Sonia Elvireanu, Ensoleillement au cœur du silence

Par |2023-01-06T15:02:11+01:00 29 décembre 2022|Catégories : Critiques, Sonia Elvireanu|

je marche sur tes traces / sur le sen­tier de tes mots

Le con­fine­ment a été pour beau­coup une occa­sion rare de se tourn­er vers l’essentiel, de se retrou­ver, de s’écrire par­fois. Le nou­veau recueil de Sonia Elvire­anu, en édi­tion bilingue avec les tra­duc­tions en ital­ien par Giu­liano Ladolfi, porte ain­si la trace des journées de soli­tude obligée.

Der­rière les fenêtres, on regarde un mur, / on dis­cute avec le béton d’en face pour tout paysage / dans la vapeur du café du matin

Cette péri­ode fut aus­si celle des longues march­es dans la cam­pagne pour tous ceux qui le pouvaient.

Je marche avec piété dans / le vert silence de la solitude

La soli­tude, le silence, le recueille­ment : tout est dit dans ces deux vers. Ce recueil est comme irrigué par la foi en un Autre qui n’est jamais nom­mé mais dont on sent la présence quand il n’est pas directe­ment convoqué.

La voix du poète s’élève comme une offrande, / l’autre descend d’un Som­met invisible

Sonia Elvire­anu, Ensoleille­ments au cœur du silence – Scin­til­lii nel cuore del silen­zio, bilingue français-ital­ien, tra­duc­tions Giu­liano Ladolfi, Bor­go­manero, Giu­liano Ladolfi edi­tore, 2022, 264 p., 18 €.

Deux voix qui « con­fondent leurs mur­mures en prière » : on ne saurait être plus explicite.

Les poèmes sont le plus sou­vent brefs, par­fois très courts comme des haïkus.

Chevaux blancs / dans la prairie / fleurie // l’éclat / de l’argile / céleste

Par­fois plus longs comme celui inti­t­ulé « La feuille comme une mare blanche » qui com­mence par le court extrait d’une let­tre de Mme de Sévi­gné à sa fille, le 30 avril 1867, où la mar­quise par­le du con­fine­ment (déjà !) auquel elle a dû se soumet­tre en rai­son d’une épidémie de « flagèle ». Le poème se pour­suit, le 30 avril 2020, par la let­tre que la mar­quise aurait pu écrire sur le même thème (« nous t’enverrons un masque blanc, c’est en vogue à la Cour », etc.).

Le thème dom­i­nant du recueil demeure néan­moins la nature, thème de prédilec­tion de Sonia Elvire­anu, poétesse lyrique par excel­lence. Ses textes décrivent les sen­sa­tions qui la tra­versent au cours de ses prom­e­nades. Elle écrit sous leur influ­ence, sous le coup de l’émotion, au gré de ses ren­con­tres dans la nature – pom­miers, figu­iers ou sim­ples papil­lons blancs – qui revi­en­nent à de nom­breuses repris­es dans le recueil. A lire ses poèmes, on est d’abord frap­pé par leur spon­tanéité. C’est une âme qui s’émerveille et qui s’épanche.

La nature est aus­si un truche­ment pour se con­necter à « l’Autre » jamais réelle­ment présent mais qui n’est pas loin et qui écoute.

Je me suis retirée dans ma soli­tude / pour être près de toi, / te chercher et te parler

La poésie de S. Elvire­anu est fraîche et spon­tanée. Qu’elle nous par­le de pommes, de chevaux ou de « la myrrhe de l’amour », c’est tou­jours elle qui se laisse décou­vrir. Sans la moin­dre impudeur puisque c’est seule­ment des secrets de son âme dont elle nous livre la clé. 

Présentation de l’auteur

Sonia Elvireanu

Sonia Elvire­anu. Poète, roman­cière, cri­tique lit­téraire, essay­iste, tra­duc­trice, mem­bre de l’Union des écrivains roumains. Études : Uni­ver­sité Babeş-Bolyai de Cluj-Napoca, Fac­ulté de let­tres. Doc­tor­at en philolo­gie avec une thèse sur l’exil. Pro­fesseur de français asso­cié à l’Université tech­nique de Cluj-Napoca, Roumanie. Mem­bre du Cen­tre de recherche de l’imaginaire « Specu­lum » et du Cen­tre de recherch­es philologiques pour le dia­logue mul­ti­cul­turel, Uni­ver­sité « 1 Decem­brie 1918 », Alba Iulia, ani­ma­trice cul­turelle dans l’association fran­­co-roumaine AMI, mem­bre de la Fédéra­tion inter­na­tionale des pro­fesseurs de français (FIPF), fon­da­trice du céna­cle lit­téraire « Jacques Prévert » d’Alba Iulia.

