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Philippe Mac Leod, Supplique du vivant et Variations sur le silence

Par |2019-11-21T14:04:51+01:00 21 novembre 2019|Catégories : Critiques, Philippe Mac Leod|

Le poète (ancien sacris­tain de la cathé­drale de Saint-Bertrand de Comminges, chro­ni­queur à La Vie) dis­pa­ru en février de l’année 2019 conti­nue de nous mener par la main sur la voie de la concorde de soi. Mais qui donc pince les cordes ? 

(…) Le silence place ses nœuds et ramène tout l’espace au pro­fond giron, écrit Philippe Mac Leod dans Supplique du vivant (poème Jusqu’à l’épuisement) : texte pré­mo­ni­toire. Impossible lec­ture de Philippe Mac Leod, tant sa dis­pa­ri­tion pèse ligne après ligne. Au hasard de la lec­ture, page 54 (poème On ne sait pas com­ment) : Mais qui donc cherches-tu ? Le sais-tu au moins ? La vie n’est plus là — elle bour­donne en ses cris­taux éphé­mères sans cesse renou­ve­lés, atomes de lumière dans l’immensité de l’oubli. Mais qui donc cherches-tu ? As-tu trou­vé ?

Peut-être déjà une fêlure dans le silence : (…) Comment le pied dans la déchi­rure a tou­ché la terre ferme s’accordant aux semelles volon­taires et mor­dantes.

Le pied dans la déchi­rure : on ne peut s’empêcher d’aller rendre visite à Pascal Quignard décryp­tant Masachio qui, en 1414, entra dans la cha­pelle Brancassi de l’église Santa Maria del Carmine à Florence et pei­gnit Adam et Ève chas­sés du para­dis. Adam lais­sant son pied droit traî­ner sur la terre d’Éden.

Philippe Mac Leod, Variations sur le silence,
Ad Solem, Paris, 2019, 92 pages, 14,50 euros

 

Le secret de l’image tient tout entier par le pied pris dans la porte, écrit Quignard (fuir le para­dis veut dire avoir encore un pied dedans). Le pied droit est empreint dans le para­dis. Seul le sinis­ter (le gauche) court le monde conve­nu.

 

Un seul pas, et sûr, agile, (…), un pas, un oui, une trace peut-être (…). Viens — ce n’est plus l’heure. C’est le temps qui t’appelle.

 

Mac Leod conclut Supplique du vivant (poème À quai) d’un :

 

tout s’efface
l’espace est de retour

 

Il dédi­cace le livre à sa mère : comme lui, fai­sons retour… un retour En ville, pre­mier poème du livre-espace, et écou­tons (car lire, c’est écou­ter la voix) :

 

 

Et qui dou­te­ra de la tra­ver­sée ?
Puisque l’enflement des soli­tudes nour­rit le bour­geon d’un bai­ser
La vie au-dedans de la vie
Le monde quand il s’éloigne du monde
Se rap­pro­chant de ce qui a tou­jours été.

 

 

Philippe Mac Leod , Supplique du vivant,
Ad Solem, Paris, 2019, 88 pages, 14 euros

Rappelons le nom des poèmes/​chapitres de cette Supplique : En ville /​ Si loin si proche /​ Les che­mins de la lumière /​ Rose d’un jour /​ D’un pays dis­pa­ru /​ Jusqu’à l’épuisement /​ On ne sait pas com­ment /​ L’irréductible et l’inachevé /​ Le poème de la mon­tagne /​ À quai. On peut choi­sir de lire tel ou tel, on peut choi­sir de se lais­ser glis­ser vers un autre, et ber­cer, et aimer.

Les édi­tions Ad Solem ne se contentent pas d’éditer ce texte tra­vaillé dans le marbre vif, sen­sible, d’une poé­sie emprunte de foi vibrante (que cha­cun peut recon­naître, y com­pris celui qui s’en croit éloi­gné), non, elles publient éga­le­ment Variations sur le silence du même Mac Leod, ouvrage construit en deux par­ties : Terres du silence et Demeures du silence. Ainsi le pied gau­chi (sinis­ter), par la grâce du poète si bien aimé de l’éditeur, retrouve le pied qui n’a jamais quit­té le para­dis dans la fresque de Masachio. Mac Leod écrit :

 

J’ai bien quit­té cette vie — je ne sais plus com­ment — pour abri­ter celle qui ne peut pas mou­rir puisqu’elle n’est d’aucun temps. 

 

Le silence est musique.

 

Présentation de l’auteur

Philippe Mac Leod

Philippe Mac Leod est né en 1954, et est décé­dé en février 2019. Il a vécu dans les Pyrénées, où il a mèné une vie contem­pla­tive qui a ins­pi­ré sa poé­sie axée autour de la quête de trans­pa­rence qui est au cœur de son expé­rience spi­ri­tuelle.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Philippe Thireau

 Philippe Thireau vit en France. Il est régu­liè­re­ment publié (essais, récits, poé­sie, théâtre... ) depuis 2008.

Bibliographie :

Le bruit sombre de l’eau, Z4 édi­tions, La dia­go­nale de l’écrivain, 2018
Benjamin Constant et Isabelle de Charrière
, Hôtel de Chine et dépen­dances, Cabédita, 2015
Le Voyageur dis­tant ou Bonjour Stendhal, adieu Beyle, Jacques André édi­teur, 2012
Le Sang de la République, Cêtre, 2008

                         THÉÂTRE

Cut, Z4 édi­tions, 2017
Mortelle faveur et J’entends les chiens, Z4 édi­tions, 2017

                          POÉSIE

Soleil se mire dans l’eau (pho­to­gra­phies Florence Daudé), Z4 édi­tions, 2017

                          REVUES

Cioran ver­ti­cal (essai) in Les Cahiers de Tinbad n° 3 et 4, Tinbad, 2017
Le cireur de Parquet in Les Cahiers de Tinbad n° 6, Tinbad 2018
En ton sein in FPM n° 18, Éditions Tarmac, 2èmetri­mestre 2018