> Bonnes Feuilles PO&PSY – A. Etwebi, E. Gonatas, I. Akhmetiev

Bonnes Feuilles PO&PSY – A. Etwebi, E. Gonatas, I. Akhmetiev

Par | 2018-01-26T21:58:09+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Essais & Chroniques|

Danièle Faugeras et Pascale Janot pré­sentent trois ouvrages à paraître en jan­vier 2018 aux Editions Erès, Collection PO&PSY

Ashur Etwebi, Le chagrin des absents

Ashur EtwebiNé à Tripoli en 1952, il est une figure majeure de la scène poé­tique libyenne. Appartenant à la géné­ra­tion des années 1970 qui a révo­lu­tion­né l’écriture poé­tique en Libye et l’a ancrée dans la moder­ni­té, il s’en dis­tingue néan­moins par une poé­sie médi­ta­tive riche d’une mytho­lo­gie per­son­nelle et d’un regard lucide sur le monde, qui n’a rien per­du de sa fraî­cheur et de sa capa­ci­té d’étonnement.

Médecin et ancien ensei­gnant à la Faculté de méde­cine de Tripoli, il fut récem­ment contraint de quit­ter son pays pour la Norvège à la suite du sac­cage de sa mai­son par des extré­mistes.

Il a à son actif neuf recueils poé­tiques, dont Tes amis sont pas­sés par ici (2001), Lumière sur les êtres et les choses  (2010) et La prune n’attend pas long­temps  (2013). Il a éta­bli trois antho­lo­gies consa­crées au poète per­san Rûmî, au poète indien Kabîr et à la poé­sie Haïku.

Ashur Etwebi Le chagrin des absents, Eres, Collection Po&Psy Poèmes traduits de l’arabe (Libye) par Antoine Jockey Dessins de Yahya Al-Sheikh 96 pages - 12 euros - sortie en librairie le 25 janvier

Ashur Etwebi, Le cha­grin des absents, Editions Eres, Collection Po&Psy

Poèmes tra­duits de l’arabe (Libye) par Antoine Jockey
Dessins de Yahya Al-Sheikh
96 pages – 12 euros – sor­tie en librai­rie le 25 jan­vier

Épaminondas Gonatas, la crypte et autres poèmes

Épaminondas GonatasÉpaminondas Gonatas (1924-2006) est né et a vécu à Athènes, où, après des études de droit, il a exer­cé la pro­fes­sion d’avocat. Mais son uni­vers, c’est sur­tout la vieille demeure néo­clas­sique en ban­lieue d’Athènes, entou­rée d’un vaste jar­din, où il a vécu de longues années au milieu des livres, d’objets inso­lites et hété­ro­clites, en bonne intel­li­gence avec les plantes et tout un petit peuple d’ ani­maux.

Son œuvre, aux fron­tières de la poé­sie et de la prose, se com­pose de sept minces ouvrages, parus entre 1945 et 2006. Seul un choix de récits, Le Désert hos­pi­ta­lier, a jusqu’ici été tra­duit en fran­çais (Kaufmann/​Hatier, 1992).

À la dési­gna­tion de “sur­réa­lisme”, avec laquelle la cri­tique per­plexe accueille ses recueils, il répond dans La Crypte : « Je n’ ai pas d’oiseaux en cage. »

« Je ne suis pas un “fai­seur de rêves”, dit-il dans l’une des rares inter­views qu’il ait accor­dées, sur le tard.   « Ce que j’écris est vécu. Et la com­po­sante fan­tas­tique que l’on trouve dans mon œuvre est en fait l’absurde, lié à l’ambiguïté du réel. »

Inlassable obser­va­teur du concret, Gonatas cherche la réa­li­té cachée der­rière les appa­rences. Voilà que les choses fami­lières que nous croyions inertes se mettent à rayon­ner d’un éclat sur­na­tu­rel, par­fois inquié­tant, voi­là qu’elles s’animent. Des fleurs mordent, des chaus­settes pro­testent, une poire s’échappe et se révolte. Avec une forme d’humour par­ti­cu­lier, le poète révèle l’insaisissable mys­tère du monde. Dans sa “Crypte”, chaque texte a la conci­sion et l’éclat sin­gu­lier d’une énigme.

Réfractaire à ce qui enferme, refu­sant toute éti­quette, il ne s’est jamais iden­ti­fié à aucun cou­rant et s’est tenu déli­bé­ré­ment écar­té de la noto­rié­té mal­gré l’intérêt du public pour ses écrits, tra­çant son propre che­min loin des modes et des écoles. Néanmoins fidèle à une com­mu­nau­té spi­ri­tuelle d’écrivains et d’artistes – entre autres les poètes Miltos Sahtouris, Eggonopoulos et Papaditsas et le peintre Alexis Akrithakis, qui a crée des vignettes pour cer­tains de ses recueils (reprises dans ce volume).

Gonatas est par ailleurs connu pour ses tra­duc­tions, peu nom­breuses et choi­sies (Flaubert, Borgès, Supervielle, Soupault, Leiris…). Mais il a sur­tout fait connaître en Grèce les œuvres de ceux qu’il appe­lait « les âmes pures », auteurs mécon­nus ou à demi oubliés : Antonio Porchia, Pierre Bettencourt, Ivan Goll, Wols, Georg C. Lichtenberg, Samuel T. Coleridge. En 1994, il a reçu le Prix natio­nal de tra­duc­tion pour les Voix de Porchia.

