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Ecrire sur la poésie serbe contemporaine

Par | 2018-05-25T18:56:25+00:00 27 décembre 2012|Catégories : Essais|

Ecrire sur la poé­sie d’un peuple ou d’un pays n’est pas une tâche facile. Certes, dans chaque pays, nous trou­vons un déno­mi­na­teur com­mun, épique ,his­to­rique et poé­tique, que l’on appelle "la culture nationale",mais force est à consta­ter que tous les peuples, même ceux qui habitent l’île la plus petite du monde pré­sentent une dif­fé­rence entre expres­sions lin­guis­tiques, lit­té­raires et poé­tiques, et même de ceux qui vivent dans le pays le plus petit du monde, il est pos­sible de trou­ver deux poètes entiè­re­ment dif­fé­rents avec des uni­vers com­plè­te­ment oppo­sés. Les diverses expres­sions poé­tiques se trouvent dans l’Europe Centrale ou l’Europe de l’Est et depuis le Moyen Age, leur force et diver­si­té ont tou­jours été si grandes que per­sonne n’a jamais pu confondre le par­cours poé­tique du peuple polo­nais avec la poé­sie Tchèque, le sen­ti­ment lit­té­raire Russe avec les démarches poé­tiques Roumaines ou bul­gares. Et si jamais les pays euro­péens de l’Ouest ont maintes fois confon­du les tra­di­tions lit­té­raires de leur pays voi­sins de l’Est, ces erreurs-là ont été cor­ri­gées lorsque les dif­fé­rences ontiques ont été éta­blies vers la moi­tie du XXème siècle. Alors, com­ment ose­rais-je pré­sen­ter l’œuvre poé­tique d’un poète par­ti­cu­lier et serbe, au nom de l’entière pro­duc­tion poé­tique, his­to­rique qui appar­tient à la voix d’un peuple ?

En choi­sis­sant le tra­vail éclec­tique de Milan Orlic, mon contem­po­rain serbe, comme le repré­sen­tant et repré­sen­ta­tif d’une tra­di­tion poé­tique assez ancienne et par­ti­cu­lière chez les Slaves du Sud dont les serbes font par­tie, je fais la ten­ta­tive de cher­cher les des­cen­dants d’une voix à la fois his­to­rique et spé­ci­fique dans son authen­ti­ci­té, ou plu­tôt la voix qui est unique mais qui pour autant  pré­sente la plu­ra­li­té de voix diverses, une force signi­fiante et signi­fi­ca­tive qui toute seule peut nous don­ner un avant-goût d’une sélec­tion plus large.  La tâche à la fois  théo­rique et cri­tique se mul­ti­plie dans le cas de contem­po­rains car l’histoire de la lit­té­ra­ture prend conscience de la pré­sence d’un poète-phare  sou­vent beau­coup trop tard, après sa mort, car l’œuvre de tout écri­vain ou artiste peut subir la valo­ri­sa­tion juste et pro­fonde seule­ment après cer­tain pas­sage. Les prix lit­té­raires sont sou­vent les attri­buts de la mode ou de la poli­tique contem­po­raine, inter­na­tio­nale, et ne sont pas utiles pour com­prendre et valo­ri­ser un poète, et le posi­tion­ne­ment de son œuvre en géné­ral.

Mais, comme j’ai déjà été sur les traces d’œuvres d’un très grand poète moder­niste serbe, Milosh Crnjanski, j’ai sui­vi d’une dis­tance saine et modé­rée la pro­duc­tion poé­tique contem­po­raine de mon pays natal. J’ai obser­vé beau­coup d’avatars, poètes décents et ins­truits, à la fois talen­tueux et inté­res­sants mais… beau­coup trop res­semblent aux copies conformes de grands maitres de la poé­sie fran­çaise, alle­mande, tchèque, polo­naise, por­tu­gaise. Ma propre voix m’a sem­blé un peu trop amé­ri­caine, à l’heure de mon exil sco­laire dans les Etats-Unis des années 1980. Milan Orlic est ren­tré sur la scène lit­té­raire serbe par la porte grande ouverte en 1987 avec son livre « De Sur/​Reel », qui est à la fois une médi­ta­tion phi­lo­so­phique, poé­tique et pro­saïque dont la forme hybride et mixte rap­pelle  un roman du poète, et flirte avec l’essai phi­lo­so­phique. La dis­tance entre son éru­di­tion et le sen­ti­ment dans son œuvre est depuis son début très équi­li­bré ain­si que la rela­tion entre le rêve et le réel dans son conte­nu. D’une approche élé­gante et très esthé­ti­sée à l’envers de cette forme il conçoit le genre même comme un ter­rain expé­ri­men­tal ou il pro­mène sa forme d’expression d’une façon libre, dis­jonc­tée et déstruc­tu­rée. Son approche frag­men­taire de la « prose » et la pro­blé­ma­ti­sa­tion extrême de la per­sonne qui parle dans son écri­ture nous rap­pellent de grands pré­cé­dents lit­té­raires, les auteurs comme Borges ou Calvino, mais aus­si ses contem­po­rains, écri­vains serbes Nemanja Mitrovic et Vladimir Pistalo.

