cen­sure, je suis res­té dans l’ignorance abso­lue du Journal de Route du nigé­rien Damouré Zika, infir­mier et adjoint de Jean Rouch à la camé­ra et aux sce­na­rii de ses meilleurs films, publié pour­tant dans la nou­velle Nouvelle Revue Française (NRF) pen­dant mes années à Niamey ; aucun de mes amis pour­tant enti­chés des auteurs de la NRF ne m’en par­lait. Et je connais­sais Damouré, par son fils, bon élève de ma classe, venu un matin froid, cou­vert de huit « bou­bous » de papa « qui est au ciné­ma à Paris chez mon­sieur la Rouche. » Mais dans mon pro­gramme de lit­té­ra­ture afri­caine ensei­gnée à Zinder à par­tir de 1970, je n’ai rien mis de Damouré Zika ! Ne vous éton­nez pas de cette puis­sance de la cen­sure qui médu­sait aus­si Guy Lévis Mano à mon endroit, mal­gré deux colonnes dans le Monde lit­té­raire sur notre « Soleil total », cou­rant 1960-61. C’est un nigé­rien qui m’a fait connaître ce Journal de Route de Damouré Zika, réédi­té par Mille et une nuit, un chef d’œuvre de l’oralité, en 2007, mais dont je n’avais pas vu une seule ligne avant ce jour !

      Et quand GLM m’a pré­sen­té à telle antho­lo­gie de la nou­velle poé­sie, j’étais refu­sé en tant que fran­co­phone dans l’une et dans celle de la fran­co­pho­nie, me dit-il, comme fran­çais. Si René Char et Henri Michaux me dirent leur admi­ra­tion pour Soleil total, per­sonne ne m’a retrou­vé l’article que Le Monde des livres lui avait offert, en 1960-61.

L.F.D., Charles Foix, Ivry-sur-Seine, 2013.

~ Damouré Zika, Journal de Route, édi­tion éta­blie par Eric Dussert aux Mille et une nuit, 2007.
~ Louis-François Delisse, Soleil total, édi­tions G.L.M., 1960. Cette édi­tion est tou­jours dis­po­nible.
~ Bessompierre ~

La valise Mexicaine

Le Manuscrit trou­vé à Saragosse est une fic­tion écrite par le comte de Potocki qui relate des his­toires extra­or­di­naires décou­vertes dans une malle dont l’origine est ancienne et incon­nue.

De nom­breuses bou­teilles lan­cées à la mer n’atteignent pas les rivages espé­rés et d’autres plus chan­ceuses abordent par­fois des côtes loin­taines. Les mes­sages qu’elles contiennent ont été écrits en d’autres temps et pour d’autres lieux. L’effet trou­blant qui résulte de leur décou­verte c’est l’absence d’indication d’un des­ti­na­taire, dans le meilleur des cas, il est juste signi­fié en exergue du mes­sage, « à celui qui trou­ve­ra ce mes­sage » .

A qui sont adres­sés ces mes­sages, ces pen­sées, ces récits, pla­cés dans des bou­teilles jetées à la mer, cachés dans de vieilles malles des coffres ou des jarres, scel­lés par­fois dans des murs, à l’abri même d’études de notaire, aban­don­nés à la course du temps et dont les des­ti­na­taires lorsque le hasard les dési­gnent sont tout à fait aléa­toires ?

Le geste est bien sûr sous-ten­du par l’idée qu’un pas­sant un pêcheur un archéo­logue trou­ve­ra le mes­sage et en fera bon usage. Mais la condi­tion préa­lable dans tous les cas c’est la des­truc­tion pos­sible, la dis­pa­ri­tion, la perte acci­den­telle, dans leur tra­jec­toire tem­po­relle ou spa­tiale, de ces objets. Ainsi rien n’est moins sûr que le suc­cès leur des­ti­na­tion. N’y a-t-il pas là une indi­ca­tion cachée que l’on s’en est remis à la divi­ni­té qui doit juger et déci­der de l’issue de l’affaire et pour les plus car­té­siens à la loi du hasard qui n’en est pas moins une façon de s’en remettre à une force sup­po­sée supé­rieure ?

On peut dès lors ima­gi­ner, inven­ter toutes sortes d’explications à ces actes de détresse, de jeu ou à ces coups de poker, même feindre le ratio­na­lisme le plus radi­cal, l’intention du geste reste de marbre devant toutes ces asser­tions dans l’évidence magique qui a conduit l’auteur du mes­sage à s’en remettre ain­si à ce qui le dépasse.