Épaminondas Gonatas, la crypte et autres poèmes, Éditions Eres, Collection Po&Psy

Épaminondas Gonatas, la crypte et autres poèmes, Éditions Eres, Collection Po&Psy

tra­duit du grec par Marie-Cécile Fauvin
des­sins d’Alexis Akrithakis
96 pages – 12 euros
Sortie en librai­rie le 25 jan­vier 2018

Ivan Akhmetiev, rien qu’une collision de mots

Le par­cours d’Ivan Akhmetiev, né à Moscou en 1950, est moins aty­pique qu’il n’y paraît pour un poète russe de son temps. Après des études de phy­sique, il tra­vaille briè­ve­ment dans un ins­ti­tut de recherches avant de tout aban­don­ner pour se consa­crer à la lit­té­ra­ture à laquelle il s’initie en auto­di­dacte. Il fré­quente alors les milieux dis­si­dents et sub­vient à ses besoins en deve­nant tour à tour bou­lan­ger, pom­pier char­gé de la pro­tec­tion anti-incen­die au musée de Kouskovo, gar­dien, concierge et chauf­fa­giste. En décembre 1978, Akhmetiev prend part à une mani­fes­ta­tion en faveur des droits de l’homme. Il est vic­time d’un inter­ne­ment psy­chia­trique for­cé en 1979. En 1984, il trouve un emploi de biblio­thé­caire. Après la per­es­troï­ka, il exerce des acti­vi­tés de tra­duc­teur et de rédac­teur. Dès 1991, quand le milieu de l’édition devient plus libre, il s’emploie à publier la lit­té­ra­ture clan­des­tine de la période sovié­tique. Son œuvre de décou­vreur et d’anthologiste lui vaut de rece­voir en 2013 le prix Andreï Biely « pour ser­vices ren­dus à la lit­té­ra­ture russe ».

Ivan Akhmetiev écrit depuis l’adolescence. Sa ren­contre avec Vsevolod Nekrassov, le “pape” du mini­ma­lisme russe, joue un rôle majeur dans sa vie. Ses poèmes, d’abord dif­fu­sés en samiz­dat, sont aujourd’hui régu­liè­re­ment publiés. Outre de nom­breuses paru­tions en revue, il est l’auteur des recueils : Miniatures (1990), Des poèmes et rien que des poèmes (1993), Neuf ans (2001), Amores (2002) et Ce n’est rien ça pas­se­ra (2011). Il a été tra­duit en anglais, armé­nien, bul­gare, hon­grois, espa­gnol, ita­lien, alle­mand, polo­nais, rou­main, serbe, slo­vaque, croate, tchèque et désor­mais fran­çais.

Ivan Akhmetiev, rien qu’une collision de mots, Editions Erès, Collection Po&Psy

Ivan Akhmetiev, rien qu’une col­li­sion de mots, Editions Erès, Collection Po&Psy

poèmes tra­duits du russe par Christine Zeytounian-Beloüs
gra­vure d’Édith Schmid
88 pages – 12 euros – Sortie en librai­rie le 25 jan­vier

Extraits

 

 

j’attends d’être sûr
de mon bon droit
du droit au texte

par­fois
une minute
on peut l’étirer

le reste du temps
je suis dou­lou­reu­se­ment absent

durant l’attente
je cesse d’attendre
on dirait même que je n’ai plus besoin
de ce que j’attends
c’est ain­si que je finis par l’obtenir

devant des gens qui me sont étran­gers
je ne peux par­ler
ni vivre

ce qui me dis­tingue
de beau­coup d’autres auteurs
c’est que je connais per­son­nel­le­ment
tous ceux qui me lisent

tant             de               fenêtres
der­rière cha­cune
on vou­drait vivre

le soir
je regarde des films muets
aux fenêtres de l’immeuble d’en face

en écri­vant dans le noir
je n’ai pas remar­qué
que mon sty­lo n’écrivait plus

etc.

mm

Po&Psy

Danièle Faugeras, poète et tra­duc­trice, vit et tra­vaille à Anduze (Gard).

Pascale Janot vit et tra­vaille en Italie, à Trieste. Elle est lec­trice de langue fran­çaise à l’École Supérieure de Langues Modernes pour Traducteurs et Interprètes (uni­ver­si­té de Trieste) et tra­duc­trice.

Elles codi­rigent la col­lec­tion de poé­sie PO&PSY, aux édi­tions Erès (Toulouse), qu’elles ont elles-mêmes fon­dée en 2008 et dans laquelle, à ce jour, une quin­zaine de poètes ont été publiés dont Ancet, Bohi, Cabarrot, Garcia Lorca, Guillevic, Issa, Kiarostami, Migeot, Porchia, Rôshan, Universo, Sôgi-Shôhaku-Sôshô : poetp​sy​.word​press​.com

D. Faugeras et P. Janot ont tra­duit à « quatre mains » :

  • Patrizia Cavalli, Mes poèmes ne chan­ge­ront pas le monde, Éditions des Femmes/​Antoinette Fouque, Paris 2007 (de l’italien) ;
  • Kobayashi Issa, Pas simple en ce monde d’être né humain, haï­ku, Editions Erès, col­lec­tion PO&PSY, Toulouse 2008 (du japo­nais) ;
  • Paolo Universo, La bal­lade de l’ancien asile, Editions Erès, col­lec­tion PO&PSY, Toulouse 2008 (de l’italien).

Elles ont éga­le­ment tra­duit l’œuvre com­plète de Paolo Universo, en attente de publi­ca­tion.

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