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André du Bouchet, la parole libre de son mouvement

Par |2018-11-07T17:01:19+00:00 5 novembre 2018|Catégories : André du Bouchet, Essais & Chroniques|

André du Bouchet pra­tique une poé­sie de la net­te­té aux aguets de l’immobile : J’écris le plus loin pos­sible de moi. Nous voi­là fixés. Dire et exis­ter sont une seule et même acti­vi­té. Il appelle le mot, le fait sur­gir, l’isole et le rend à sa pré­sence qui éta­blit une pro­fonde rela­tion avec le monde. C’est le monde concret, com­plexe dans son uni­té d’un souffle aride inapai­sable. Il y a une conti­nui­té d’un dire qui se déplie par contigüi­té et non pas tran­ché. Il ne nous pro­pose pas une image du monde mais le monde lui-même. L’extérieur tout entier requiert son atten­tion, point de départ à l’introspection. Ce n’est pas à l’arbitraire du signe qu’il s’adresse mais à l’arbitraire du monde.

Fragment de l’inédit publié dans “Ecritures contem­po­raines”,
spé­cial André du Bouchet.

Les objets usuels les plus simples deviennent sur la page blanche énigme, retour­ne­ment de situa­tion, caté­go­ries qui changent. Chaque mot est posé avec exac­ti­tude, les paroles dans leur pure­té donne la jus­tesse. Les mots dévê­tus de leur sens brillent ailleurs d’une autre inten­si­té dans la proxi­mi­té. Matière de poé­sie, matière insi­gni­fiante, nous dit-il. Il y a une logique tirée du heurt des sens qui déplie ses échos jusqu’au blanc qu’elle tra­verse par­fois dans un futur à recu­lons : Retour sur le vent, titre d’un recueil.

Un silence pèse sur l’œuvre d’André du Bouchet, lourd par­fois qui sou­lève des mots iso­lés ou des par­ties de phrases. Mais la voix finit par triom­pher et monte droit dans sa volon­té d’exister. Paroles assez neutres, au lyrisme absent qui frappent dur jusqu’à l’incompréhension et le silence qui retombe muet. Poésie par racle­ment du réel, par sin­cé­ri­té qui donne une parole sans conces­sion. Poésie tout entière dans sa pré­sence, nous la voyons dans l’instant qui devient tous les ins­tants, comme si l’éclat dont elle est por­teuse, s’était cal­mé, comme si tout désir avait dis­pa­ru. Mais tout recom­mence de poème à poème. Chaque mot ou groupe de mots se détachent et quittent la linéa­ri­té, ils brillent seuls comme déta­chés de l’abstraction qui les étouf­fait. Parole qui nous est ren­due lisible en se rési­gnant à elle-même. Ce qui pré­cède ou ce qui suit marquent peu d’importance, des incises rompent le dérou­le­ment de la phrase, une voix plus basse inter­vient entre deux moments plus forts. Cette poé­sie est le res­sort d’elle-même. Intervient ici un peu de lyrisme qui jaillit len­te­ment comme une source qui s’étale le long du che­min et suit sa pente qui la gran­di­ra mais bien plus loin. Cette poé­sie nous pénètre comme un mys­tère, une aura que l’on ne peut plus oublier, libre et poi­gnante, qui nous enlève toute forme de ques­tion­ne­ment pour concen­trer notre écoute sur une har­mo­nie qui jamais ne se dépar­tit et nous conduit au recueille­ment, au silence, au muet, à un épa­nouis­se­ment. Poésie qui née du monde le fait dis­pa­raître par conti­nui­té et exi­gence, elle engendre un état de per­pé­tuelle mou­vance. Jacques Ancet nous dit : Il y a donc de l’insaisissable et de l’interminable, jamais de gra­tui­té.

Dans la poé­sie moderne, l’expression est facile, le conte­nu est dif­fi­cile.

