Amir OR, Entre ici et là

Amir OR est un poète, novéliste, essay­iste, tra­duc­teur et édi­teur israëlien, né à Tel Aviv en 1956, d’une famille ayant émi­gré en Israël depuis la Pologne dans les années 30. Il a étudié la philoso­phie et l’his­toire com­parée des reli­gions à l’u­ni­ver­sité juive de Jérusalem, où il enseigna par la suite la reli­gion de la Grèce antique.

Il est l’au­teur d’une douzaine de recueils de poésie. Ses poèmes sont traduits dans plus de 40 langues. Il a lui-même traduit en hébreu huit livres de poésie, par­mi lesquels The Gospel of Thomas, Limb Loos­en­ing Desire, une antholo­gie de poésie éro­tique grecque, et Sto­ries from the Mahab­hara­ta ; ain­si que des poètes mod­ernes comme Sea­mus Heaney, Ann Sex­ton, Shuntaro Tanikawa, Jidi Majia, Fiona Samp­son, et Ansa­tas­sis Vistonitis.

En 1990, Amir Or a fondé la Heli­con Soci­ety for the Advance­ment of Poet­ry in Israel. En 1993, il crée la Heli­con Poet­ry Schoolarabo-juive, devel­op­pant des méthodolo­gies d’en­seigne­ment de l’écri­t­ure créa­tive, qu’il enseigne en Israël, aux États Unis, en Autriche, en Angleterre et au Japon.

Amir Or a tra­vail­lé comme édi­teur en chef pour le jour­nal et les col­lec­tions de poésie de Heli­con. Il a aus­si édité d’autres revues lit­téraires et plusieurs antholo­gies de poésie juive traduites dans des langues européennes.

 

Amir OR, Entre ici et là, traduit de l’hébreu par Michel ECKHARD ELIAL, dessins de Sylvie DEPARIS, PO&PSY prin­ceps mars 2019, 96 pages – édi­tion bilingue – 12 €

Il est un des mem­bres fon­da­teurs du World Poet­ry Move­ment et de Euro­pean Asso­ci­a­tion of Writ­ing Programs.Il est l’édi­teur nation­al des mag­a­zines inter­na­tionaux de poésie Atlas et Ble­sok, et il est coor­di­na­teur nation­al pour “Poets for Peace.”

 

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Extraits :

Poèmes-prières

 

1
Devant toi, le dieu qui s’invente lui-même,
je déroule ma prière : sois !

 

2
L’arbre à ma fenêtre ne se tourne pas vers La Mecque.
Vers lui seul je suis tourné.
La prière de la pluie mur­mure dans ses feuilles
et le midi de son feuil­lage s’ouvre à la lumière.
Dans le vent du monde le dos de l’arbre se meut ;
enseigne-moi aus­si com­ment rester droit.

 

3
Aide-moi, ô Grand Tout,
à oubli­er les blessures passées ;
laisse-moi encore faire confiance
à mon amour pour le monde.

 

4
Le clapo­tis de l’eau nour­rit mon cœur
les rameaux du ficus ren­dent mes yeux plus verts.
Le matin vient, que dit mon âme ?
Artiste de l’Être, fais de moi une musique.
Sans ton esprit qui touche mon esprit
sans ton regard qui voit à tra­vers mes yeux,
je suis un tronçon d’arbre, sans ressen­ti ni conscience,
et mon exis­tence ne souhaite que remède.
Viens pein­dre mon monde à présent
laisse-moi l’aimer sans peur,
croire en mon cœur que ce n’est pas en vain
que j’ai envoyé mes mots pour le toucher.
Comme une plume aimée prends-moi dans ta main
et écris en moi un nou­veau poème sur la table de ton cœur.

 

5
Le ciel monte, clair et sombre ;
un jour vient, un jour va.
À respir­er et être, désir­er et tomber,
apprends-moi, chaque jour, comme à une feuille.

 

6
Mer­ci pour le ciel du soir, mer­ci pour les nuages,
et les cafés, les pan­neaux pub­lic­i­taires, les poubelles, les bancs.
Mer­ci pour les arbres, pour la lumière inquiète du matin,
pour la vie qui coule main­tenant dans mes membres,
pour le mou­ve­ment et le repos,
pour les mots à dire
merci.

