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Sur la terre comme en enfer

Par | 2018-02-21T22:04:02+00:00 10 juin 2012|Catégories : Critiques|

Nichts weiβt du, mein Bruder, von der Nacht,
nichts von die­ser Qual […]

Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit,
rien de ce tour­ment […]

 

Après Mes Prix Littéraires, excellent recueil d’articles édi­té par Gallimard en 2010, voi­ci Sur la terre comme en enfer, un magni­fique recueil de poé­sie.

La mala­die, l’histoire nazie de l’Autriche, la haine qu’il éprouve vis-à-vis de ses conci­toyens ont jeté sur l’existence comme sur l’écriture de Thomas Bernhard un voile obs­cur, omni­pré­sent ici. Susanne Hommel parle à juste titre d’un « style âpre, abrupt ». L’écriture poé­tique de Thomas Bernhard est mécon­nue en France. Cette antho­lo­gie nous per­met de décou­vrir ce à quoi Bernhard a consa­cré les dix pre­mières années de sa vie d’écrivain. Quelle émo­tion, à la lec­ture du pre­mier poème du recueil, qui est aus­si le pre­mier texte publié, en 1952 ! C’est un poème lumi­neux, éton­nam­ment. Ceux qui suivent ne sont pas faits du même bois. Comme l’explique Susanne Hommel, Thomas Bernhard était seul, tour­men­té et /​ ou révol­té. Et cela lui était néces­saire pour écrire. Son hori­zon est fer­mé, son ciel bas, tout espoir inter­dit. Ici et là, une lueur bien sûr, une éclair­cie. Mais elle ne dure pas. Le miel et le ruis­seau cèdent la place au tom­beau.

Und wenn du for­trei­sen will­st, weiβt du nicht wohin !
Und wenn du Wasser trin­ken will­st, stehst du im der Wüste !

Et quand tu veux par­tir en voyage, tu ne sais pas où aller !
Et quand tu veux boire de l’eau, tu es debout dans le désert !

Tout se passe comme si le poète était intrin­sè­que­ment lié à l’hiver, à la nuit, à la mort et n’avait pas la pos­si­bi­li­té de s’en éloi­gner.

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