Les images chez André du Bouchet, ne s’épousent que parce qu’elles sont sépa­rées dès l’origine. Elles ne dépendent pas l’une de l’autre. Il y a contra­dic­tion puis relâ­che­ment dans un mou­ve­ment d’urgence qui conduit vers une recon­nais­sance non seule­ment du poème mais du monde. Poésie d’une émo­tion conte­nue parce que sa spon­ta­néi­té nous échappe, l’arrière-pays a dis­pa­ru. Nous sommes seuls, il ne nous reste plus que les mots forts, rudes, authen­tiques. Pas de désordre lyrique mais une ligne sûre de sa mélo­die et de sa des­ti­na­tion. La pen­sée de du Bouchet est un élar­gis­se­ment par ses rap­ports avec le concret, une inlas­sable obser­va­tion du monde et du monde quand il s’y ajoute, une vibra­tion conti­nue. Se mêlent la sono­ri­té par­fois aigüe du vio­lon et celle plus grave du vio­lon­celle. Poésie dépouillée qui se res­serre autour de quelques mots : vent, terre, marche, jour, muet…D’un recueil à l’autre, il y a une grande conti­nui­té qui se dégage et nous atteint dans sa cer­ti­tude et son trouble mêlés. Une logique, certes, se fait jour, un pas­sage par des pas modé­rés au rythme lim­pide et uni­forme.

Chez André du Bouchet, nous sommes dans le réel et dans l’impossible du réel. Tout s’y tient en équi­libre. Les mots qui frappent la page sont com­plices l’un de l’autre, ne s’excluent pas, res­tent cohé­rents par-delà un réel dont l’impossibilité est res­sen­tie comme le réel. Ce qui frappe dans cette poé­sie est sa géné­ro­si­té et son intran­si­geance qui, conjointes, lèvent le doute pour nous tendre un monde mal­gré tout vivable quand nous sommes capables d’accéder à cette liber­té où les caté­go­ries sont dépas­sées. C’est bien d’un lan­gage poé­tique qu’il s’agit, échap­pé de la contrainte de la com­mu­ni­ca­tion ordi­naire, géné­ra­le­ment bavar­dage à l’usage des masques et des passe-temps. Il y a donc quelque chose de vrai et d’irrationnel à la fois qui ne néglige rien de ce que nous sommes, une confron­ta­tion entre nous et l’absolu, cet indé­pas­sable de la poé­sie.

Chez André du Bouchet, c’est tout un mou­ve­ment qu’il faut appré­hen­der, dis­cret par­fois, un trem­ble­ment à la sur­face des mots qui est capable de pro­duire un raz de marée men­tal. Ce mou­ve­ment est double :la langue se déplie à par­tir d’elle-même, mou­ve­ment interne, elle n’est com­pré­hen­sible que par un mou­ve­ment externe en dehors d’elle-même. Ici la langue est rigueur, elle n’est pas une repré­sen­ta­tion mais l’expression d’une pré­sence où la langue dépasse les mots parce que les mots et la réa­li­té des choses ne coïn­cident pas. André du Bouchet veille au plus près de l’instant, telle est sa prise. L’ordre men­tal y domine déta­ché de l’illusion. Cette poé­sie équi­libre le monde, le rend non pas com­pré­hen­sible mais accep­table. La créa­tion va au-delà de l’évidence de la logique.

Libre de la contrainte du sens et du désir de l’expression : je ne sais pas ce que je vais dire quand j’écris, il rejette la bana­li­té de la com­mu­ni­ca­tion et l’usage des mots impo­sés. Le cri va tou­jours vers son silence. Il secoue la parole de son rôle social, revient au rythme, au chant, voire à une incan­ta­tion voi­lée pour sor­tir du monde clos et pré­sent, pour atteindre une autre éner­gie sou­vent incon­nue mais libé­ra­trice. Y aurait-il une impasse der­rière les mots ceux que nous avons élus et ceux que nous avons choi­sis de taire. Seraient-ils l’obstacle que nous ne sau­rions lever, sans cesse à le contour­ner pour ten­ter plus vif un autre rap­port au monde. Le lan­gage est le monde qui s’interpose.

