Nicolás Corraliza

Par |2020-01-06T04:59:12+01:00 5 janvier 2020|Catégories : Essais & Chroniques, Nicolás Corraliza|

Nicolás Cor­ral­iza Teje­da (Madrid, 1970) arrive à définir, avec son dernier recueil Abril en los invier­nos (Chamán edi­ciones), cent par­celles de réal­ité qui oscil­lent entre l’e­spoir lumineux et un pes­simisme clairvoyant.

Il sait syn­thé­tis­er et sug­gér­er, en étab­lis­sant à tra­vers les mots  un lien sub­til entre le monde, les formes des choses et le temps qui passe.

Ses vers peu­vent être les témoins d’un excès de lumière aveuglant, en faisant appel aux rêves d’en­fance — très fréquents — mais aus­si de la vieil­lesse qui nous rem­plit de fureur. On con­state dans son écri­t­ure un va-et-vient d’é­mo­tions qui englobent tout, avec une capac­ité exquise pour dis­tiller des idées essen­tielles dans cent courts poèmes sans excès mais où rien ne nous manque. Il s’ag­it, pour Beat­riz Pérez Sánchez, de « véri­ta­bles archi­tec­tures de beauté brève ».

Il s’ag­it d’un écrivain qui trans­met dans ses écrits une grande émo­tion vitale, si on con­sid­ère la vie comme une somme de clarté et de silence ;

Nicolás Cor­ral­iza, Abril en los inviernos.

si le temps est la source de la jouis­sance et de la peur, Nicolás Cor­ral­iza est un alchimiste remar­quable pour trou­ver l’al­liage pré­cis entre ces sen­ti­ments con­tra­dic­toires, ou peut-être com­plé­men­taires, et ne tombe jamais dans le piège du sen­ti­men­tal­isme suran­né, s’éloignant con­stam­ment de tout pathétisme. Javier Gal­lego Dueñas pour sa part définit bien l’écri­t­ure de Cor­ral­iza quand il dit qu’il s’ag­it d’une « poésie intimiste, de grand lirisme et très contemplative ».

En somme, « Abril en los invier­nos » est un recueil pré­cis et en même temps très évo­ca­teur ; un livre qui nous rap­pelle sou­vent la vital­ité et la con­ci­sion du poète espag­nol Jorge Guil­lén, qui savait si bien accentuer la valeur de l’être.

Nicolá Cor­ral­iza a pub­lié les livres La belleza alcan­z­able (Nor­bano­va 2012), La huel­la de los días (Nor­bano­ba 2014), Viáti­co (La Isla De Sil­tolá 2015) et El estro de los locos (Ravenswoood Books Edi­to­r­i­al 2018). Ses poèmes sont parus dans de nom­breuses revues comme Nor­ba­nia, Estación Poe­sia, Ágo­ra y Cuader­nos de Humo.

 

 

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NICOLÁS CORRALIZA

 

 

Tra­duc­tion par Miguel Ángel Real

 

Mor­ta­ja de sílabas.
Ver­sos de un poe­ma en pena
fuera de tomo.
A veces regresan.
Se pre­sen­tan limpios y desnudos,
como si acabaran de nacer
del silen­cio de un limbo

 

 

Linceul de syllabes.
Vers d’un poème en peine
hors sujet.
Par­fois ils reviennent.
Ils se présen­tent limpi­des et nus,
comme s’ils venaient de naître
du silence d’un limbe.

 

 

 

En la hora del espejo,
no per­mi­tas que tu boca se llene de pal­abras asustadas.
Los sec­re­tar­ios de la tris­teza bus­can adeptos.

 

 

 

 

À l’heure du miroir,
ne per­me­ts pas que ta bouche se rem­plisse de mots effrayés.
Les secré­taires de la tristesse cherchent des adeptes.

 

Todo es tan desapaci­ble. Ape­nas que­da verano,
y el invier­no ya es un vien­tre a punto.
Por enci­ma de la duda, resistid :
la ceguera es un exce­so de luz o un poema.

 

Tout est si maus­sade. L’été est presque fini,
et l’hiv­er est déjà un ven­tre fin prêt.
Par dessus le doute, résistez :
l’aveu­gle­ment est un excès de lumière ou un poème.

 

 

 

La mis­ma orilla
nos escogió
para ponernos
frente a frente.
Nos toca nar­rar el horizonte.

