> Entretien avec Natacha Lafond et Mathieu Hilfiger sur la question du livre par Yves Bonnefoy.

Entretien avec Natacha Lafond et Mathieu Hilfiger sur la question du livre par Yves Bonnefoy.

Par | 2018-05-26T06:00:38+00:00 29 mai 2016|Catégories : Critiques|

 

Répondant sous la forme d’un essai auto­nome aux ques­tions que deux jeunes gens, Mathieu Hilfiger (l’éditeur) et Natacha Lafond, sont venus lui poser au sujet de sa rela­tion avec les livres, Yves Bonnefoy nous offre une réflexion émou­vante et grave où l’on retrouve cer­tains de ses thèmes de pré­di­lec­tion. Le livre y est envi­sa­gé à par­tir de la menace que font peser sur l’esprit affa­mé de pré­sence la puis­sance fas­ci­nante des images ou l’action mor­ce­lante du concept et, d'une cer­taine manière, sau­vé par ce néces­saire tra­vail cri­tique que la poé­sie opère sur nos repré­sen­ta­tions et qui consti­tue en par­tie son essence. Mais cette réflexion aus­si exi­geante soit-elle n'est jamais sèche ou pure­ment abs­traite. Se mêlent à elle des frag­ments d'autobiographie où elle s'incarne et se nour­rit : tel sou­ve­nir de l’enfant atten­dant impa­tiem­ment les livrai­sons des petits romans de la col­lec­tion Printemps, tel autre du cher­cheur heu­reux, levant la tête entre livres et fenêtres dans la biblio­thèque du palais Farnèse ou enfin ce constat amu­sé de l’écrivain recon­nu qui ne sait pas où se trouvent ses propres livres dans sa biblio­thèque.

L’essai se construit en trois temps : une pre­mière par­tie consa­crée aux rap­ports entre la maté­ria­li­té du livre et cette sorte de lutte dont il est le lieu pri­vi­lé­gié entre fausse et véri­table trans­cen­dance, affir­ma­tion et contour­ne­ment de la fini­tude humaine. Une seconde par­tie qui a pour objet les ouvrages de phi­lo­so­phie esthé­tique et d’histoire de l’art, alliés objec­tifs de la poé­sie dans son tra­vail cri­tique sur "l’empiègement" par les images. Et enfin un troi­sième moment où Bonnefoy s’arrête entre autres sur ses col­la­bo­ra­tions avec des artistes dans la confec­tion de livres d’art – beaux livres enfer­més dans leur cof­fret mais qui semblent s’animer du dia­logue vivant des artistes. Il s'y inter­roge éga­le­ment sur ce livre blanc que tout écri­vain porte en lui et qui reste encore à écrire.

Cet essai s'ouvre sur la liste des ques­tions que les deux jeunes gens ont posées au poète et sur les­quelles celui-ci s’appuie pour, en les croi­sant, construire sa réflexion ; il est en outre pré­cé­dé d’une belle et éclai­rante pré­face de Pierre Dhainaut qui situe admi­ra­ble­ment, à par­tir de sa propre expé­rience de poète, le pro­pos de Bonnefoy, en rap­pe­lant les grands moments de sa recherche. De telle sorte que Bonnefoy n’est jamais seul dans ce qu’il dit et évite ain­si toute dérive solip­siste.

On trou­ve­ra une magni­fique défi­ni­tion de la poé­sie, peut-être l’une des plus belles que le poète ait don­nées : Le sen­ti­ment de la pré­sence, avoir com­pris – avoir su – que la réa­li­té, c’est l’intensité dans la figure des choses, voi­là qui est véri­dique, c’est le bien que nous rece­vons de notre mémoire quand elle se fait poé­sie. Rien ne cor­res­pond mieux à cette défi­ni­tion que l’image dans laquelle s’enveloppe ce mince et élé­gant cahier : elle est d’Yvonne Alexieff, s’étend sur la pre­mière et la qua­trième de cou­ver­ture, repré­sente les branches d’un arbre pre­nant feu dans ses cou­leurs et rever­dis­sant à l’intérieur de la cou­ver­ture. Placée ain­si sur son seuil, elle nous invite à entrer dans le livre pour mieux lever les yeux sur ce qui nous entoure : la pré­sence vivante du monde, ce foyer tou­jours brû­lant où les formes ne cessent de se faire et de se défaire et qui n’est peut-être nulle part aus­si visible qu’à tra­vers la fenêtre du livre – plus encore si ce livre est un livre de poèmes.

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Doina Ioanid

Doina Ioanid – nom de plume de Doina Ilie

Doina Ioanid est née le 24 décembre 1968 à Bucarest.

Poète, diplô­mée de la Faculté de Lettres de Bucarest, elle a ensei­gné la langue et la lit­té­ra­ture fran­çaises à l’Université « Transilvania » de Braşov : cours pra­tiques de com­mu­ni­ca­tion, de tra­duc­tion, cours d’anthropologie cultu­relle et cours d’interprétation lit­té­raire.

Elle a éga­le­ment tra­duit en rou­main plu­sieurs ouvrages de langue fran­çaise, par­mi les­quels Dix heures et demie du soir en été (Vara, la zece şi jumă­tate sea­ra – Éditions Cartier, Chişinău, 2006) de Marguerite Duras ; Par une nuit où la lune ne s’est pas levée (Într-o noapte fără lună – Éditions Polirom, Iași, 2009) de Dai Sijie ; L‘immeuble des femmes qui ont renon­cé aux hommes (Femeile care au renunţat la băr­baţi –Editura Trei, Bucureşti, 2015) de Karine Lambert.

