> Sur un cahier perdu de Lucien Noullez

Sur un cahier perdu de Lucien Noullez

Par |2018-11-18T09:04:23+00:00 14 janvier 2014|Catégories : Blog|

Je vou­drais bien qu’on me raconte l’accident
qui a défi­gu­ré le monde.
Lucien Noullez

 

Lucien Noullez est l’auteur d’une œuvre consé­quente, publiée chez divers édi­teurs belges et pour une bonne part dans cette belle col­lec­tion, La petite Belgique, diri­gée par Jean-Baptiste Baronian et Jacques Booth aux édi­tions L’Age d’Homme. Ses livres et son Journal paraissent régu­liè­re­ment dans cette col­lec­tion depuis l’orée du siècle. Ce récent recueil de poèmes s’inscrit dans nos actuelles tur­pi­tudes, ce que Lucien Noullez explique en pré­face :
« Les poèmes qui suivent sont sou­vent nés d’une révolte contre la fré­né­sie à laquelle les obli­ga­tions de ces der­niers mois m’entraînaient et pas seule­ment… Car ces der­niers mois ont vu éga­le­ment explo­ser la misère en Europe et croître avec elle sa sœur fétide : la bonne conscience des nan­tis. Voici donc des poèmes qui portent en eux les stig­mates de la hâte et, je l’espère, d’une cer­taine urgence ».
Des poèmes de la révolte inté­rieure :

Nous n’étions pas arri­vés
nous n’avions pas tou­ché la terre
quand ils nous ont ava­lés
dans l’œil d’ombre
et pour­tant tout
allait com­men­cer :
l’amour et la jeu­nesse
et les pétales, les ver­tiges, les plon­gées.
Nous n’étions pas encore arri­vés sur le monde,
nous n’avions pas même appris les mots
quand ils sont venus nous cacher
sous leurs pau­pières insa­tiables,
pour nous chan­ger
en larmes.

Une révolte qui ne dédaigne pas ce recul authen­tique qu’est l’humour :

L’orage à mon poi­gnet fai­sait mon­ter
La pluie et ses odeurs.
Il tom­bait gouttes
puis grê­lons
et puis ton­nerre
à mon poi­gnet : tou­jours fidèle et indé­cent
quand je pas­sais dans le monde fri­vole
en fai­sant mine d’ignorer
que ma montre allait tout détruire.

Le visage du Breton de l’anthologie de l’humour noir vient à l’esprit.
Une révolte qui en appelle aus­si au sérieux :

Depuis long­temps,
la petite tor­tue de l’impossible
m’implore les yeux doux.
« Voudrais-tu bien me suivre, s’il te plaît ? »
Depuis long­temps, j’ai les oreilles en berne
et je n’écoute rien.
Le vent siffle.
Depuis long­temps la petite tor­tue me parle
et j’ai peur.
   

La poé­sie de Lucien Noullez, une bien belle décou­verte pour le jeune lec­teur que je suis.

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