> Ping-pong : DEBASISH LAHIRI, poète bengali anglophone, présenté et traduit par Cécile Oumhani

Ping-pong : DEBASISH LAHIRI, poète bengali anglophone, présenté et traduit par Cécile Oumhani

Par | 2018-02-19T14:28:19+00:00 29 novembre 2016|Catégories : Essais & Chroniques|

 

 

Debasish Lahiri vit et écrit à Kolkata – Calcutta, capi­tale du Bengale Occidental. Il est aus­si épris de voyage et sa poé­sie est mar­quée par les lieux qu’il tra­verse. Mais il ne s’agit pas d’une évo­ca­tion qui ne s’attacherait qu’à l’éclat des appa­rences. Le poète pour­suit une quête où l’espace, si incar­né soit-il en un pre­mier niveau de lec­ture, devient une méta­phore aux mul­tiples facettes. Elle mène aux seuils de l’intériorité. C’est une poé­sie qui puise aux sources de plu­sieurs cultures et irrigue la langue anglaise d’échos qui l’irriguent et la renou­vellent.

 

 

Les poèmes pré­sen­tés ici sont extraits de son deuxième recueil, No Waiting like Departure, explo­ra­tion de l’attente et du départ. De Grande-Bretagne aux îles Andaman, en pas­sant par Delhi, Shimla ou encore Trivandrum, Debasish Lahiri écoute ce qui vibre au plus pro­fond de lui-même, à la recherche de ce point où les dési­rs se méta­mor­phosent en sou­ve­nirs. Il inter­roge le pas­sage du temps et sa dou­leur, assoif­fé de la pro­messe d’un retour. Nous ne sommes ici pas seule­ment en Inde au 21ème siècle, puisque Lahiri y reste atten­tif à ce qu’Homère a à lui dire d’Ithaque ou Cavafy du voyage de la vie. Il entend aus­si réson­ner en lui la mémoire du poète mara­thi Toukaram, qui au 17e siècle quit­ta la mai­son fami­liale pour aller se réfu­gier dans la soli­tude de la jungle ou encore celle du mys­tique et poète errant Chaitanya à la char­nière du 15e et du 16e siècle.

 

*

 

Habillage eth­nique

 

Changez les taches du léo­pard
Et la cou­leur blanche
Se moque­ra du soleil
En Ethiopie ;
Elle chan­ge­ra
La Bible
En un livre chaud
Lu dans des pays froids.
Changez les taches
Sur le bras de votre som­meil
Et votre poète
Ne chan­te­ra plus
En dehors des rêves,
Pas plus que les rêves
Ne se lève­ront
Pour grat­ter le coin
De l’œil du Soleil
À l’intérieur
Du bras rouge de la terre,
Levé.
Alors le monde
Ne sera plus
Le corps
Pour ton habillage.

(Septembre, 2009)

 

*

 

 

Ethnic dres­sing

 

Change the spots of the leo­pard
And the colour white

Will mock the sun
In Ethiopia ;
It will change
The Bible
Into a warm book
Read in cold lands.
On the arm of your sleep
And no lon­ger
Will your poet sing
Outside dreams,
Nor dreams
Rise
To itch the cor­ner
Of the Sun’s eye
Inside
The red arm of the land,
Raised.
No lon­ger then
Will the world be
The body
To your dres­sing.

(September, 2009)

 

 

*

 

 

Perdu dans la vieille ville

 

Penché comme un après-midi
Qui touche ses racines cachées
Les années rosée-pous­sière,
L’hiver était
Comme une Delhi silen­cieuse,
Inchangée dans sa déter­mi­na­tion au déclin ;
Ou comme la tombe
D’un prince ano­nyme,
Qui accroît l’ombre d’un Temps sub­stan­tiel
Dans les jar­dins défunts
De la rose à venir.

(Décembre, 2012)

 

*

 

Lost in the old city

 

Bent like an after­noon
Feeling its secret roots

In dew-dust years,
The win­ter
Was like a Delhi of quiet­ness,
Unchanging in its deter­mi­ned decay ;
Or like the tomb
Of an unna­med prince,
Increasing the sha­dow of sub­stan­tial Time
In dead gar­dens
Of the future rose.

(December, 2012)

 

 

*

 

Crépuscule à Delhi

 

 

Qadir mesure l’espace
De l’après-midi et du soir
Dans un mètre de lait.
Le soir vient comme le cou­cou koël du matin,
Discordant ;
Brumeux,
Autour des phares de voi­tures,
Des klaxons reten­tissent à un rythme
Que le cor­beau affa­mé
De Karolbagh
Aurait pu entendre
Dans des mai­sons de cau­che­mar bai­gnées de soleil

Idris
Le fils per­du
D’un Pathan aveugle
Pèse le sable,
Pâle comme le deuil,
Sur une véran­da de ciels bri­sés
Dans le bleu d’Afghanistan.

Ramu
Mon libraire et allié

Connaît Catulle par ses côtes,
Et non par ses épi­thètes.

Une ville aux étranges men­su­ra­tions
De ténèbres
Se lève sur mes diva­ga­tions
Comme le brouillard des années

(Février, 2013)

 

*

 

Dusk in Delhi

 

Qadir mea­sures the space
Of after­noon and eve­ning

In a yard of milk.
Evening comes like the ear­ly Koel,
Unmusical ;
Misty,
Around car-lights,
Horns hoo­ting to a rhythm
That the star­ved raven
Of Karolbagh
Might have heard
In sun-lit houses of night­mare.

Idris,
The lost son
Of a blind Pathan
Who weighs sand,
White as loss,
On a bro­ken veran­dah of skies
In blue Afghanistan.

Ramu,
My book­shop ally,
Knows Catullus by his ribs,
Not by his epi­thets.
A city of strange men­su­ra­tions
Of dark­ness
Dawns on my ramble
Like the fog of years.

(February, 2013)

 

 

*

 

Marge de la perte

 

 

J’ai pas­sé un après-midi rare
En com­pa­gnie
D’un cor­beau,
Poète déso­lé,
À l’image de ce qu’évoque
La mer avec audace
D’une perte sans limites :
L’histoire des marges
Au cœur du temps ;
La terre ne sera jamais la mer,
Et la mer revien­dra tou­jours
Trouver
Rien que la terre.
Désolé,
En com­pa­gnie
De mon véné­rable cor­beau,
Un après-midi rare
Soufflait des motifs d’encre
De sombre durée.

(Novembre, 2012)

 

*

 

Margin of loss

 

A rare after­noon I spent
In the com­pa­ny

Of a raven,
Desolate poet,
Matching the sea’s bold ren­de­ring
Of illi­mi­table loss :
The his­to­ry of mar­gins
At the heart of time ;
Land that never shall be sea,
And sea that shall ever return
To find
Only land.
Desolate,
In the com­pa­ny
Of my vene­rable raven,
A rare after­noon
Breathed pat­terns in ink
Of a sun­less dura­tion.

(November, 2012)

 

 

 

 

 

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