Mais dans son œuvre « Batarde », Orlic avait tou­jours rela­ti­vi­sé le genre plus que les autres, à tel point que son pre­mier  recueil de poé­sie titré « De la Nuit Polaire » (1995) n’est pas appa­ru comme un "trans­fert" à un autre genre. On l’a plu­tôt vu comme un déve­lop­pe­ment natu­rel de ses pra­tiques lit­té­raires, une conti­nua­tion de la tra­di­tion d'écriture eta­blie par son grand maitre moder­niste Milosh Crnjanski dont Orlic emprunte la liber­té d’expression et non le style for­mel. Pourtant son édi­teur, pre­mier lec­teur dudit recueil, Cedomir Mirkovic, fait une com­pa­rai­son inter­es­sante avec le grande poète serbe, Crnjanski « Si Crnjanski vivait dans cette époque, lui, avec son éner­gie vitale, sa vision du monde et son sen­ti­ment poé­tique qui datent depuis la créa­tion de son poème « Sumatra »- il écri­rait comme Milan Orlic ! » Un vrai grand com­pli­ment, car le poème « Sumatra » , à sa paru­tion, devint très vite un pro­gramme poé­tique, un mou­ve­ment, qui devint un pillier du moder­nisme serbe. Créée après la  1ere guerre mon­diale, « Sumatra » est une rêve­rie du jeune Crnjanski qui, dégou­té par la tue­rie, explore la géo­gra­phie d’esprit et des cor­res­pon­dances berg­so­niennes. Orlic, phi­lo­sophe berg­so­nien lui aus­si. parle de temps durs, les années 1990 en Serbie, la pré­pa­ra­tion de la guerre civile, ou la pau­vre­té éco­no­mique et celle de l’esprit, pous­sant le poète dans une nuit de glace et de froi­deur éter­nelle, qu’il titre « La nuit polaire ». Sur les traces de Crnjanski, Orlic applique sa méthode d’écriture et trans­forme ses images poé­tiques qu’il avait déjà éta­blies dans son roman « Momo dans la nuit polaire » et écrit dans son poème :

 

Sous les pâtes de rennes/​ ça craque :
Comme sur la neige, la neige blanche
De pétales. De fleur aman­dine : sur la chaude
Croupe, elle est mouillée, trans­pi­rée.
Les gre­lots, ils sonnent. Pierrot
D’un visage triste, est assis
Dans la luge. Il souffle dans le petit miroir. 

 

