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Divine poésie !

Par |2018-11-21T09:51:10+00:00 21 juin 2012|Catégories : Chroniques|

A quoi sert donc le poète ? Il sert juste à réin­ven­ter le monde !

 

De volup­té ou de conti­nence, d’exaltation ou d’effritement, d’ascension ou d’effondrement, dans l’ombre et dans la lumière, dans la cer­ti­tude et dans le doute, le poète, qu’il soit célé­bré ou esseu­lé, s’engage et nous engage dans l’affrontement per­pé­tuel de la vie. Dans sa pas­sion aus­si. Il en est ain­si depuis la nais­sance de l’étonnement, de l’indignation et de la révolte.

Enveloppé d’ardeur et de foi, le poète, ange paci­fique, pro­phète ardent, inlas­sa­ble­ment, nous incite à com­po­ser la ronde des mots, à effeuiller celle des maux. Il sai­sit nos mains, nos lèvres, il inter­pelle nos cris, nos silences,  afin de créer la plus belle sai­son d’aimer et la plus sym­bo­lique vic­toire, face à l’abus, la cen­sure, l’exil, l’anathème, la misère, l’abandon et la mort. Il se bat contre la dis­grâce du monde, contre sa folie meur­trière. Il se bat pour réin­ven­ter l’humain.

Le poète sert à tout rêver, à tout ima­gi­ner, à tout ten­ter, à tout regar­der, à tout défier et à tout recom­men­cer. Si besoin. A tout envi­sa­ger autre­ment. Lui, que l’on croit sau­vage, soli­taire, refer­mé sur son uni­vers, vit au fond de cha­cun de nous, quand enfin nous nous en aper­ce­vons. C’est alors l’éveil de tous les miracles.

L’éveil, jus­te­ment, il nous l’apprend sur les marches de l’aube. Les tur­pi­tudes du monde, il les sou­lève une à une devant nos yeux naïfs et oublieux. Les crimes de nos pairs, il les retient en son souffle élo­quent et géné­reux, afin que notre sou­ve­nir n’en soit pas indigne. Il est l’armure, il est le rem­part, il est l’effort, il est le fol éloge de nos attentes si fié­vreuses et anciennes. Tous les peuples libé­rés le sont grâce à leurs poètes. Si seule­ment ils s’en sou­ve­naient !

Rebelle, pion­nier, guer­rier, témé­raire, cré­dule, inno­cent, inépui­sable, indu­bi­ta­ble­ment, le poète est inven­teur d’espoir, cise­leur d’avenir, empê­cheur de tour­ner dans l’échec. Il nous prend à témoin, nous pré­vient du déluge de nos âmes, il sacra­lise nos fougues et nos rebel­lions. Parce qu’il enra­cine ses songes dans ce « poiê­sis » grec, source de tout souffle, de toute créa­tion, de tout génie, de toute trans­cen­dance et de toute béné­dic­tion. Et sur­tout, il a le don de nous pous­ser à entre­voir tous les pos­sibles, tous les autres. Sans com­pro­mis­sion, sans conces­sion, sans renon­ce­ment, il est le renou­veau, la tem­pé­rance et l’immuabilité de notre désir de liber­té. C’est vers lui que se dirigent nos regards désa­bu­sés, nos peines assié­gées. Il nous porte dans les vents de nos délires, jusqu’à l’affranchissement total de nos rêves.

Sans le poète, le monde est gris, le monde est laid. Car, affreu­se­ment assaillis de cha­ro­gnards, de tyrans et de scé­lé­rats. De démons pre­miers. Notre pauvre monde si frêle, prêt à s’évaporer en une insulte  immonde, lorsque sonne le glas du conflit. Là, indomp­table, tel l’olivier sécu­laire, le poète se sou­vient de la paix. Il se sou­vient que l’homme ne peut se faire dans la haine et l’érosion, que l’homme ne peut s’accomplir que dans la convic­tion. Le poète inves­tit alors cœurs et scènes de com­bat, pour nous nous rap­pe­ler com­bien il est vain de tenir à la dou­leur et à la guerre, com­bien l’orgueil recon­duit nous coûte en huma­ni­té bri­sée. Le poète qui nous sait, pris en otage de nos propres frères, nous conte la bri­sure des chaines, celles que nous por­tons en nous-mêmes.

Epris d’amour, de résis­tance, de jus­tice et de téna­ci­té, le poète nous est vital, la poé­sie nous est sidé­rale. A réveiller tous les poètes qui som­meillent en nous. Car ils sont nos consciences.

Socrate l’avait décré­té d’essence divine. Aussi, je crois bien que, si le poète n’existait, il aurait  fal­lu l’inventer. De toute urgence !

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