Doina Ioanid est aujourd’hui rédac­teur à Observator cultu­ral, l’hebdomadaire cultu­rel le plus impor­tant de la Roumanie, après en avoir été pen­dant une décen­nie secré­taire géné­ral de rédac­tion. Elle a publié des édi­to­riaux et d’autres articles à des sujets cultu­raux ou articles d’opinion, des inter­views et des chro­niques lit­té­raires.

Après avoir par­ti­ci­pé à des volumes col­lec­tifs, Doina Ioanid a publié plu­sieurs recueils de poèmes salués par la cri­tique :

  • Duduca de marţi­pan (La demoi­selle de mas­se­pain), Éditions Univers, Bucarest, 2000
  • E vre­mea sa porţi cer­cei (Il est temps que tu portes des boucles d’oreille), Éditions Aula, Braşov, 2001
  • Cartea burţi­lor şi a sin­gurătăţii (Le livre des ventres et de la soli­tude), Éditions Pontica, Constanţa, 2003
  • Poeme de tre­cere (Poèmes de pas­sage), Éditions Vinea, Bucarest, 2005
  • Ritmuri de îmblîn­zit ari­cioai­ca (Rythmes pour apai­ser la héris­sonne), Éditions Cartea Românească, 2010
  • Cusătu­ri (Coutures), Éditions Cartea Românească, 2014,
  • Cele mai mici proze, Editura Nemira, București, 2017

Dans les poèmes en prose de Doina Ioanid, la tex­ture du quo­ti­dien, sou­mise à un regard intense, se défait et se trans­forme. De ses nota­tions par­fois hyper­réa­listes sur­git un uni­vers dense d’interrogations, qui laisse trans­pa­raître le ver­tige exis­ten­tiel dans des phrases aux rythmes incan­ta­toires.

Elle a aus­si par­ti­ci­pé aux fes­ti­vals de poé­sie et ate­liers de tra­duc­tion :

  • Le Festival International de Poésie „Ars Amandi”, Brașov, 2005
  • Atelier de tra­duc­tion, Arcuș, 2006
  • Maraton de  Poésie, Sibiu, 2007
  • Le Festival International de Poésie, Istanbul, 2009
  • Le Festival Review of Small Literatures, Zagreb, 2010
  • Festival de Bistrita, 2010
  • Dunya Festival, Rotterdam, mai, 2011
  • Poetry International Festival, Rotterdam juin 2011
  • Atelier de tra­duc­tion coor­don­né par ICR Stockholm, Suède, 2011
  • Poetry Parnassus Festival, Londres, 2012
  • Biennale Internationale de Poésie, Liège, 2012
  • Le Festival International de Poésie de Sibiu, 2012
  • Salon de Paris, 2013
  • Felix Poetry Festival, Anvers, 2013
  • Festival International de la Poésie, Namur, 2013
  • North Wales International Poetry Festival, 2013
  • Transpoesie, Bruxelles, 2014
  • Lectures sous l’Arbre, Ardèche, Haute-Loire, 2015
  • Le Festival International „Primăvara Europeană a poeților“/Le Printemps Européen des Poètes, Chișinău, 2105, 2016, 2017

Ses poèmes ont été tra­duits en hon­grois, fran­çais, anglais, néer­lan­dais, turc, slo­vène, bul­gare, croate, sué­dois, alle­mand, ita­lien, gal­lois et polo­nais.

  • Het juf­fertje van mar­se­pein, volume indi­vi­duel tra­duit en néer­lan­dais par Jan H. Mysjkin, Éditions Douane, Rotterdam, 2011
  • La demoi­selle de mas­se­pain, volume bilingue, rou­main-fran­çais, tra­duit par Jan H. Mysjkin, Éditions Atelier de l’agneau, 2013
  • Rythmes pour appri­voi­ser la héris­sonne, volume indi­vi­duel tra­duit par Jan H. Mysjkin, Éditions L’Arbre à paroles, Amay, 2013 [Les deux der­niers titres ont paru à l’occasion du Salon du Livre de Paris, 2013]
  • Oorbellen, bui­ken en een­zaam­heid, volume indi­vi­duel tra­duit en néer­lan­dais par Jan H. Mysjkin, Éditions Perdu, Amsterdam, 2013
  • Ritmen om de vrouwt­je­sen­gel te tem­men, volume indi­vi­duel tra­duit en néer­lan­dais par Jan H. Mysjkin, Éditions De Contrabas, Utrecht & Leeuwarden, 2014
  • Boucles d’oreilles, ventres et soli­tude, volume bilingue, rou­main-fran­çais, tra­duit par Jan H. Mysjkin, Éditions Cheyne, Le Chambon-sur-Lignon, 2014                          [Ce livre a été nomi­né pour le Prix des Découvreurs, 2016/​17]
  • Coutures (Cusături), volume tra­duit par Jan H. Mysjkin, Éditions L’Arbre à paroles, Amay, 2015
  • Le Collier de cailloux, volume indi­vi­duel tra­duit en fran­çais par Jan H. Mysjkin, Éditions Atelier de l’agneau, 2017
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