Oui on peut dès lors sup­po­ser, par un geste de déni de toute hési­ta­tion ratio­na­liste, séquelle mal­heu­reuse d’un esprit fort peu por­té par la rêve­rie, que se dis­si­mule der­rière ces faits une inten­tion un peu inavouable, tenue secrète par son odeur d’enfance incor­rup­tible comme le dirait René Char, et qui n’ose décla­rer que l’on s’adresse à la divi­ni­té, par­mi les des­ti­na­taires peu pro­bables de ces mes­sages, ou à une jus­tice au des­sus des hommes qui serait le juge et le témoin inves­ti de prendre en consi­dé­ra­tion, par des­sus l’immense béa­ti­tude de l’espèce, la détresse, l’immense soli­tude exis­ten­tielle que nul humain ne sau­rait conso­ler, tel­le­ment la condi­tion humaine qui s’y exprime est mise à nue comme la fri­ture encore étin­ce­lante des éclats de la mer l’est sur le gril.

Et c’est à cet endroit que Monsieur le Temps, dans sa grande pelisse et avec sa grosse main chaude prend le mes­sage et après l’avoir caché dans la dou­blure de son man­teau s’en va len­te­ment le por­ter vers une des­ti­na­tion que lui seul connaît, à l’exception des rêveurs et des inno­cents, en tapo­tant pater­nel­le­ment sur l’épaule de l’inquiet qui le lui a remis.

 

Et c’est peut-être ce qui est arri­vé à la valise mexi­caine lorsque le pho­to­graphe Robert Capa vou­lant pré­ser­ver des mil­liers de néga­tifs pho­to de la guerre d’Espagne en 1939 devant l’avancée des troupes fran­quistes les a remis à une main amie et qui nous ont été ren­dus quelques 70 après sans avoir été jamais vus par qui­conque ni déve­lop­pés, enfer­més dans les trois boîtes cor­res­pon­dantes à leur trois auteurs, Gerda Taro, Chim, Robert Capa.

Cette valise mexi­caine, nom­mée ain­si à cause d’une autre valise conte­nant des pho­tos de la guerre d’Espagne qui avait fait un tour par le Mexique, a connu des mains suc­ces­sives qui l’ont pro­té­gée et mise à l’abri pen­dant tout ce temps c’est-à-dire pen­dant tout le reste du ving­tième siècle avant d’être res­ti­tuée dans le siècle sui­vant c’est-à-dire en l’an 2007 à la connais­sance de l’histoire.

Ces pho­tos sont l’œuvre d’une jeu­nesse, celle de leurs trois auteurs dont deux ont connus une fin tra­gique, Gerda Taro* lors de la bataille de Brunete, et Robert Capa plus tard pen­dant la guerre d’Indochine. L’œuvre aus­si de la jeune Espagne révo­lu­tion­naire dont le des­tin a été stop­pé et dévoyé par l’ombre fas­ciste et sur les épaules de laquelle repo­sait mal­heu­reu­se­ment le poids trop lourd de la révo­lu­tion dans un monde qui n’en vou­lait pas .

Œuvre d’une jeu­nesse pétri­fiée par le feu de la guerre et qui nous par­vient aujourd’hui dans le pré­sent d’un regard non vu depuis plus de 70 ans, nous res­ti­tuant intacte l’émotion du moment, comme la pre­mière lumière de l’univers émise quelques 370 000 après le big-bang et qui nous par­vient aujourd’hui après 13 mil­liard et demi d’années, l’âge de l’univers et que l’on appelle le fond dif­fus cos­mo­lo­gique.

Parmi ces cli­chés, pré­sen­tés pour la pre­mière fois à Arles en 2011, nous avons pu voir avec émo­tion Garcia Lorca dis­cu­tant avec un ami, des mili­ciens de la jeune répu­blique net­toyant les par­quets de la demeure des ducs d’Albes afin d’y pré­ser­ver de la guerre les œuvres d’arts qu’elle conte­nait, sur un autre un sol­dat sur le front abri­té der­rière une bar­ri­cade de sacs de sable se retourne après avoir tiré une rafale sur l’ennemi et adresse un beau sou­rire à la pho­to­graphe Gerda Taro, d’autres courent dans la pous­sière que sou­lève sous leurs pas les balles de l’adversaire, un autre, sol­dat des trans­mis­sions, arrê­té par une balle, est figé dans un arbre dans un geste de stu­peur adres­sé à l’éternité, pen­dant que d’autres, éga­le­ment sur le front, dis­cutent ensemble, appuyés contre un rocher sur lequel se tient un ours brun.

Ces pho­tos, sous la forme de planches contact, ont été pré­sen­tées pour la pre­mière fois au public au musée de l’Arles antique à Arles en 2011 et pour une part ras­sem­blées dans un livre, ‘La Valise mexi­caine’, édi­té par les Editions Actes-Sud en 2011 éga­le­ment.

 

Arles, sep­tembre 201

 

« La poé­sie, à se deman­der ce quelle est, on finit par mêler ses figures ou par la voir trop nue, façons par­mi d’autres d’en détour­ner le regard. » Pierre Peuchmaurd in Le Matricule des anges n°54, juin 2004

 

 

 

 

~ Jean-Pierre Paraggio ~

Fâcheries, brouilles et que­relles ! – Collage, 2013

 

l’impromptu n°11 est dis­po­nible,

envoi contre 3 euros.

X