Qui est le poète, l’être humain en Serbie, dans l’ère du tyran ? Il craque, certes, sous la neige de la dic­ta­ture et de la tor­ture géné­ra­li­sées, d’expression mélan­co­lique, il est aus­si un cha­man qui regarde son propre des­tin, et le des­tin de son peuple dans le miroir. Mais ce miroir est sale, pour  élar­gir la méta­phore- et il faut souf­fler beau­coup et long­temps pour que la vraie image du peuple et de la vie qua­si-nor­male appa­raissent sur le miroir. Le déses­poir du poète est d’une froi­deur mélan­co­lique qui évoque la poé­sie expres­sion­niste d’un Heim ou d'un Trakl, où la cou­leur a tou­jours cer­taine valeur, plus que sym­bo­lique. Il entre­tient une rela­tion ambi­guë avec la notion du temps- comme Bergson, il ne le méprise pas, mais trans­forme la notion du temps réel quand celui-ci réclame le pas­sé qui habite dans le pré­sent et qui est, selon lui, enva­hi par l’avenir (dans son entre­tien avec jele­na Nikolic, Politika) Ici, dans le même texte il évoque le poète moderne Milan Rakic, qui a été le pre­mier poète serbe à  rela­ti­vi­ser la notion du temps dans la poé­sie. En 1903, Rakic intro­duit notam­ment la notion de « sur­temps » qui n’est ni le temps phi­lo­so­phique, ni le temps reli­gieux, ni le temps mathé­ma­tique, ni le cos­mique, ni le temps métho­do­lo­gique mais plu­tôt une cer­taine conscience du temps , une syn­thèse méta-tem­po­rale de tous les savoirs et de toutes les connais­sances humaines evo­qués par la com­pré­hen­sion du « Zeitgheist ». Orlic, en tant que poète, par­tage lui aus­si cette notion. Dans sa poé­sie il favo­rise tou­jours des vers qui res­semblent aux phrases roma­nesques, une pra­tique qui n’est, selon Joan Flora,  poète contem­po­rain rien d'autre que « la che­mise qui couvre toutes choses ». Il voit ses poèmes comme de petites minia­tures lyriques qui peuvent être lues comme « des nou­velles courtes d’une minute » et qui nous rap­pellent Erkeny ou Daniel Harms. Il les voit comme les « petits conti­nents que nous pou­vons mettre sur la paume », mais  leur niveau ryth­mique ou leur couche séman­tique nous rap­pellent clai­re­ment le fait que leur pro­cé­dé a été poé­tique

 

Le Poème comme la recherche éter­nelle de la Beauté, la Verité et le Sens

Orlic mène un dia­logue avec pas mal de poètes et d'écrivains qui appar­tiennent à la biblio­thèque mon­diale. Le fait qu’il n’écrit pas de vers tra­di­tion­nels, ne l’empêche pas d’apprécier un choix poé­tique qui appar­tient à l’histoire de la poé­sie, au contraire ! Il dit que les poètes d’aujourd’hui expriment sou­vent une atti­tude non tra­di­tion­nelle à l’envers de la poé­sie, mais à son avis, une telle atti­tude est inutile et néfaste pour l’écriture. Il sou­ligne le fait que le dia­logue avec le pas­sé ne suf­fit pas dans l’écriture, et que le désir seul d’être contem­po­rain et « à la mode » ne garan­tit pas un avan­ce­ment qua­li­ta­tif dans la com­po­si­tion de vers. Les bons, grands poètes par­mi les siècles ont tou­jours essayé de construire un monde authen­tique, leur monde à part qui les dis­tingue de la tra­di­tion à laquelle ils appar­tiennent, la tra­di­tion avec laquelle ils dia­loguent de nou­veau chaque fois qu’ ils doivent écrire, mais, ceci-dit, il s’avère très cri­tique vis-à-vis de ses col­lègues contem­po­rains, sou­vent les auto­di­dactes qui entrent dans l’arène lit­té­raire avec un appé­tit de gla­dia­teurs et de poli­ti­ciens qui, sou­vent moti­vés par des pas­sions de bas niveau, voir par le désir au pou­voir, abi­ment la lit­té­ra­ture serbe. Il se sou­vient d'Horacius Flac qui disait que « la médio­cri­té est inter­dite aux poètes » car la poé­sie est la plus belle fleur de la spi­ri­tua­li­té d’un peuple. Et que les poètes qui négligent cette pen­sée, finissent obli­ga­toi­re­ment dans « le musée de l’ennui » d’un Herbert. Par contre, il voit Milosh Crnjanski comme son vrai maître spi­ri­tuel et son père intel­lec­tuel car il « pos­sé­dait un génie qui, d’une façon décrite par Nietzsche, nous appelle de loin par­mi de siècles. » Orlic a consa­cré beau­coup de ses textes cri­tiques et théo­riques au phé­no­mène Crnjanski en sou­li­gnant le fait que la poé­sie est écrite et lue par une poi­gnées d’âmes, celles qui com­prend la sub­ti­li­té de pré­misses poé­tiques, la com­plexi­té de ses thèmes et la sin­gu­la­ri­té de ses pro­cé­dés, autre­ment dit- toutes ses qua­li­tés qui sont rien qu’un défi d’esprit  jeté aux lec­teurs enri­chis d’une sen­si­bi­li­té hau­te­ment éle­vée.