Oeu­vre : Le silence d’entre les neiges, Paris, l’Harmattan, 2018; Ion Vinea, Cent et une poésies, Bucureşti, Edi­tu­ra Acad­e­miei Române,2018 ; Au fil d’Ariane, Iaşi, Ars Longa,2017; Umbrele cur­cubeu­lui/ Lesombres de l’arc-en-ciel, Iaşi, Ars Lon­ga, 2016 ;Print­re priviri de nuferi/ Àtra­vers des regards de nénuphars, Bucureşti, eLit­er­atu­ra, 2015 ; Méta­mor­phose,Iaşi, Ars Lon­ga, 2015 ; Rod­i­ca Bra­ga: la représen­ta­tion de l’intériorité,Bucureşti, eLit­er­atu­ra, 2015 ;Între Răsărit şi Apus/ Entre le Lever et le Couch­er, Iaşi, Ars Lon­ga, 2014 ; Le vis­age som­bre de Ianus, Iaşi, Tipo Moldova,2013; Sin­gură­tatea irisului/ La soli­tude de l’iris, Sibiu, Imago,2013 ; Gabriel Pleşea, Une per­spec­tive sur l’exilroumain, Sibiu, Ima­go, 2012 ; Din­co­lo de lacri­mi/ Au-delà des larmes, Sibiu, Imago,2011 ;Le retour de l’exildans le roman « L’Ignorance » de Milan Kun­dera (2011), À l’ombre des mots, Sibiu, Imago,2011; Temps pour deux, Alba Iulia, Gens latina,2010 .

Tra­duc­tions: Mar­i­an Drăghi­ci, lumière, douce­ment, Paris, l’Harmattan, 2018 ; José Maria Paz Gago, Manuel pour séduire les princess­es, Scop­je, Poet­i­ki, 2010 ; Michel Ducobu, Siège sage. Qua­trains pour la méditation/ Loc calm. Catrene pen­tru medi­taţie, Iaşi, Ars Lon­ga, 2015 ; Denis Emorine, De toute éternité/ Din­tot­deau­na, Iaşi, Ars Longa,2015.

Prix:  Prix de poésie « Aron Cotruş, Les ombres de l’arc-en-ciel(2017); Prix de tra­duc­tion, Denis Emorine, De toute éter­nité (2016) ; Prix « Le voyageur », début en roman Méta­mor­phose(2015) ; Prix d’essais : Rod­i­ca Bra­ga: la représen­ta­tion de l’intériorité (2016),Le vis­age som­bre de Janus (2014); Prix de cri­tique lit­téraire, À l’ombre des mots (2012) ; Pre­mier Prix de tra­duc­tion au Fes­ti­val inter­na­tion­al « L. Bla­ga », Sebeş, 2008 ; Pre­mier Prix de lit­téra­ture com­parée au con­cours « La Bel­gique romane », Brux­elles, 2006 ;  IV‑e place au con­cours de prose « Le Tour du monde en 80 textes », Paris, 2004.

En antholo­gies: Liens et entrelacs. Poètes du monde, Wro­claw, 2018 ; O lim­bă, un neam,Târ­gov­işte, 2018 ; Gio­van­ni Dotoli, Encar­nación  Med­i­na Arjona, Mario Sel­vag­gio, Entre ciel et terre, L’olivier en vers. Antholo­gie poé­tique, Roma, Edi­zioni Uni­ver­si­tarie Romani, 2017; Le print­emps des métaphores,Galaţi, Edi­tu­ra InfoRa­pArt, 2015;Les Antholo­gies de la revue Seul. Poésie,Târ­gov­işte, Ed. Sin­gur, 2014;Les Antholo­gies de la revue Seul. Prose,Târ­gov­işte, Ed. Sin­gur, 2014;Laurenţiu Bădi­cioiu, Romeo et Juli­ette  àMizil. Antholo­gie de poésie et d’épigramme, Bucureşti, RBA Media,2012;J’écris. Antholo­gie de vers, Alba Iulia, Gens lati­na, 2010.

En vol­umes col­lec­tifs des col­lo­ques inter­na­tionaux (sélec­tion): 