Du Bouchet accède à l’autonomie du mot et par là même s’en libère. Il n’use pas de la langue à l’état pas­sif de témoin mais à celui actif de décou­vreur, de scru­ta­teur et d’éveilleur de la conscience. Dire est réduit à ses moyens essen­tiels, conci­sion qui nous espace. Le véri­table obs­tacle n’est pas la langue mais la poé­sie indé­fi­nis­sable, cette école de rigueur dans la connais­sance de soi.  Il ne cherche pas à défor­mer le réel mais à l’approcher. C’est la chose en sa pré­sence au monde.

Bernard Desportes nous dit :

phrase lisible et cepen­dant insai­sis­sable, écri­ture qui ne prend ni ne retient mais donne. Monde déra­ci­né de ses fon­da­tions ori­gi­nelles, dénoué de tout lieu d’ancrage. Cette écri­ture est insai­sis­sable parce qu’elle ne s’empare de rien.

Ni sou­ve­rain ni humi­lié

Ce qui me donne lieu me déchire.
Ce qui me donne lieu ras­semble.  

 

Proclame André du Bouchet.

Le vrai poète crée un monde.

Il ouvre le poème et aus­si­tôt le referme. Le poème se suf­fit à lui-même et se refuse à la com­pré­hen­sion du monde comme si le pas­sé res­tait un mys­tère refu­sé d’être dévoi­lé. Telle est peut-être sa force : cette pudeur à se dra­per dans son poème. Et cepen­dant la poé­sie reste atta­chée à l’événement pré­cis et per­son­nel par­fois le plus insi­gni­fiant comme de rou­ler à moby­lette, comme d’arpenter le che­min ou de par­ler de lui. La véri­té de la poé­sie n’est pas la véri­té com­mune. Il existe une volon­té chez du Bouchet d’élever l’événement à un avè­ne­ment et d’être par-delà le monde par­ti­cu­lier. C’est sur un autre ter­ri­toire qu’il déplace le poème, là où l’humain n’y a pas cours de la même manière. Dans cette recréa­tion du monde, il va droit à l’essentiel et sup­prime l’anecdote, l’insignifiant. Serait-ce une manière de s’effacer et de se rendre pré­sent à la fois, de brouiller les pistes à qui vou­drait le suivre ? Tu es là, tu n’es plus. Il s’incorpore au monde plus que de s’y super­po­ser. Il est peut-être un des rares poètes à tra­ver­ser le mur des mots mal­gré les appa­rences pour atteindre à ce pays der­rière l’air où tout devient pos­sible par la seule volon­té. La vie enfin gagnée sur la pré­sence. Agé, il a recon­nu qu’il subis­sait le poids de la vie. Il est dif­fi­cile de tenir entre réa­li­té et vou­loir. Il ne dévoile pas le monde mais le laisse se dévoi­ler comme s’il n’y était pour rien.

Poésie lumi­neuse, vivante de laquelle il est impos­sible de par­ler, c’est-à-dire d’ajouter. Poésie qui se contente d’elle-même, qui repousse le com­men­taire, poé­sie qui brille seule à l’exclusion de toute autre chose. Le choix des mots est simple, clair, pré­cis, mais le poème dans sa concré­ti­sa­tion nous dépasse. Nous sommes dedans et dehors à la fois. Elle échappe, certes au code du lan­gage ordi­naire mais aus­si au code du lan­gage poé­tique. Poésie qu’il faut lire et entendre à la fois ancrée dans le réel en même temps qu’échappée. Ressentir et pen­ser, poème et musique ne font qu’un. Il y a un au-delà de la parole qui rejoint quelque chose devant nous d’existant et de pré­gnant, d’insaisissable par l’intellect. Une sen­sa­tion, une pré­sence par le mou­ve­ment des mots et de leur entou­rage. Poésie qui échappe au mot et s’échappe des mots et qui brille indé­pen­dam­ment d’eux, de ce qui la fait naître et de ce qu’elle dit. Le mot appelle la chose et en même temps la rejette comme impos­si­bi­li­té de la conte­nir, l’effacement est en même temps pro­lon­ge­ment.

André du Bouchet assure aux choses une nais­sance, une appa­ri­tion plus que le sen­ti­ment de leur pré­sence, il apporte une per­cep­tion.

 

Je n’écris que pour me reti­rer.
La poé­sie n’étant pas l’irréel mais l’irréalisable.
Le réel se révèle dans son déchi­re­ment.
J’écris pour retrou­ver une rela­tion per­due.      