 

Calocagatia

En effet, Milan Orlic est un poète serbe nova­teur, mais cou­su « à l’ancienne », auquel le cri­tique Drasko Redjep trouve une place unique et excep­tion­nelle, un pupitre pour un bijou rare dans la pro­duc­tion lit­té­raire qui en Serbie et ailleurs est deve­nue, une foire com­mer­ciale où l’on ne trouve sou­vent que de fausses perles. Dans son œuvre lit­té­raire, Orlic, main­tient le carac­tère et ain­si le sujet lit­té­raire qui se pré­sente sous l’auspice d’un « Pseudo ». Le poète conçoit le rôle arti­fi­ciel du Pseudo comme celui d’un  bâtis­seur qui  construit sa propre réa­li­té et son propre palais d’imagination- le rôle qui n’est pas trop loin de l’anonyme/génie éter­nel tel que Homer ou Jorge Luis Borges le vivaient. Orlic, le phi­lo­sophe conçoit ce rôle dans le cadre d’un exploit fixé par Lacan ou Levinas pour qui le Pseudo n’est rien d’autre que le grand Autre. Ainsi l’auteur nous rap­pelle que nous trou­vons ce rôle dans toutes les époques (pseu­do-Erchard, les poètes de Moyen-Age etc) En fait, cette notion de Pseudo ne se retrouve pas seule­ment dans le haut Modernisme ou l’avant-garde lit­té­raire mais ils vont se l’approprier (Crnjanski, Fernando Pesoa, etc). En effet, dans la der­nière phase de son tra­vail, le poète s’éloigne de ces exploits qu’il ado­rait, de la lit­té­ra­ture post­mo­derne, et qu’il cri­tique avec per­ti­nence. Le post­mo­der­nisme avait ten­dance à oublier la quête prin­ci­pale de l’œuvre de l’art, vers la Beauté et le Sens de ladite œuvre que la plu­part des cri­tiques et his­to­riens lit­té­raires- tel John Barth- avaient défi­nis comme  « obso­lètes » et inutiles au milieu du XXème siècle. Orlic trouve que les auteurs soit-disant post­mo­dernes  oublient l’Esthétique et la tâche prin­ci­pale de toute lit­té­ra­ture qui est la quête vers la Beauté et le Sens dans l’œuvre de l’art, pour l’amour de nou­velles valeurs post­mo­dernes qui sont l’intertextualité, la frag­men­ta­tion, l’introduction de  nou­veaux types d’auteurs ou la batar­di­sa­tion du genre. Il sou­ligne que la notion de « Calocagatia » ou la quête vers la fusion de valeurs éthiques et esthé­tiques est un prin­cipe très impor­tant pour toute œuvre d'art depuis l’époque grecque clas­sique ; cette ten­dance méta­phy­sique est deve­nue rare car elle pro­meut la spi­ri­tua­li­té, l’innocence, voir les qua­li­tés hau­taines et sublimes dans l’œuvre artis­tique- sans que la géo­gra­phie "de la nuit Polaire artis­tique" com­mence  à domi­ner. Sans la quête esthé­tique, l’art court le dan­ger de deve­nir art d’agitprop ou l’utile sta­li­nien qui sert un but poli­tique quel­conque, et en effet, il doit demeu­rer libre. Le livre de Orlic « De la Nuit Polaire » suit son pro­gramme suma­traïque, com­men­cé en par­tie par Milosh Crnjanski dont la quête pour « une étoile cer­clée d’un bleu infi­ni », la quête qui exa­mine les ques­tions auto-poé­tiques sur l’art et son rôle en géné­ral. Dans la nuit polaire, le poète de non-sens cherche les oasis du Sens et la Beauté méta­phy­siques qui sont les inter-espaces de la vraie exis­tence humaine, qui existent comme les inter­mun­dia epi­cu­reens et qui amènent le chan­ge­ment onto­lo­gique par cer­tain para­doxe de leur exis­tence. Ce chan­ge­ment  de sai­sons qu'assurent les oasis du Sens et de la beau­té détourne et mar­gi­na­lise les formes de non-sens de notre exis­tence, soit éthiques soit esthé­tiques. Paradoxalement ces points d’espace, même minus­cules s’élargissent et prennent de l’ampleur à l’endroit ou ils doivent dis­pa­raître car ils ne pos­sèdent appa­rem­ment ni les condi­tions pour s’épanouir, ni la bonne rai­son d’exister. Leur rai­son d’être est pure­ment méta­phy­sique, et la méta­phore de la nuit polaire et de leur exis­tence appar­tient aus­si bien à Crnjanski qu’à Milan Orlic

