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ÁLVARO HERNANDO

Par |2020-05-06T11:12:32+02:00 6 mai 2020|Catégories : Álvaro Hernando, Essais & Chroniques|

Introduction et tra­duc­tion par Miguel Ángel Real

 

 Álvaro Hernando (Madrid, 1971) écrit une poé­sie qui rentre dans les aspects concrets de l’existence. Lors de la lec­ture de son recueil “Chicago Express”, publié en édi­tion bilingue espa­gnol-anglais, sa des­crip­tion noire de la grande ville amé­ri­caine rap­pelle d’abord l’émerveillement déchar­né de l’oeuvre de Lorca “Poète à new-York”, et sous l’influence par­fois d’auteurs comme Kerouack ou Bukowski, l’auteur s’acharne dans la recherche d’un temps déchi­ré.

Mais l’écriture d’Alvaro Hernando s’inscrit aus­si dans une réflexion sur la valeur de la parole et sur la puis­sance de la créa­tion, pour nous faire réflé­chir sur le ver­tige de l’existence. Cette recherche autour des mots parle aus­si de la dif­fi­cul­té d’atteindre l’autre car le poète sait se dégui­ser et men­tir sans pour autant se déta­cher d’une noir­ceur très pré­sente. Toutefois, ses poèmes par­viennent avec maî­trise à créer une dia­lec­tique qui nous bou­le­verse, dans ce va-et-vient per­ma­nent entre “l’avidité de vivre” et “la seule, majus­cule soli­tude” dans laquelle nous vivons.

Justement : s’il existe un sens dans l’existence il se trouve chez l’être aimé, dans nos rap­ports ver­baux et aus­si intimes qui sont dépeints dans sa poé­sie sans aucun voyeu­risme, mais avec le but de décou­vrir des secrets qui nous encou­ra­ge­raient à pour­suivre notre che­min dans la vie.

Álvaro Hernando est un poète qui sait s’effacer pour nous faire mieux voir que la beau­té se trouve dans les gens que l’on aime, mal­gré la peur, la défaite et les cica­trices. Il existe dans son oeuvre une recherche constante du salut qui nous par­vien­drait seule­ment grâce à la per­sonne aimée, la seule qui peut nous aider à créer des rem­parts contre l’absurdité d’un uni­vers qu’on ne sait même pas expli­quer à nos enfants.

Voir, aimer, reje­ter, décrire, tra­cer des louanges mais en pro­po­sant des vers comme des grains de poivre : regar­der le monde tout en vou­lant l’oublier, même en sachant que ceci est impos­sible : voi­ci l’essence de l’écriture D’d’Álvaro Hernando, empreinte d’une grande inten­si­té esthé­tique et phi­lo­so­phique.

 

Dientes de tin­ta

Ahí me espe­ra el bolí­gra­fo
con los dientes afi­la­dos
como las mira­das celo­sas
como las pala­bras hue­cas.
Anda prestán­dome la vida
regalán­dome pala­bras
encu­brién­dome silen­cios
pero con los dientes afi­la­dos.

Siempre me mira al cuel­lo
por si bajo la guar­dia
nun­ca muerde la plan­ta de los pies
ni las pal­mas de las manos.
El cuel­lo, el cuel­lo, el cuel­lo
lle­no de pequeñas mar­cas
fuentes de ins­pi­ra­ción y de muerte
el cuel­lo y sus dientes afi­la­dos.
El pequeño bolí­gra­fo espe­ra
en las bal­do­sas frías del invier­no
en la are­na de las sába­nas
en el moho del pan.
Ahí me espe­ra el bolí­gra­fo
con los dientes afi­la­dos
como las poesías dedi­ca­das
como las pala­bras no dichas.

Dents d’encre

Le sty­lo m’attend là
les dents aigui­sées
comme les regards jaloux
comme les mots creux.
Il me prête régu­liè­re­ment la vie
il m’offre des mots
il dis­si­mule mes silences
mais les dents aigui­sées.
Il regarde tou­jours mon cou
au cas où je bais­se­rais la garde
jamais il ne mord la plante des pieds
ni la paume des mains.
Le cou, le cou, le cou
plein de petites traces
des sources d’inspiration et de mort
le cou et ses dents aigui­sées.
Le petit sty­lo attend
sur les dalles froides de l’hiver
dans le sable des draps
dans la moi­sis­sure du pain.
Le sty­lo m’attend là
les dents aigui­sées
comme les poèmes dédiés
comme les paroles non dites.

Mi piel fría”, poe­ma per­te­ne­ciente
a la últi­ma parte del poe­ma­rio “La Herida
Eterna”, del poe­ta Álvaro Hernando Freile.

 

Un peca­do

No toques,
no pon­gas tus dedos en la piel oscu­ra.
Está pro­hi­bi­do.
Eso es carne.
Pega tus dólares a su brillan­ti­na,
al tan­ga, a la zona más sucia y casi al sexo,
al sudor melo­so.
Ella puede tocarte, no tú a ella.
Eso es un límite que­bra­do,
una liber­tad roba­da,
un exce­so sin paso,
un peca­do.