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Pour du Bouchet, la poé­sie ne signi­fie pas ce qu’elle désigne : blan­cheur est effa­ce­ment, muti­té est souffle pur…

La parole libre de son mou­ve­ment est une parole qui ne se fixe pas, elle est libre de ses aller-retours, de ses inter­rup­tions, de ses points d’orgue, elle pro­li­fère ren­due à son évi­dence, au dire sans détour de ce qui est. C’est aus­si une parole libre de son attente qui du même coup se suf­fit à elle-même, elle est cir­cons­crite dans un champ mobile qui la libère.                                                 

Chez du Bouchet la marche et la parole sont liées qui néces­sitent un appui pour pro­duire un mou­ve­ment qui les pré­ci­pite en avant c’est-à-dire hors de soi. Toutes deux sont issues d’un dés­équi­libre qui se récu­père par un même mou­ve­ment qui donne un rythme, une aisance même. Elles ne peuvent don­ner toute leur puis­sance que fon­dée sur une liber­té ou sur un pro­fond désir qui marque la coïn­ci­dence et la sépa­ra­tion, le mou­ve­ment et l’immobilité : appui sur le sol pour la marche, appui sur le silence pour la parole. Cette marche et cette parole ouvrent le monde jusqu’à son « opa­ci­té ».Seule la parole poé­tique peut être libre de son mou­ve­ment pour tra­ver­ser le mur et don­ner libre cours à sa volon­té d’exister. D’un point à l’autre fran­chis et reve­nus au même, le mou­ve­ment de lui-même s’annule parce qu’il est recom­men­ce­ment. Route ou papier sont de même affran­chis­se­ment, la parole conquise par la poé­sie anime le monde et nous le tend. La parole est en avant du sens et le rejoint comme la route est en avant du pas et le rejoint. Chez du Bouchet, les mots occupent un espace bien pré­cis, ils sont posés sur la page et ont l’air de venir de quelque part à leur insu. Dans Rapide, chaque mot ou groupe de mots sont pré­cé­dés de trois petits points comme s’ils étaient la fin du poème plus long dont nous aurions à ima­gi­ner ce qui manque ou comme si le plus impor­tant était seul noté pre­nant tout le poids d’un poème invi­sible ou non paru. Même rôle que les trois points, les espaces blancs et longs par­fois sont lais­sés entre les par­ties du poème. Il manque des mots dans un mou­ve­ment de sous­trac­tion, il y a mou­ve­ment par absence. Idée inverse à celle citée supra, les mots man­quants seraient-ils les plus impor­tants, le non-dit, la parole du silence, la parole aérée ?

Poète de l’insoumission aux mots, André du Bouchet les convoquent dans l’étendue de leurs sens et les congé­dient une fois qu’ils ont livré leur ciel. Il se crée dès lors un mou­ve­ment interne à la phrase comme, dans l’instant où se défait la vie ouverte, retrou­ver le nœud. Ici s’observe un double mou­ve­ment dans et en dehors du poème.                                                                                                                

Autre exemple :          

                                                                              

… n’être sous la terre sèche de la langue, que le dénoue­ment du remous, comme cou­rir audé­noue­ment qui recom­pose, sitôt pro­non­cé.    

 

Ce mou­ve­ment s’il est par­fois long, lent devient subit : éclat tenant à un éclat, mot récur­rent chez du Bouchet, mou­ve­ment qui explose lit­té­ra­le­ment par sa briè­ve­té et son sens ren­du par un mot court : éclat et mieux é…clat quand les syl­labes volon­tai­re­ment se séparent. Parfois se crée un mou­ve­ment entre deux choses sépa­rées, qui les rejoint, qui les joint dans un mou­ve­ment plus dis­cret, j’aimerais dire plus effa­cé…et neige cla­ri­fiant, la nuit, jusqu’à mon som­meil dans la nuit blanche.  Ce mou­ve­ment interne de la neige cla­ri­fiant va dans deux direc­tions : la nuit et le som­meil, état ren­du pos­sible par les vir­gules qui isolent nuit. Parfois, le mou­ve­ment est issu d’un arrêt et conduit à la dis­pa­ri­tion…mais dansl’air qui fige, la mon­tagne se dilue. Le mou­ve­ment est à peine per­cep­tible comme s’il était conte­nu en lui-même…voûte du papier blanc, pareille à celle du pied de retour.Dans cet exemple, y-a-t-il mou­ve­ment ou fixi­té, l’on vou­drait dire les deux à la fois. Mouvement issu de sa fixi­té seule…eau jadis des gla­ciers et mou­ve­ment interrompud’où reprend un autre mou­ve­ment…roue sans retour res­pi­rant.