Le retour à Ithaque dans la lit­téra­ture de l’exil, Annales Uni­ver­si­tatis Apu­len­sis , Series Philo­log­i­ca, 18, tom 2, 2017. Vin­tilă Horia, Un penseur pour le troisième mil­lé­naire (coord. Geor­ge­ta Ori­an, Pom­pil­iu Cră­ci­unes­cu, Eiko, 2017); Incur­sions dans l’imaginaire. Imag­i­naire, iden­tité et altérité en lit­téra­ture, vol. 8, Alba Iulia, Edi­tu­ra Aeter­ni­tas, 2017;Incur­sions dans l’imaginaire. Approches de la per­spec­tive de la lit­téra­ture com­parée, vol. 7, Alba Iulia, Edi­tu­ra Aeter­ni­tas, 2016; Incur­sions dans l’imaginaire. Mythe, musique, rit­uel. Muta­tions des noy­aux nar­rat­ifs, vol. 6, Alba Iulia, 2015; Nor­man Manea, Loin et près, Târ­gu-Mureş, Edi­tu­ra Arhi­pel­ag XXI, 2014; Incur­sions dans l’imaginaire. Imag­i­naire et illu­sion. Cahiers de l’Echinox, vol.23, Cluj-Napoca, 2012; Études human­isteset per­spec­tives inter­cul­turelles, Târ­gu Mureş, Edi­tu­ra Uni­ver­sităţii “Petru Maior”, 2011; Com­mu­ni­quer, Échang­er, Col­la­bor­er en français dans l’espace méditer­ranien et balka­nique,Athènes, Uni­ver­sité d’Athènes, 2011 ; Incur­sions dans l’imaginaire. Du corps imag­iné au corps représen­té, vol. IV, Alba Iulia, Edi­tu­ra Aeter­ni­tas, 2010;  Faire vivre les iden­tités fran­coph­o­nes. Actes du 12‑e con­grès mon­di­al de la FIPF, Québec 2008, Krakow, Les press­es de Zakład Graficzny Colonel s.c., 2009 ;  Pro­ceed­ing The First Inter­na­tion­al Con­fer­ence on Lin­guis­tic and Inter­cul­tur­al Edu­ca­tion, Alba Iulia, Edi­tu­ra Aeter­ni­tas, 2008; Le français, une langue qui fait la dif­férence. Actes du pre­mier Con­grès européen de la FIPF, Vienne2006, Krakow, Les press­es de Zakład Graficzny Colonel s.c., 2008; Éval­u­a­tion alter­na­tive, Cluj-Napoca, Edi­tu­ra Dacia, 2005; Les méth­odes de la pen­sée cri­tique, Cluj-Napoca, Edi­tu­ra Dacia, 2004. 

Essais, chroniques, com­m­men­taires cri­tiques, poèmes, prose dans les revues: Mon­des fran­coph­o­nes, Fran­copo­lis, Tra­versées, Concerto pour marées et silence, Tric-trac, Rup­katha, Dia­logues et cul­tures, Théorie et Pra­tique, Nou­velle Approche du français, Viaţa românească, Româ­nia lit­er­ară, Luceafărul de dimineaţă, Con­vor­biri lit­er­are, Vatra, Famil­ia, Euphori­on, Tri­buna, Apos­trof, Steaua, Ver­so, Cai­etele Echi­nox, Nord lit­er­ar, Argeş, Annales Uni­ver­si­tatis Apu­len­sis, Boe­ma, Baaadul lit­er­ar, Gând româ­nesc, Pietrele Doam­nei, Glasul, Clavia­turi, Mis­tral, Messager.

En dic­tio­n­naires :

Ioan Holban(coord.), Dic­tio­n­naire des écrivains roumains con­tem­po­rains, Iaşi, Tipo Moldo­va, 2016, vol. IV.

Iri­na Petraş, Écrivains de la Tran­syl­vanie. Dic­tio­n­naire cri­tique illus­tré, Cluj-Napoca, Edi­tu­ra Edi­tu­ra Eikon, Cluj-Napoca, 2014.

Dic­tio­n­nairedes écrivains de la fil­iale Alba-Hune­­doara de l’Union des Écrivains de Roumanie, Sebeş, Edi­tu­ra Emma Books, 2016.

En His­toires de la lit­téra­ture roumaine: 

Une autre sorte d’histoire de la lit­téra­ture roumaine con­tem­po­raine, Ed. Sin­gur, Târ­gov­işte, 2013.

Préfaces

Denis Emorine, La mort en berne, Genève, Edi­tions  5 sens, 2017.

Denis Emorine, De toute éternité/ Din­tot­deau­na, Iaşi, Ars Lon­ga, 2015.

Ghe­o­rghe Jur­că, La cap­tiv­ité de la soli­tude, Cluj-Napoca, Grin­ta, 2014.

Post­faces

Mar­i­an Drăghi­ci, lumière, douce­ment. Tra­duc­tion en français et pré­face de Sonia Elvire­anu, Paris, Har­mat­tan, 2018.

Rod­i­ca Chi­ra, Ma mai­son en verre, Iaşi Ars Lon­ga, 2018.

Aurel Pan­tea, Blan­ca. Tra­duc­tion en français de Marcela Hădărig, Grin­ta, 2017.

Anca Sas, Momen­tom,Alba Iulia, Altip, 2017.

Avant-pro­­pos: Michel Ducobu, Siège sage. Qua­trains pour la méditation/ Loc calm. Catrene pen­tru medi­taţie, Iaşi, Ars Lon­ga, 2015

 

 

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Michel Herland

Michel Her­land est pro­fesseur des uni­ver­sités. En dehors de ses ouvrages et arti­cles pro­fes­sion­nels en sci­ences économiques, il est l’auteur d’un essai, Let­tres sur la jus­tice sociale à un ami de l’humanité (2006), de deux romans, L’Esclave (2014) et La Mutine (2018), de deux recueils de poésies, Haïkus-Mar­tinique (2018) et Tropiques suivi de Mis­erere (2020, éd. bilingue français-roumain), de nou­velles, d’un mono­logue, Le Dépar­leur, qu’il inter­prète lui-même au théâtre et de nom­breuses pub­li­ca­tions en revues.

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