> Michèle Duclos, Un regard anglais sur le symbolisme français

Michèle Duclos, Un regard anglais sur le symbolisme français

Par |2018-03-02T14:13:49+00:00 1 mars 2018|Catégories : Critiques, Essais, Michèle Duclos|Mots-clés : |

Cet inté­res­sant, dense et savant essai de Michèle Duclos, sous-titré Arthur Symons, Le Mouvement sym­bo­liste en lit­té­ra­ture (1899), généa­lo­gie, tra­duc­tion, influence, nous offre la pre­mière tra­duc­tion fran­çaise com­plète de cet ouvrage du poète et essayiste anglais, adepte de la cri­tique dite « impres­sion­niste », Arthur Symons, né en 1865 – comme son ami Yeats à qui il l’a d’ailleurs dédié.

Ayant séjour­né plu­sieurs mois à Paris, Symons y avait per­son­nel­le­ment fré­quen­té les chefs du jeune sym­bo­lisme fran­çais, dont Verlaine. Mais Michèle Duclos nous offre aus­si, en pre­mière par­tie, une pasion­nante ana­lyse de la genèse du livre d’un Symons d’abord influen­cé par Walter Pater, Browning et la phi­lo­so­phie pla­to­ni­cienne ; et, en troi­sième par­tie, une non moins pas­sion­nante « étude dia­chro­nique de l’influence consi­dé­rable  » que le livre a exer­cée « sur trois géné­ra­tions des plus grands poètes, tant bri­tan­niques et irlan­dais qu’américains », citons par exemple Yeats, mais aus­si James Joyce, Pound, Eliot ou David Gascoyne. Le der­nier cha­pitre ouvre, quant à lui, sur une évo­lu­tion d’Arthur Symons après sa publi­ca­tion de The Symbolist Movement in Literature, qui n’est pas sans pré­sen­ter quelques contra­dic­tions, en par­ti­cu­lier quand il se détourne du sym­bo­lisme, alors que sa concep­tion d’un « art total » tel qu’il le recon­naît chez William Blake, relève aus­si de ce mou­ve­ment. De même, si Arthur Symons, dans sa quête de la Beauté onto­lo­gique, « oppose “le cer­veau ellip­tique du poète” au “cer­veau lent, pru­dent et logique du roman­cier” », il recon­naît que Maeterlink atteint dans son théâtre en prose au véri­table drame poé­tique.

Michèle Duclos, Un regard anglais sur le symbolisme français, (L’Harmattan, 2016, 265 pages, 27 €).

Michèle Duclos, Un regard anglais sur le sym­bo­lisme fran­çais, (L’Harmattan, 2016, 265 pages, 27 €).

Michèle Duclos – spé­cia­liste, entre autres, de Kenneth White – a ensei­gné la poé­sie anglo­phone contem­po­raine, à l’université de Bordeaux Montaigne ; on voit donc bien, d’emblée, l’intérêt de ce nou­vel essai pour tous les ama­teurs de lit­té­ra­ture /​ poé­sie anglo­phone. Le tra­vail de Michèle Duclos, en outre, atti­re­ra éga­le­ment les lec­teurs moins ver­sés en ce domaine mais tout sim­ple­ment inté­res­sés par la poé­sie en géné­ral et curieux, en par­ti­cu­lier, de ce que le regard exté­rieur de l’étranger Arthur Symons, déca­lé par rap­port à notre approche fran­co-fran­çaise du sym­bo­lisme, peut appor­ter de nou­veau à notre per­cep­tion d’écrivains allant de Gérard de Nerval au Belge fran­co­phone Maurice Maeterlinck, en pas­sant par Villiers de l’lsle-Adam, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Jules Laforgue, Stéphane Mallarmé et Huysmans (dans sa der­nière période).

Michèle Duclos ne cache pas tou­te­fois s’étonner de l’absence, dans l’ouvrage de Symons, d’un Émile Verhaeren qu’il a pour­tant tra­duit, comme de sa pré­sen­ta­tion de Rimbaud en « poète imma­ture confi­né à un état de pro­messe ver­lai­nien » ou d’un Baudelaire « relé­gué dans l’Introduction dans la caté­go­rie des ‘’Réalistes’’ ». Quelques réserves donc sur cet ouvrage de Symons, qui ne l’empêchèrent cepen­dant pas d’avoir été accueilli en Irlande « comme une sorte de livre sacré pour une jeu­nesse fer­vente ». L’auteure, d’autre part, insiste sur ce point impor­tant que, si The Symbolist Movement in Literature a bien joué un rôle fon­da­men­tal, ce ne fut pas tou­jours en bloc ni au même moment ; une inté­res­sante par­ti­cu­la­ri­té, que l’auteure explique par « la com­po­si­tion à la fois simple et mul­tiple du volume ».

On la remer­cie­ra donc d’avoir ain­si atti­ré l’attention contem­po­raine fran­çaise sur les concep­tions ori­gi­nales et si fécondes poé­ti­que­ment, de cet « ini­tia­teur du Symbolisme fran­çais en terres anglo­phones et mes­sa­ger d’un Symbolisme esthé­tique et onto­lo­gique ».

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Martine Morillon-Carreau

Martine Morillon-Carreau est née à Nantes en 1948. Après des études de droit elle part vivre aux Antilles pen­dant 8 ans. Revenue à Nantes en 1978, elle y a ensei­gné en tant qu’agrégée de lettres jusqu’en 2008. Elle est pré­si­dente de Poésie sur tout et rédac­trice de la revue 7 à dire et col­la­bo­ra­trice des édi­tions Sac à mots.

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