Du Bouchet s’inscrit dans le monde par un mou­ve­ment d’adhérence et de rup­ture qui sont insé­pa­rables comme le pay­sage l’est de celui qui l’arpente par la marche volon­taire qui vient buter contre l’immobile. Au final, le poème n’existe que par lui-même et pour lui-même. Le sup­port réel auquel le poète a accé­dé a dis­pa­ru. Le poème tourne à plein dans toute sa jouis­sance. On l’emporte avec soi, il est deve­nu autre chose où les bruits exté­rieurs se sont tus. Par un second mou­ve­ment de la pen­sée, le réel peut paraître libé­ré, il n’est plus obs­tacle, on peut s’y accor­der mais uni­que­ment par le sup­port de la page blanche.  

Mouvement volon­taire d’une inser­tion récon­for­tante, André du Bouchet nous dit, Dans la cha­leur vacante : Je vais droit au jour tur­bu­lant.L’auteur entre par volon­té dans l’existence du monde par la pra­tique, dans toute l’œuvre, de l’incision par la marche qui est un point d’arrêt pour que le mou­ve­ment s’accomplisse.  Un pied s’appuie au sol pour que l’autre puisse se dépla­cer, par dés­équi­libre, et prendre lui aus­si appui, plus loin, sur le sol. La marche est l’écriture, sur le sol, sur la page, mou­ve­ment linéaire de conquête : hau­teur étant au ras, de nou­veau…, autres exemples : …mais j’ai tra­ver­sé l’éclat de ce que je vou­lais dire.,et : …dans leur épais­seur, un autre pas.Il s’agit de fran­chir une épais­seur, une opa­ci­té : cette parole aux lèvres absentes, et, de joindre ce qui res­te­ra tou­jours sépa­ré.

 Mouvement qui par­fois s’articule autour de lui-même, qui s’auto ali­mente et qui par­vient à celui de la roue libre après effort. L’auteur n’atteint-il pas un mou­ve­ment mal­gré lui. Le mot arrê­té se pro­longe, fixé sur le blanc, il rayonne vers d’autres mots, comme les pas après les pas. C’est un élar­gis­se­ment, dans le même poème, nous trou­vons : agran­dir, glis­ser, rayon­ner et caho­ter qui indiquent une marche en avant dans ses divers aspects. Comme dans toute poé­sie de qua­li­té, le poème est un acte concret dans une abs­trac­tion.  La marche entraîne le souffle où la parole s’appuie. Poète du monde ter­restre et de sa nudi­té, André du Bouchet, par ses poèmes, est au plus près du réel, du mou­ve­ment quo­ti­dien dans un espace à conqué­rir.  

                                                       

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Jean-Marie Corbusier

Jean-Marie Corbusier, né en 1950, a publié une quin­zaine de pla­quettes et de recueils de poé­sies dont huit aux Editions du Taillis Pré, la plu­part accom­pa­gnés d’un fron­tis­pice de Dominique Neuforge. Il y a une volon­té de trou­ver l’idée juste plu­tôt que des images ou des sen­sa­tions. Le poème est un moyen de com­bat pour assu­rer une sur­vie men­tale, paral­lèle au quo­ti­dien. La parole n’est pré­sente que pour être tra­ver­sée puis ren­voyée au silence. Son poème est sans fond, sans limite, sans pour­quoi et sans rai­son. Il est le car­re­four de l’être.

Jean-Marie Corbusier a publié un Atelier du poème consa­cré à Perros, Un pas en avant de la mort (Recours au Poème édi­teurs, 2014).

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