Waston Charles, Seins noirs

Par |2022-10-21T10:50:02+02:00 21 octobre 2022|Catégories : Critiques, Waston Charles|

 Il faut oser le « Je ». Le « Je » se déclame, s’assume, se décline pour s’incliner vers l’autre, les corps, la mer, le fleuve ou le ciel. Wat­son Charles réus­sit cet exploit d’une poésie à la pre­mière personne. 

Car, quand on dit « Je », les écueils sont nom­breux. Entre la com­plai­sance, le nom­bril­isme ou l’image facile, le « Je » peut s’écraser et faire s’échouer le poète. Il faut donc un « Je » qui, à tra­vers les bon­heurs et les mis­ères d’un monde, aille chercher un hori­zon ou un silence. Alors, de pos­si­ble­ment ridicule, le « Je » se trans­fig­ure, mag­nifique. 

(…)

Chaque instant
Je ressens le rire des clochers
Comme cette pierre dont je suis fait

Cette main tendue
Tel un morceau de givre
Ne fal­lait-il pas l’arracher dans la bouche du mendiant

Je par­le de ce vent qui nous fait vivre
Et du ciel chargé de pluie 

(…)

Wat­son Charles, Seins noirs, Édi­tions Æthalidès, 2022, 128 pages, 17 €.

La musique de Wat­son Charles rap­pelle celle de Césaire ou de Saint-John Perse. Ses images font écho à celles de Jean d’Amérique ou de Coutechève Lajoie Aupont, plus proches de nous. Est-ce à dire que, désor­mais, seuls les poètes insu­laires seront « sauvés » ? Quand on lit ces pages lumineuses et que, par­al­lèle­ment, on par­court nom­bre de recueils de poésie récents, on ne peut que se deman­der si le béton de nos villes tristes et plu­vieuses ne recou­vre pas automa­tique­ment les ter­res intérieures ain­si que les mains qui ten­tent de s’en extraire. Nous, lecteurs, devons croire à une langue non figée qui avale tout ce qui coule à sa portée : « le ciel aplati et noir », « l’absinthe qui sort de la bouche du voleur » ou encore « la foudre gisant près des rivages ». Nous devons croire à une écri­t­ure riche, auda­cieuse et généreuse comme celle de Wat­son Charles.

Présentation de l’auteur

Waston Charles

Charles Wat­son est né en 1980 à la Croix des Bou­quets en Haïti, Jean Wat­son Charles est poète et écrivain. Il a fait des études de Let­tres à l’École Nor­male Supérieure et de Soci­olo­gie à la Fac­ulté d’Ethnologie de Port-au-Prince. Il vit en France.

Plus loin qu’ailleurs est son troisième recueil après Pour que la terre s’en sou­vi­enne et Le Chant des marées (2018).

© Crédits pho­tos Pho­to © Stéphanie Rous­sel, Paris, 2019.

Bibliographie

Poésie:

  • Pour que la terre s’en sou­vi­enne (avec Wébert Charles). Port-au-Prince: Édi­tions Bas de Page, 2010.
  • Lenglen­sou. West Palm Beach: Édi­tions Per­les des Antilles, 2012.
  • Plus loin qu’ailleurs. Port-au-Prince: Rup­tures, 2013.
  • Le chant des marées. Paris: Edi­tions Unic­ité, 2018.

Nouvelle:

  • Le goût des ombres. Paris: PhB Édi­tions, 2020.

Textes parus dans des ouvrages collectifs:

  • « En temps d’enfance ». …des maux et des rues. Port-au-Prince: Legs Édi­tion, 2014: 33–38.
  • « Haute lutte ». Legs et Lit­téra­ture 9 (jan­vi­er-juil­let 2017): 261–266.
  • « Le goût des ombres ». …des hommes et des ombres, textes réu­nis et présen­tés par Dieuler­mes­son Petit Frère. Port-au-Prince: Legs Édi­tion, 2018: 25–38.
  • « J’extraits ». Antholo­gie Voix Vives, sous la direc­tion de Bruno Doucey. Paris: Bruno Doucey, 2019: 141–143.
  • « Bri dans ». Zile a : antolo­ji jèn powèt ayisyen ak dominijen/La Isla : antolo­gia de jovenes poet­as haitianos y domini­canos. Port-au-Prince: sne, 2016: 54–55.

Poèmes parus dans des revues:

  • « J’aimerais ». DO.KRE.I.S 1 (2017): 39.
  • « Je ne suis d’aucun pays ». Phaé­ton (2018): 80.
  • « Par­fois ». DO.KRE.I.S 3 (2020): 86–87.
  • « Ces hommes ». Bac­cha­nales 63 (2020): 60–63.
  • « Extraits du corps ». IntranQu’îllités 5 (2020).
  • « Rien que la lumière ». TESTE 37 (2020): 32–33.
  • « Le jour renaît ». Mange-Monde 17 (2020): 98–100.

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François Thiéry-Mourelet

François Thiéry-Mourelet est poète, romanci­er, auteur de livres de jeunesse et d’un théâtre poé­tique (Zoé et la fumée, Les Cynophiles, Opa­line, etc.). Il a été reporter au Liban, nav­i­ga­teur, cri­tique aux Nou­velles Lit­téraires, respon­s­able de la com­mu­ni­ca­tion puis jour­nal­iste spé­cial­isé dans la san­té et l’écologie. Son dernier roman La langue de tamanoir, est paru aux édi­tions Sans Escale. Chez le même édi­teur, Brise dans le miroir suit les errances d’un marin : le poète racon­te la quête d’un « écri­t­uri­er » et de son dou­ble. 89 chants pour dire les douceurs d’un lagon, les galbes d’un corps, les désas­tres d’une guerre, l’inexorable fin des pas­sions, l’impossible renais­sance ou la dis­pari­tion d’un monde.

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