Un péché

Ne touche pas,
ne mets pas tes doigts sur la peau sombre.
C’est inter­dit.
C’est de la chair.
Colle tes dol­lars à sa gomi­na,
au string, à la par­tie la plus sale et presque au sexe,
à la sueur miel­leuse.
Elle peut te tou­cher, pas toi.
C’est une limite bri­sée,
une liber­té volée,
un excès sans pas­sage,
un péché.

La gua­ri­da”, par Alvaro Hernando.

Acta est fabu­la, plau­dite !

Ahora, que repo­so entre ene­mi­gos
aho­ra, que la feli­ci­dad toca el fue­go
aho­ra, que no hay sangre en la boca de una vir­gen,
ni mone­das de cobre sobre tus ojos,
con todo per­di­do, cla­veles en los cos­ta­dos,
y en el pecho,
te pre­gun­to :
¿Qué que­da de tu cuer­po y de la hybris ?
¿Por qué hay olor a sexo en tu men­ti­ra ?
¿Para qué te sir­vió tu des­pre­cio ?
No hay pér­di­da en la muerte.
Sólo un que­ji­do roto de un niño ya cie­go.
Descanso, aho­ra, y paso
de ser Polifemo a Nadie,
y el tiem­po atra­pa en su hui­da al úni­co culpable
al cor­rup­to, al héroe, al san­to,
al demo­nio, al insal­vable.
Y cae la más­ca­ra, seca,
de un yeso ama­rillo y muer­to.
Todos nos des­nu­da­mos ante la muerte,
cada noche,
cuan­do el públi­co nos juz­ga
desde el inter­ior del pecho.
Cierra los ojos y duerme,
tu fun­ción ha ter­mi­na­do.
¡Aplausos !

Acta est fabu­la, plau­dite !

Maintenant que je me repose par­mi les enne­mis
main­te­nant que le bon­heur touche le feu
main­te­nant qu’il n’y a pas de sang dans la bouche d’une vierge
ni des pièces de cuivre sur tes yeux,
quand tout est per­du, des œillets sur les côtés,
et dans la poi­trine,
je te demande :
Que reste de ton corps et de l’hybris ?
Pourquoi y a-t-il une odeur de sexe dans ton men­songe ?
À quoi t’a ser­vi ton mépris ?
Il n’y pas de perte dans la mort.
Rien qu’un gémis­se­ment bri­sé d’un enfant déjà aveugle.
Je me repose, main­te­nant, et de Polyphème,
je deviens Personne,
et le temps rat­trape dans sa fuite le seul cou­pable
le cor­rom­pu, le héros, le saint,
le démon, le condam­né.
Et, sec, tombe le masque
d’un plâtre jaune et mort.
Nous nous désha­billons tous devant la mort,
chaque nuit,
quand le publique nous juge
depuis l’intérieur de la poi­trine.
Ferme les yeux et dors,
ton spec­tacle est fini.
Applaudissements !

Derrota

 

                  Caminamos de la mano, con nues­tro hijo, mos­trán­dole que no todos los astros siguen exis­tien­do, entre escom­bros de facha­das mile­na­rias que pue­den colap­sar sobre noso­tros.

                  Le mos­tra­mos qué es detrás, qué delante, qué antes y nun­ca des­pués, cuán­do aga­charse y esqui­var el pén­du­lo afi­la­do, cuán­do agar­rarse al cla­vo ardiente, cómo poner cara anó­ni­ma, de desin­te­rés e igno­ran­cia, como evi­tan­do el amor y, sin embar­go, guardán­do­lo en un pen­sa­mien­to a pun­to de expre­sarse.

                  Le enseña­mos cuán­do pre­ci­pi­tarse contra el cuel­lo de la pre­sa, cómo hun­dir los col­mil­los y hablar el len­guaje de la sangre, cómo ocul­tar el valor de nues­tras víc­ti­mas, enterrán­do­las en el sue­lo hela­do del olvi­do. ¿Quién va a bus­car en el extra­vío mis­mo ?

                  Concentrados en la heren­cia de los pasos, tras­ta­billa­mos, tro­pe­za­mos y arras­tra­mos al hijo en la caí­da.

                  Es el apel­li­do. Es la der­ro­ta.

 

Défaite

 

                  Nous mar­chons main dans la main, avec notre fils, en lui mon­trant que tous les astres ne conti­nuent pas d’exister, entre les décombres de façades mil­lé­naires qui peuvent s’écrouler sur nous.

                  Nous lui mon­trons ce qui est der­rière, ce qui est devant, ce qui est avant et jamais après, quand s’accroupir pour esqui­ver la pen­dule aigui­sée, quand se faire des illu­sions, com­ment faire une tête ano­nyme, dés­in­té­res­sée et igno­rante, comme si on évi­tait l’amour, et cepen­dant en le conser­vant dans une pen­sée sur le point de s’exprimer.