 

 

La même rive 
nous a choisi
pour nous mettre
face à face.
C’est à nous de racon­ter l’horizon.

 

 

Los que están de pie
odi­an a los sentados.
Con la feli­ci­dad ocurre lo mismo.
A ser posi­ble no la muestres.

 

 

Ceux qui sont debout
détes­tent ceux qui sont assis.
Avec le bon­heur, il se passe la même chose.
Ne la mon­tre pas si c’est possible.

 

Un ver­so en defen­sa propia
para madrugar.
Los últi­mos desconocidos
que se cruzan
en el celo de la noche.
Abren las puer­tas al día,
se rela­jan los cer­ro­jos con la luz.

 

 

Un vers comme auto-défense
pour se lever de bonne heure
Les derniers inconnus
qui se croisent
dans le zèle de la nuit.
Ils ouvrent les portes du jour,
les ver­rous se déten­dent avec la lumière.

 

De « Abril en los invier­nos », Chamán Edi­ciones, 2019.

Présentation de l’auteur

Nicolás Corraliza

Nicolás Cor­ral­iza est né à Madrid en 1970. Il a pub­lié les livres The attain­able beau­ty (Nor­bano­va 2012), The empint of the days (Nor­bano­ba 2014), Viáti­co (La Isla De Sil­tolá 2015) et El estro de los locos (Ravenswoood Books Edi­to­r­i­al 2018). Il a pub­lié entre autres dans les revues Nor­ba­nia, Estación Poe­sia, Ágo­ra et Cuader­nos de Humo.

 

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Miguel Angel Real

Né en 1965, il pour­suit des études de français à l’Université de Val­ladol­id (Espagne), sa ville natale. Il tra­vaille en 1992 à l’Agence France Presse à Paris. Agrégé d’espagnol, il enseigne au Lycée de Cornouaille à Quim­per. En tant qu’au­teur, ses poèmes ont été pub­liés dans les revues La Gal­la Cien­cia, Fábu­la et Saigón (décem­bre 2018) (Espagne), Letralia (Venezuela), Marabun­ta, El Humo et La Piraña (Mex­ique), ain­si que dans l’an­tholo­gie de poésie brève “Gotas y hac­ha­zos” (Ed. PÁRAMO Espagne, décem­bre 2017). Les revues français­es “Le Cap­i­tal des Mots”, “Fes­ti­val Per­ma­nent des mots” “Lichen”,“La ter­rasse” et “Revue Méninge” ont égale­ment pub­lié cer­tains de ses poèmes en français, orig­in­aux ou traduits de l’es­pag­nol. Il a pub­lié en avril 2019 un recueil per­son­nel, Zoologías, aux édi­tions En Hui­da (Séville). Les édi­tions Sémaphore pub­lieront bien­tôt son recueil bilingue Comme un dé rond. Il fait par­tie du comité de rédac­tion de la revue poé­tique espag­nole Crátera. Il se con­sacre aus­si à la tra­duc­tion de poèmes, seul ou en col­lab­o­ra­tion avec Flo­rence Real ou Marceau Vasseur. Ses tra­duc­tions ont été pub­liées par de nom­breuses revues en France (Pas­sage d’en­cres, Le Cap­i­tal des mots, Mange-Monde), Espagne (La Gal­la Cien­cia, Crátera, El Colo­quio de los Per­rros) et Amérique (Low-Fi Arden­tia, Por­to Rico, La Piraña, Mex­ique). Dans cette dernière pub­li­ca­tion il dirige deux sec­tions de tra­duc­tion nom­mées « Le Piran­ha Transocéanique » (https://piranhamx.club/index.php/le-piranha-transoceanique) et « Ven­tana France­sa » (https://www.piranhamx.club/index.php/quienes-somos‑2/ventana-francesa) Tra­duc­tions pub­liées: — “Fauves” (Edi­to­r­i­al Corps Puce), poèmes de l’au­teur équa­to­rien RAMIRO OVIEDO (Traduit avec Marceau Vasseur, décem­bre 2017) — “Erra­tiques”, poèmes d’ANGÈLE CASANOVA, pho­tos de PHILIPPE MARTIN. Edi­tion bilingue. Édi­tions Pourquoi Viens-Tu Si Tard, octo­bre 2018 — “Les travaux de la nuit”, de PAUL SANDA. Édi­tion bilingue. Ed. Alcy­one, décem­bre 2018.
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