> Kevin POWERS : un road-movie guerrier et poétique

Kevin POWERS : un road-movie guerrier et poétique

Par |2018-08-15T17:23:44+00:00 1 mars 2017|Catégories : Essais & Chroniques|

 

« Le monde a été rem­pla­cé par l’idée que nous en avons », cette phrase, par­mi les pre­mières du recueil, nous dit que nous allons vivre dans un ailleurs fabri­qué, idéa­li­sé, irréel. En fait nous sommes plon­gés dans une réa­li­té concrète, orga­nique, guer­rière où les arbres n’ont plus de nom, où les mots sont enter­rés sous les décombres, où on des­sine son ombre à la craie sur le trot­toir, où les rêves n’existent plus.

L’horreur est au quo­ti­dien, une hor­reur qui signi­fie, qui dit cette véri­té impi­toyable, déchi­rant les âmes et les corps. Alors que peut faire la poé­sie ?

Elle n’est pas une fleur ni un nuage qui passe, mais le fer sur la chair, le feu qui craque dans les os, la nuit incen­diée plus claire que le jour, mais heu­reu­se­ment il y a les sou­ve­nirs d’enfance qui reviennent dans les ins­tants d’accalmie, lais­sant une trace embuée sur la vitre.

Au fur et à mesure des quatre par­ties, nous allons de la guerre à la phi­lo­so­phie exis­ten­tielle la plus cruelle, avec le soleil qui coule entre les doigts et les peurs qui se figent au sol. Doit-on prendre un bus au hasard et être prêt à des­cendre à tout moment ?

Kevin Powers nous y invite dans une sorte de road-movie guer­rier et poé­tique, entre la dure­té du réel, sui­vant ain­si Rimbaud qui sou­hai­tait retour­ner à la rugo­si­té du réel et de l’être inté­rieur qui erre par­mi les objets et les vivants à la recherche de l’amour, le vrai. Ce n’est pas la dif­fi­cul­té d’un écri­vain, d’un poète, d’un artiste qu’il nous raconte mais celle d’un homme, c’est pour­quoi nous res­sen­tons au plus pro­fond son dis­cours par­fois très direct, face à l’incompréhension devant ce réel atroce, avec une luci­di­té si exi­geante qu’elle a par­fois un goût acide dans la gorge.

Il est temps de s’extraire pour arrê­ter de gas­piller nos rêves, nos espoirs, nos vies et la Terre, nous dit-il.

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