Les nou­veaux livres d'Orlic pré­sentent d’abord son désir de cou­per les liens avec les nou­velles tra­di­tions soit disant post­mo­dernes car, comme il le sou­ligne ailleurs « il ne vou­drait pas être pris en otage d’un mou­ve­ment artis­tique qu’il avait en par­tie lan­cé et crée". Il sou­ligne plu­sieurs fois dans son œuvre cri­tique qu’il croit au trans­mo­der­nisme qui englobe, en tant que mou­ve­ment, l’époque post­mo­derne, la sin­gu­la­ri­té, les tra­di­tions poé­tiques par­ti­cu­lières, les théo­ries qui appar­tiennent aux poètes à  « petite » culture, mais qui exclut leur logo­cen­trisme ou leur domi­na­tion externes. L’idée  quin­tes­sen­tielle de ce mou­ve­ment est la liber­té de créa­tion qui est uni­ver­selle. Cette idée ne se sou­met pas à une idée poé­tique tra­di­tion­nelle ou éclec­tique mais elle englobe plu­sieurs notions de praxis dans la poé­sie.

Dans sa poé­sie et éga­le­ment dans son tra­vail théo­rique, notam­ment avec ses livres d’essai sur la nou­velle poé­sie serbe "post­mo­derne", Orlic s’est tou­jours bat­tu pour "le mot vrai et juste". Il a atta­qué, d’une façon à la fois per­ti­nente et farouche toutes les nou­velles ten­dances mon­daines et pathé­tiques de la lit­té­ra­ture récente et natio­nale. Il a atta­qué un phé­no­mène socio­lo­gique qui au nom de la liber­té artis­tique, "retrou­vé" après l’époque post sta­li­nienne Tito avait per­mis la pro­li­fé­ra­tion d’une lit­té­ra­ture à l'esprit minable et média­tique, mais qui se croit libre et démo­cra­tique. Dans une socié­té qui est à la recherche d’une nou­velle iden­ti­té, où toutes les démarches extra­lit­té­raires obsèdent la majo­ri­té des par­ti­ci­pants du mar­ché édi­to­rial ain­si que les médias, où la plu­part des écri­vains se sentent concer­nés par la poli­tique avant la lité­tra­ture, la voix sin­gu­lière du poète en quête de la Vérité et de l’intégrité de l’expression se trouve sou­vent aba­sour­die par le bruit média­tique et com­mer­cial. Orlic est un com­bat­tant puis­sant contre ces ten­dances sombres qui nient l’idée du déve­lop­pe­ment artis­tique et lit­té­raire dans sa socié­té qui est en train de se remettre au niveau digne et civi­li­sé. Il voit toutes ces ten­dances comme la néga­tion de l’opinion publique de la base, comme il se sent témoin d’une vio­lence mal­me­née, la vio­lence qu’il a subie de la part d’un abso­lu­tisme igno­rant et aveugle ou l’esprit pro­vin­cial et "petit-bour­geois" règne « sans limite et sans aucun contrôle ». Afin d’améliorer l’état de la culture lit­té­raire, même géné­rale dans son pays natal, il dirige une revue avant-garde « Sveske » (Cahiers) et une petite mai­son d’édition qui se spé­cia­lise pour la lit­té­ra­ture, socio­lo­gique, phi­lo­so­phique et pour l’anthropologie sociale. Orlic  essaie tant bien que mal de ne pas abais­ser ses stan­dards mul­ti­cul­tu­rels et éthiques dans une situa­tion socio­lo­gi­que­ment, éco­no­mi­que­ment et poli­ti­que­ment dif­fi­cile en Serbie en ce début de XXIème siècle, cette situa­tion qui sou­vent dépasse la foi d’un Giordano Bruno ou les astuces quo­ti­diennes d’un Brodsky ou d'un Cheslav Milosh.

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