> A propos du poète saoudien Ashraf Fayadh condamné à mort le 19 novembre

A propos du poète saoudien Ashraf Fayadh condamné à mort le 19 novembre

Par | 2018-05-26T17:42:41+00:00 16 décembre 2015|Catégories : Chroniques|

 

Le poète saou­dien Ashraf Fayadh a été condam­né à mort le 19 novembre par un tri­bu­nal de son pays pour "pro­pa­gande athéiste et blas­phème". Il aurait été enten­du en train de mau­dire Allah et son Prophète par un témoin et cer­tains de ses poèmes ont été consi­dé­rés comme prô­nant l'athéisme.

La condam­na­tion pour blas­phème d'un poète dans l'exercice de la Poésie, quelle qu'en soit la forme et même quels qu'en soient les pro­pos de conte­nu, a quelque chose de navrant et d'amèrement iro­nique, tant il semble évident que la Poésie, au contraire, est par excel­lence, sous toutes ses formes, le dis­cours qui élève l'Homme vers Dieu, vers la trans­cen­dance de lui-même. Moins que tout autre, la tra­di­tion isla­mique, quelle qu'en soit la forme par­ti­cu­lière, ne peut le mécon­naitre. La digni­té même de l'Arabie, semble devoir, plus que tout autre peut-être par son pas­sé poé­tique, cora­nique et pré-isla­mique, recon­naitre cette proxi­mi­té de la Poésie et de l'élan reli­gieux. Le conte­nu (même vol­tai­rien ! ) de la poé­sie ne s'efface-t-il pas devant l'Intention Poétique, envi­sa­gée dans son essence vivante ?

Pour-ce, il faut deman­der Grâce pour le poète, avant même de deman­der une éven­tuelle Justice pour l'homme.

On sait que l'Injustice et la rai­son d'État ont leurs par­ti­tions liées.

Mais elles se dé-légi­ti­ment et se dé-trans­cen­den­ta­lisent par­ti­cu­liè­re­ment, mani­fes­te­ment et aux yeux de tous, en s'attaquant à l'acte poé­tique, à celui qui le porte et à ceux qui le suivent.

Le même par­tage symp­to­ma­tique entre che­mi­ne­ment d'élévation et che­mi­ne­ment d'abaissement s'observe, ici en France, entre ceux qui, par la musique, le rap et le slam, sont pas­sés au fil des années, des paroles d'expectoration de la vio­lence et de la haine à des paroles de quête du Mieux et de ques­tion­ne­ment des pro­fon­deurs meilleures de l'Homme … et ceux qui, deve­nant étran­gers à toute poé­sie, s'engagent au contraire dans les voies dou­teuses et téné­breuses de la vio­lence et du meurtre.

Nul doute que, ici, la poé­sie prin­ta­nière et sub­ven­tion­née, par des voix plus offi­ciel­le­ment puis­santes, deman­de­ra vigou­reu­se­ment au gou­ver­ne­ment fran­çais de faire tout son pos­sible pour sau­ver la vie (et la liber­té, ce serait bien !) du poète. Mais chaque ami de la poé­sie pour­rait, ce me semble, de son côté, et pour la Poésie même, le faire aus­si, modes­te­ment.

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