                  Nous lui mon­trons quand se jeter contre le cou de la proie, com­ment enfon­cer les crocs et com­ment par­ler le lan­gage du sang, com­ment cacher le cou­rage de nos vic­times, en les enter­rant dans le sol gla­cé de l’oubli. Qui va cher­cher dans l’égarement même ?

                  Concentrés sur l’héritage des pas, nous tré­bu­chons, nous fai­sons un faux pas et nous entraî­nons notre fils dans la chute.

                  C’est le nom de famille. C’est la défaite.

 

 

Poèmes extraits de Chicago express, (Edition bilingue espa­gnol-anglais, Pandora Lobo Estepario Productions™, Chicago 2019)

 

Zozobra” par Alvaro her­nan­do.

Présentation de l’auteur

Álvaro Hernando

Álvaro Hernando est diplô­mé en Anthropologie Sociale et Culturelle et s’est spé­cia­li­sé en lin­guis­tique évo­lu­tive et autour des phé­no­mènes de langues en contact. Il tra­vaille comme jour­na­liste pour dif­fé­rents médias et se consacre aus­si à l’enseignement. Il a publié les recueils Mantras para Bailar (2016), Ex-Clavo (2018), et Chicago Express (2019) et il fut l’un des 37 poètes choi­sis pour rendre hom­mage à Federico García Lorca dans le livre Poetas de Tierra y Luna. Homenaje a Federico García Lorca :  Reedición de Poeta en Nueva York (2018). Il a par­ti­ci­pé à dif­fé­rentes publi­ca­tions col­lec­tives par­mi les­quelles on peut citer l’oeuvre Cuentos @ (2019). Il a publié des poèmes, des essais, des nou­velles et des articles dans plu­sieurs revues en Espagne et aux États-Unis. En 2018 il a reçu le prix  Poesía en Abril, dans le cadre du Festival inter­na­tio­nal de Poésie de Chicago.

Blog : Vae Victis : www​.alva​ro​her​nan​do​.com

 

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Miguel Angel Real

Né en 1965, il pour­suit des études de fran­çais à l’Université de Valladolid (Espagne), sa ville natale. Il tra­vaille en 1992 à l’Agence France Presse à Paris. Agrégé d’espagnol, il enseigne au Lycée de Cornouaille à Quimper. En tant qu'auteur, ses poèmes ont été publiés dans les revues La Galla Ciencia, Fábula et Saigón (décembre 2018) (Espagne), Letralia (Venezuela), Marabunta, El Humo et La Piraña (Mexique), ain­si que dans l'anthologie de poé­sie brève “Gotas y hacha­zos” (Ed. PÁRAMO Espagne, décembre 2017). Les revues fran­çaises “Le Capital des Mots”, “Festival Permanent des mots” “Lichen”,“La ter­rasse” et “Revue Méninge” ont éga­le­ment publié cer­tains de ses poèmes en fran­çais, ori­gi­naux ou tra­duits de l'espagnol. Il a publié en avril 2019 un recueil per­son­nel, Zoologías, aux édi­tions En Huida (Séville). Les édi­tions Sémaphore publie­ront bien­tôt son recueil bilingue Comme un dé rond. Il fait par­tie du comi­té de rédac­tion de la revue poé­tique espa­gnole Crátera. Il se consacre aus­si à la tra­duc­tion de poèmes, seul ou en col­la­bo­ra­tion avec Florence Real ou Marceau Vasseur. Ses tra­duc­tions ont été publiées par de nom­breuses revues en France (Passage d'encres, Le Capital des mots, Mange-Monde), Espagne (La Galla Ciencia, Crátera, El Coloquio de los Perrros) et Amérique (Low-Fi Ardentia, Porto Rico, La Piraña, Mexique). Dans cette der­nière publi­ca­tion il dirige deux sec­tions de tra­duc­tion nom­mées « Le Piranha Transocéanique » (https://​piran​hamx​.club/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​l​e​-​p​i​r​a​n​h​a​-​t​r​a​n​s​o​c​e​a​n​i​que) et « Ventana Francesa » (https://​www​.piran​hamx​.club/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​q​u​i​e​n​e​s​-​s​o​m​o​s​-​2​/​v​e​n​t​a​n​a​-​f​r​a​n​c​esa) Traductions publiées : - “Fauves” (Editorial Corps Puce), poèmes de l'auteur équa­to­rien RAMIRO OVIEDO (Traduit avec Marceau Vasseur, décembre 2017) - “Erratiques”, poèmes d'ANGÈLE CASANOVA, pho­tos de PHILIPPE MARTIN. Edition bilingue. Éditions Pourquoi Viens-Tu Si Tard, octobre 2018 - “Les tra­vaux de la nuit”, de PAUL SANDA. Édition bilingue. Ed. Alcyone, décembre 2018.