 

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Rabih el-ATAT, Humeurs vagabon­des

Médecin-chirurgien né en 1977 au Liban, Rabih el-Atat est aus­si un poète qui a écrit en arabe des cen­taines de ter­cets que l’on peut lire dans trois recueils: Funérailles des poupées (2015), Clés en plas­tique pour le par­adis (2017) et Le livre du haïku arabe (2016) écrit en col­lab­o­ra­tion avec Samer Zakaria.

Pra­ti­quant exclu­sive­ment cette forme poé­tique brève inspirée du haïku, el-Atat prend un plaisir per­cep­ti­ble à not­er ses émo­tions et les moments fugaces qui l’étonnent ou l’émerveillent.

Si l’observation de la nature et de l’évanescence des choses occupe une place impor­tante dans ses textes, cela ne l’empêche pas d’aborder d’autres thèmes plus mod­ernes ou de s’inspirer de sa vie quotidienne.

Affranchi de la règle clas­sique de com­po­si­tion d’un haïku (5/7/5), cha­cun de ses ter­cets se lit néan­moins en une seule res­pi­ra­tion et incite à la réflex­ion et à la médi­ta­tion de la scène évo­quée. Et de l’ensem­ble se dégage ce que cer­tains appel­lent un « esprit haïku » – indéfiniss­able en tant que tel, qui procède du vécu, du ressen­ti, de choses impalpables.

Par le large choix qu’elle pro­pose, cette antholo­gie per­son­nelle a le mérite de mon­tr­er le tal­ent par­ti­c­uli­er de ce poète à saisir ces instan­ta­nés grâce à un tra­vail d’épuration remar­quable de son texte et à une langue dense et sou­ple, riche de l’étendue de son vocab­u­laire et de ses images haute­ment poétiques.

 

Rabih el-ATAT, Humeurs vagabon­des, traduit de l’arabe (Liban) par Antoine JOCKEY, dessins d’Odile FIX, PO&PSY prin­ceps, mars 2019, 86 pages – édi­tion bilingue –12€

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Extraits :

 

autour de l’arbre agonisant
les branch­es entrelacées
ont la couleur de l’automne

 

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le cadavre d’un seul corbeau
blanchit
toute la neige

 

*

je passe devant mon école
et ne trou­ve pas l’enfant
que j’étais

 

    *

dans le jeu des enfants
les sol­dats n’ont ni épouses
ni enfants

 

    *

ton dessin
sur le mur
est ma seule fenêtre

 

    *

sur la plage
tout sem­ble lumineux
même le chagrin

 

    *

dans chaque œil
une couleur
et un trou noir

 

    *

repass­er mes chemises
me rap­pelle ta chaleur
Mère

 

    *

ma mai­son est habitée
tan­tôt par des étrangers
tan­tôt par mon enfance

 

    *

soudain
au téléphone
le gazouille­ment d’un autre ciel

 

    *

je suis vite sorti
je n’ai rien oublié
pour tout oublier

 

    *

vers elle
mes doigts tra­versent la frontière
sur la carte

 

    *

des restes de lumière
sus­pendus à son balcon :
mes rêves

 

    *

un mur­mure
donne couleur
au vide

 

    *

il a dit : lis
j’ai dit : j’écris
débar­rasse-toi du passé décomposé

 

***

 

 

 

 

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daniele faugeras

danièle faugeras vit et tra­vaille dans le Gard. Elle partage son activ­ité d’écriture entre poésie, tra­duc­tion et édition.

Elle a créé en 2008 aux édi­tions ERES, et codirige depuis avec Pas­cale Jan­ot, la col­lec­tion de poésie PO&PSY et l’as­so­ci­a­tion du même nom, qui en assure la dif­fu­sion par la ren­con­tre directe avec des publics var­iés, aux­quels elle pro­pose des man­i­fes­ta­tions sou­vent multimédias.

Par­mi ses tra­duc­tions de poésie : Patrizia Cav­al­li, Pao­lo Uni­ver­so, Francesco Scara­bic­chi, Issa (en col­lab­o­ra­tion avec Pas­cale Jan­ot) ; ain­si que les œuvres poé­tiques com­plètes d’An­to­nio Porchia et de Fed­eri­co Gar­cía Lorca.

À titre per­son­nel, elle a pub­lié une dizaine de recueils de poésie, depuis Ici n’est plus très loin (2001) jusqu’à À chaque jour suf­fit son poème (2018), le plus sou­vent en dia­logue avec des artistes, par exem­ple : Lieu dit (2010) et Quelque chose n’est (2015) avec Alexan­dre Hol­lan, Murs, avec Mag­a­li Latil, Éphéméride 03, avec Mar­tine Cazin (2014)…